Tour de l’île à pied

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Première journée de marche

J’ai souvent fait le tour de l’île en voiture, par plaisir ou pour des raisons professionnelles. Je me suis souvent dit: « Tiens, la prochaine fois que je passerai par ici, je m’arrêterai et je prendrai une photo. »

Mais en neuf ans, je n’ai jamais pris le temps de le faire. C’est peut-être pour cette raison que j’ai décidé de faire le tour de l’île à pied. Pour une fois, je voulais prendre quelques heures pour m’imprégner de mon île.

Mon aventure ressemble un peu à l’histoire des musiciens de la ville de Brême. Dès le début du voyage, alors que je pensais vivre cette expérience seule, ma tante Nadine se joint à moi. Nous partons de ma résidence à Sainte-Pétronille et après quelques minutes de marche nous rejoignons Violette qui nous accompagne pour la première journée. Notre objectif est de dormir à Saint-Jean, nous avons 22 kilomètres à parcourir.

Violette est notre guide. Résidante de Sainte-Pétronille depuis les années 70, elle connaît chaque parcelle de sa municipalité. Nous arrivons très vite à Saint-Laurent et nous quittons la quiétude du chemin du Bout-de-l’Île pour l’autoroute, le chemin Royal.

Aussitôt le panneau franchi, le paysage se diversifie, nous quittons les résidences et le boisé pour voir apparaître les premières fermes et surtout le fleuve. Ce fleuve qui est à la fois immuable et en perpétuel changement. Avec quelques nuages au-dessus de lui, aujourd’hui, le fleuve est gris. Je m’imagine que peut-être, en cette fin de matinée, il est fatigué d’entendre ce flux constant de voitures, qu’il pense, tout comme moi, que la beauté est plus difficile à apprécier avec ce bourdonnement. Ou plus simplement peut-être que tout comme moi il commence à avoir faim.

Nous nous arrêtons dîner à Saint-Laurent après 3 h et 26 min. de marche et 25 760 pas. L’après-midi se déroule à un rythme plus doux; nous nous baladons en admirant ce magnifique paysage. J’essaye de voir le plus de choses possible, le cœur léger; je m’amuse, je me métamorphose en chasseur d’images. Le temps file, nous nous étonnons même de notre rapidité et trouvons que notre défi du tour de l’île à pied est plutôt facile.

En fin d’après-midi, nous avons la chance de visiter la ferme Onésime-Pouliot dont le slogan « tradition et innovation » reflète parfaitement la pensée des propriétaires. Nous finissons notre première journée chez Pascale et Bruno après 5 h 40 de marche et 22,4 kilomètres parcourus. Nous nous endormons confiantes…..

Deuxième journée de marche

Réveillée par le chant de la cafetière, tout va bien. Il fait beau, les oiseaux chantent et je ne ressens aucune douleur musculaire. Nadine et moi soignons légèrement nos ampoules avant de partir. Aujourd’hui, c’est Pascale qui nous accompagne; notre objectif est d’arriver à Sainte-Famille, 24 kilomètres, une bagatelle, c’est juste deux kilomètres de plus que la veille. Confiantes et déterminées, nous commençons notre parcours par un déjeuner bien mérité à La Boulange.

Nous traversons le cœur de ce magnifique village; chaque maison a son identité et l’ensemble est une symphonie parfaite aux mille et une formes colorées.

Notre randonnée se poursuit en direction de Saint-François. Aujourd’hui, le fleuve est bleu et légèrement agité. Les paysages, les couleurs, le temps, tout est parfait.

Mais la fatigue commence à se faire sentir: si, la veille, le bruit m’avait empêché d’apprécier à sa juste valeur la beauté du moment, à présent c’est la fatigue qui me nuit. Au fur et à mesure, notre parcours devient silencieux. Nadine et moi nous concentrons sur l’objectif à atteindre. Et mon premier objectif est le nouveau dépanneur de Saint-François pour y trouver de quoi soigner mes ampoules.

La vue du panneau municipal nous encourage. Nous allons bientôt pouvoir nous arrêter, panser nos blessures et reposer notre corps. Après une heure de repos à la tour d’observation, nous repartons, mais très vite nous manquons de vigueur. Alors, afin de pouvoir achever notre parcours, nous décidons de passer l’après-midi à faire des jeux, à nous raconter des histoires, à distraire notre cerveau de la douleur. Alors que nous avions passé la matinée à marcher chacune à son rythme, nous avons passé l’après-midi à marcher à la file indienne. Nous sommes devenues très solidaires, guettant le moindre signe de faiblesse de l’autre. Je ne sais pas si c’est la solidarité, l’amitié, l’empathie ou la détermination qui a été la clé de notre réussite, mais après six heures de marche, nous arrivons à Sainte-Famille.

Dernière journée de marche

Réveillée par le délicat fumet des œufs cocotte, je me lève avec le sourire. Ma mémoire sélective me rappelle les crises de fou rire de la veille. Je me souviens du rire de Nadine lorsqu’elle m’a vue descendre l’escalier du Pub du Mitan après le souper: un automate rouillé aurait été plus gracieux et plus souple. Je me souviens de notre rire complice quand, arrivées au gîte, Denise, la propriétaire nous a ouvert la porte et que nous avons vu l’escalier qui menait à nos chambres. Je me souviens que la seule chose que nous lui avons demandée, c’était une aiguille pour nos ampoules. Je me souviens du réconfort de la douche chaude et de mon nid douillet, le reste est un détail… Car je sais que mon objectif est à quelques kilomètres et que je vais y arriver.

Lors de notre déjeuner, nous rencontrons un cycliste qui part faire le tour de l’île en quatre heures; nous lui racontons notre périple et il semble impressionné. L’une des découvertes de mon parcours a été la solidarité entre sportifs. J’ai toujours admiré la solidarité qui existait dans l’univers de la moto; ces trois jours m’ont fait réaliser qu’entre sportifs, c’était la même chose. Chaque fois que l’on a croisé des cyclistes (car nous n’avons pas croisé de marcheurs), nous avons eu droit à un sourire, un signe de la main ou un hochement de la tête, un petit geste d’appartenance qui réconforte.

Nous repartons vers 10 heures. Notre seul objectif est l’arrivée: le paysage, le fleuve nous importent peu. Pourtant c’est magnifique. On dit que l’amour rend aveugle; je ne peux vous le confirmer, en revanche, je vous assure que la douleur rend aveugle, sourd et muet. Chaque pas est une avancée vers notre petite victoire. En trois heures, nous traversons Sainte-Famille, Saint-Pierre et nous arrivons à Sainte-Pétronille.

Avec le recul, nous avons trouvé cette expérience merveilleuse. Je me demande même si je ne renouvellerais pas cette aventure chaque saison… À suivre!

 

Laure-Marie Vaissayrat


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A propos de l'auteur

Sylvain Delisle

Concepteur et administrateur du site web depuis sa création, Sylvain est devenu rédacteur en chef en juillet 2014

6 commentaires

  1. Je tiens à vous féliciter, Laure-Marie, pour votre valeureuse escapade dans l’île et votre texte des plus agréable à parcourir.
    Je n’ai jamais eu le plaisir de vous rencontrer (connaître) et je déplore que l’on ne vous voit nulle part en photo…. pas même dans la liste des membres de l’équipe du journal.

    Continuez votre excellent travail (toute l’équipe), je dévore la lecture d’Autour de l’île deux fois plutôt qu’une… i.e. sur internet et sur papier quand je le recois par la poste.

    Lise Gosselin
    419 Chemin Royal
    St-Pierre I.O.

      • Bonjour

        Je m’apprête à vivre l’expérience du tour de l’île à pied, j’aimerais savoir de quel endroit où nous pourrions coucher pour le premier soir après environ 22 km en partant du pont?

        • Laure-Marie Vayssairat
          Laure-Marie Vayssairat sur

          Bonjour Linda,
          Dans quelle direction partez-vous?
          JE vous conseille en arrivant d’aller au bureau d’accueil touristique (418 828-9411) vous aurez accès à toutes les disponibilités sur l’île, si vous partez vers Saint-Pierre, je vous conseille de faire un premier arrêt à Sainte-Famille. Je vous souhaite une belle aventure sur cette magnifique île. Cordialement Laure-Marie Vayssairat

          • Bonjour Laure-Marie

            Un gros Merci pour vos conseils, je vais effectivement me diriger vers Saint-Pierre pour notre départ et dormir à Ste-famille. pour la première nuit. J’ai bien hâte de vivre l’expérience.

            Linda

  2. Je viens de lire votre récit et c’est très inspirant. Félicitation! Vous me donner envie de vivre cette expérience! J’espère que vos ampoules guérissent bien!

    Bonne journée!

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