Exposition d’art sacré à Sainte-Famille

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Du 3 au 6 septembre, de 9 h à 17 h, à la Maison de nos Aïeux et à l’église de Sainte-Famille

Exposition inédite d’objets perdus et retrouvés du XVIIe au XIXe siècle

Entrée : 6 $ – Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans

Information : 418 829-0330

Trésors oubliés de l’île d’Orléans

Par Normand Gagnon

Cette initiative d’un groupe de citoyens de l’île en appui à la Fabrique de Sainte-Famille, avec le concours de la Fondation François-Lamy et du CLD de L’Île-d’Orléans, vise à montrer l’existence sur notre territoire d’un riche patrimoine religieux et à souligner la nécessité de sa conservation et parfois même, l’urgence de certaines restaurations.
Cette exposition permettra de voir et revoir des pièces exceptionnelles du XVIIe au XIXe siècle, des objets parfois perdus, oubliés, retrouvés, mais toujours chargés d’histoire et d’émotion. Ce sera aussi l’occasion de faire appel à la solidarité et la générosité de tous les citoyens pour soutenir la sauvegarde et la mise en valeur de ces oeuvres, soulignent les organisateurs dans leur communiqué.

Les photos du diaporama sont de Normand Gagnon.

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Les maîtres d’oeuvre de l’événement, suite à une patiente recherche, ont fait ressurgir des éléments de grande valeur du patrimoine de l’île d’Orléans. Tirés des remises, caves et greniers, ces objets dépoussiérés nous reviennent aujourd’hui comme des témoins d’une période cruciale de notre histoire nous racontant les moeurs et les façons de faire de l’époque.  Mentionnons que certains, à l’instar de La Sainte Famille, tableau du Frère Luc, se révèlent à l’analyse avoir été fabriquées par des mains expertes d’artistes et d’artisans connus et reconnus dont nous pourrons apprendre l’identité et le parcours sur des panneaux explicatifs. À ce sujet, les visiteurs auront la chance de voir contextualiser chacun des objets présentés : caractéristiques, attribution, trame historique, etc. Le tout est présenté dans un décor qui lui aussi nous ramène en arrière et nous rappelle d’où nous venons !
Une exposition à ne pas manquer dont on peut déjà prévoir les retombées positives tant elle s’insère avec pertinence dans ce mouvement plus large de mise en valeur du patrimoine culturel.

 

Sur la trace de notre patrimoine religieux

Par Pierre Pruneau

Les experts en art ancien à l’origine de l’exposition Trésors oubliés de l’île d’Orléans sont allés à la recherche de pièces égarées de notre patrimoine et ont patiemment remonté le cours de l’histoire de chacune. Plusieurs des 100 pièces prêtées par toutes les paroisses de l’île, incluant la chapelle anglicane St-Mary, de Sainte Pétronille, n’ont jamais été présentées au grand public. Quelques-uns de ces trésors ont déjà conquis la faveur de certains membres du comité : ainsi, Marius Dubois, artiste peintre, a un faible pour une toile ancienne représentant Mgr d’Esglys, ancien curé de Saint-Pierre, alors que Normand Larivière, ébéniste et spécialiste du meuble québécois, et Jean Dubois, restaurateur d’objets anciens, ne jurent que par une armoire en pin « dans son jus », exhumée d’un lieu sombre et poussiéreux. Pour André Larivière, spécialiste et collectionneur d’art traditionnel québécois, le fauteuil Régence sorti du sous-sol de l’église Saint-François et les pique-cierges des Levasseur sont des pièces majeures qui vont surprendre les connaisseurs. Robert Filion, quant à lui, aime à rappeler la tradition de broderies au fil d’or qui fit la réputation des dames Ursulines dès le XVIIIe siècle. Quelques belles chasubles finement brodées témoigneront de cet art raffiné.
André Larivière souligne qu’il n’existe aucune politique de restauration et de conservation des objets patrimoniaux sur l’île. Il déplore que plusieurs objets précieux souvent mal restaurés soient conservés dans de piètres conditions. C’est pourquoi le groupe d’experts dont il fait partie a fait le tour des églises pour dresser l’inventaire de ce qui est encore récupérable, procéder aux recherches d’identification et montrer aux insulaires toute la richesse de ce patrimoine négligé. Il aime à rappeler qu’à l’intérieur de l’église de Sainte-Famille on retrouve des réalisations d’artistes couvrant quatre périodes importantes de notre art sculptural : celle des Levasseur, des Baillargé, de Louis Jobin et, enfin, de Médard Bourgault.
Chaque pièce a fait l’objet de recherches intensives dignes des meilleures enquêtes policières. Ainsi, pour le fauteuil en noyer de style Régence, la découverte d’une estampille, d’un poinçon et d’une inscription sur la traverse arrière du siège marque le début d’une véritable saga. On envoie la fille de Normand à Montréal à la Grande Bibliothèque emprunter le répertoire qui contient les marques des ébénistes anciens. Quoiqu’on n’arrive pas à identifier formellement le maître ébéniste dont les initiales sont P.M.L., on reconnaît que  ses sculptures sont exécutées dans la manière de Tillard, maître-ébéniste du début XVIIIe siècle. Une rencontre avec Michel Laurent, expert du Musée de la Civilisation, leur en apprend plus sur cette décoration en forme de grenade ouverte, considérée à l’époque comme un « symbole de fécondité et de prospérité ». Enfin, l’inscription Certilleux révèle qu’il fut fabriqué dans une commune des Vosges, en Lorraine. Le mystère s’éclaircit mais la réponse à la question « Comment un objet si raffiné provenant des fins fonds de la France il y a 300 ans a-t-il abouti dans la cave de l’église Saint-Francois ? » demeure inconnue pour l’instant. La réponse serait-elles dans l’inventaire des biens de l’abbé François Le Guerne qui fut curé de la paroisse de 1758 jusqu’à sa mort en 1789 alors qu’il céda ses biens au Séminaire de Québec ? La recherche en archives pourra nous en apprendre plus.
Robert Filion nous révèle que les registres originaux de la paroisse de Saint-Laurent (dont le nom d’origine était Saint-Paul), débutant en 1670, seront exposés ainsi qu’une lettre de Mgr de Laval, écrite en 1704. Il demeure emballé par les « vraies découvertes » de son équipe tout autour de l’île et s’est dit agréablement surpris par la générosité de certaines personnes qui leur ont retourné spontanément des objets ramassés sur les lieux de sinistres ou de divers chantiers d’antan. Il ajoute que lors de la liquidation de successions, certaines personnes refusent de vendre les objets à caractère religieux préférant en faire don à l’organisme sans but lucratif. Il est persuadé qu’il faut exposer ces beaux objets au grand public afin de développer sa sensibilité envers un patrimoine mal connu mais qui nous ramène aux sources de notre culture française en terre d’Amérique. Les pièces seront exposées avec les notes des recherches de contexte à la fois dans l’église, la sacristie et l’ancien presbytère de la paroisse de Sainte-Famille. Aider à ramasser l’argent pour sauver deux pièces majeures de notre héritage, encourager des passionnés qui se dépensent sans compter pour sauver notre patrimoine et surtout admirer de près des objets rares et précieux qui nous appartiennent collectivement constituent d’excellentes raisons de venir voir cette exposition.

 


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