Fusion – Les pour et les contre

0

Julien Milot, conseiller municipal

M. Julien Milot est conseiller municipal à Saint-Laurent. Il estime important, à titre de citoyen et d’élu, d’exprimer son point de vue sur la fusion des municipalités de l’île, un sujet d’actualité en ce moment à l’île.

Q. – La fusion des municipalités de l’île réduirait considérablement le nombre d’élus. Serait-ce un avantage ou un désavantage?

R. – L’un des arguments invoqués par les fusionnistes porte en partie sur la lourdeur d’un système politique reposant sur 42 élus issus de six municipalités. À mon avis, cela assure plutôt une grande représentativité de l’ensemble des citoyens de l’île, ce qui ne serait pas le cas dans un conseil composé de sept politiciens. L’argument du coût de rémunération de 42 personnes ne tient pas lorsqu’on considère le revenu attaché (actuellement) à la fonction qui ne dépasse pas le seuil du salaire minimum. Et c’est ignorer le nombre considérable d’heures passées sur le terrain et le fardeau de la tâche; on devrait davantage parler de «bénévoles élus».

À la suite des fusions municipales de 2002, les dépenses des principales villes fusionnées au Québec ont progressé de plus de 50% en moyenne, soit plus de deux fois et demie le rythme de l’inflation. En outre, la rémunération par élu, y compris les charges sociales, a progressé en moyenne de 232%, soit quatre fois et demie plus que les dépenses. La masse salariale cumulative actuelle des élus à l’île est d’approximativement 200 000$. Dans un conseil unique, elle pourrait aisément doubler.

Q. – Quels seraient, à votre avis, les principaux effets de la fusion sur les services aux citoyens?

Les impacts réels des fusions ont été à maintes reprises documentés: hausse des coûts, baisse de la qualité des services, désengagement des bénévoles, déficit démocratique et hausses de taxes sont les conséquences le plus fréquemment évoquées.

L’effet pervers de la centralisation du pouvoir est incontestable: un fossé se creuse entre le citoyen et l’élu qui perd le pouls de sa population. Actuellement, à l’île, chaque citoyen peut rencontrer ses élus municipaux qui sont des voisins, des gens qu’il côtoie régulièrement.

Il est important de souligner qu’en plus de leurs tâches administratives, les conseillers sont impliqués dans de nombreux comités, regroupements, tables de concertation et j’en passe. Que ce soit pour organiser des fêtes ou gérer des chantiers de construction, ils accomplissent énormément pour leur communauté sans obtenir de rétribution supplémentaire. Sans eux, il faudrait compenser par l’embauche de nombreux employés municipaux, augmentant ainsi la masse salariale de l’administration municipale.

Q. –Êtes-vous satisfait de l’efficacité du mode de gestion actuel (six municipalités, une MRC)?

Le modèle actuel est perfectible. Mais, considérant l’impact positif du regroupement de certains services ciblés tels que le sont déjà les services de police et d’incendie, je suis convaincu qu’il s’agit de la voie à développer. En effet, il est reconnu que les administrations les moins coûteuses se retrouvent dans des systèmes polycentriques de municipalités qui procèdent entre elles à des ententes de coopération et offrent de réelles économies d’échelle.

D’autre part, proposer la fusion des municipalités de l’île exige de posséder des réponses claires à des enjeux fondamentaux, et ce, bien avant d’entreprendre toute démarche irréversible de fusion. Ainsi, dans une municipalité commune, qu’adviendrait-il de la MRC? Serions-nous soumis à la juridiction de la MRC de la Côte-de-Beaupré? Et le chemin Royal traversant ainsi une seule entité juridique, serait-il municipalisé? Cela impliquerait-il le transfert du budget d’entretien et de déneigement, se chiffrant sans doute en millions de dollars, aux citoyens de l’île?

Q.- La fusion des municipalités ne favoriserait-elle pas une plus grande cohérence dans la gestion du territoire?

Tel que je le mentionnais précédemment, je suis d’avis qu’il faut mettre l’accent sur la mise en place d’ententes intermunicipales (gestion du territoire, harmonisation de la réglementation, partage des services, etc.) qui permettront d’assurer cette cohérence sans pour autant amoindrir la qualité des services offerts, alourdir l’administration municipale et éloigner le citoyen de l’élu. Posséder une couleur et un caractère distinctif au sein d’une communauté est une richesse qui permet de renforcer le sentiment d’appartenance. Bref, aller chercher le meilleur des deux mondes est à mon avis une chose tout à fait possible.

En conclusion, j’invite tous ceux qui tiennent à leur municipalité à se faire entendre en s’abonnant à la page Facebook Mon village ou en écrivant à monvillage@outlook.com afin d’unir leurs voix et faire entendre ce message fort: Mon village, j’y tiens!

Marcel Barthe, 2013 – une île, une vision

Hélène Bayard

M. Marcel Barthe est président du mouvement 2013 – une île, une vision, un regroupement de citoyens de l’île qui propose la fusion des municipalités de l’île et un nouveau mode de gouvernance.

Q. – Quel objectif votre mouvement  en proposant la fusion des municipalités de l’île?

R.- L’objectif ultime est assez simple: nous souhaitons accentuer l’esprit communautaire, le sentiment d’appartenance collective des gens de l’île. Nous croyons que les Orléanais et Orléanaises aspirent à travailler ensemble tout en respectant et renforçant l’identité de chaque village. Une vision d’ensemble ne contredit pas la fierté locale, au contraire. Nous entendons consulter les citoyens pour cerner et mettre en valeur avec eux la personnalité de leur milieu dans une optique de complémentarité.

Cet objectif implique la mise en place d’un nouveau mode de gouvernance, ouvert, transparent et axé sur le développement durable.

Q. – Comment définissez-vous le nouveau mode de gouvernance que vous proposez?

Ce nouveau mode de gouvernance mettra l’accent sur une plus grande participation des citoyens à la vie municipale. Pour ce faire, l’information donnée aux citoyens sera améliorée (infolettres, meilleure diffusion de l’info dans Autour de l’île, utilisation des médias sociaux, séances du conseil en direct sur le web) et nous proposerons des mécanismes de participation et de consultation en amont des projets et des prises de décision importantes.

Dans une administration constituée d’un maire et de six conseillers (un par village) soutenus par une équipe de professionnels et d’employés municipaux, les élus seront les animateurs et les porte-parole de leur milieu. Nous privilégierons la mise en commun des ressources au profit de l’ensemble, le développement et le partage des compétences et le travail en équipe, ce qui permettra une utilisation plus efficiente du personnel et une harmonisation de nos pratiques de gestion, des normes et des règlements. Cela nous apparaît plus efficace que le modèle actuel.

L’administration aura tous les pouvoirs d’une ville et d’une MRC, comme c’est le cas ailleurs, par exemple aux Îles de La Madeleine (ville/MRC créée en 2002).

Q. – Quels seraient les avantages de la création d’une administration municipale unique à l’île?

Cela engendrerait un effort de rationalisation visant à améliorer l’efficacité de la gestion tout en conservant des services de proximité. Il faut amener les citoyens à penser «une île» plutôt que «mon village», à réaliser que les enjeux et les défis sont souvent les mêmes, quel que soit le village. Nous proposons une vision du territoire axée sur le «vivre ensemble», sur un regroupement qui tient compte des spécificités, mais aussi des priorités auxquelles l’ensemble des citoyens adhère, par exemple la protection du patrimoine, des paysages, du caractère rural d’une grande partie du territoire, etc.

Nous considérons que l’aménagement du territoire exige une concertation, une vue d’ensemble et un cadre d’intervention cohérent que seule une fusion des municipalités peut offrir; ce serait d’ailleurs aller dans le sens d’autres regroupements déjà réalisés à l’île telles les paroisses et les écoles.

Les processus décisionnels dans les dossiers communs seraient allégés et en conséquence plus rapides. Qu’on pense par exemple aux dossiers de la requalification de l’entrée de l’île et des aménagements cyclables qui ont mis une quinzaine d’années à aboutir. Autres exemples: des dossiers très importants, en particulier le nouveau schéma d’aménagement, la gestion des eaux usées et l’approvisionnement en eau auraient avantage à ne relever que d’une seule entité municipale.

Q. – Quelles seraient les priorités d’action du mouvement si vous étiez portés au pouvoir?

Si nous sommes portés au pouvoir, nous nous engageons, pendant toute la période de transition, à nous occuper de la gestion des dossiers courants avec tout le soin requis. Après cette période de transition de deux ou trois ans, nous entendons créer une seule municipalité dirigée par un maire-préfet et six conseillers représentant chacun des six villages. Cette nouvelle entité administrative aurait tous les pouvoirs d’une ville et d’une MRC.

Notre plan d’action prévoit d’autre part une phase de participation et de consultation des citoyens sur certains enjeux importants et un certain nombre de projets collectifs.

Enfin, nous espérons que le sujet de la fusion des municipalités de l’île fera l’objet d’un débat d’idées et ne sera pas réduit à une attristante catégorisation des citoyens de l’île selon qu’ils sont né-natifs ou pas. Nous invitons les personnes qui aimeraient consulter le programme du mouvement à se rendre sur le site www.une-ile-une-vision.org


Partager.

A propos de l'auteur

Pierre Shaienks

Retraité du monde de l’assurance et bénévole au Camp Saint-François de l’île d’Orléans durant plus de 20 ans, Pierre est impliqué au journal depuis de nombreuses années.

Laissez une réponse