Le jardin de Marie

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Marie Baillargeon et son compagnon, Martin Vaugeois, sont établis à Sainte-Famille depuis près de 15 ans. Marie est fleuriste propriétaire des Halles en fleurs, rue Cartier à Québec, depuis 30 ans. Elle est la septième d’une tribu de 10 enfants et passait ses étés à Saint-Jean où M. Baillargeon père, aujourd’hui âgé de 97 ans, cultivait avec amour ses annuelles sous le regard émerveillé de la petite Marie.

Adolescente romantique, puis jeune femme un peu rebelle, elle a toujours gardé en elle le rêve d’un jardin où il fait bon se promener, entourée de la beauté et du calme de la nature. Elle et Martin, spécialiste de l’aménagement paysager, ont choisi Sainte-Famille pour se poser, «entre chez Jos. Giguère et chez Laval Gagnon», comme elle nous l’a un jour indiqué.

Si le jardin de Marie est né de ses rêves, il est parti de rien. Lorsqu’elle et Martin en ont pris possession, l’emplacement était, pour ainsi dire, décapé, la couche de surface ayant été enlevée par un précédent propriétaire. À part quelques beaux arbres déjà plantés, tout était à faire, à commencer par le rétablissement d’une couche organique permettant la culture. Leur première réalisation fut donc l’épandage d’une boue de désencrage fournie par la papetière Daishowa, sorte de pâte de cellulose malodorante qu’il fallait étendre à l’aide d’un tracteur. Cette tâche ayant pris la plus grande partie de l’été, les premières plantations de Marie furent des choux et des bettes à carde, à cause de leur teinte mauve qu’elle aime particulièrement. La première fleur fut l’alchémille, une favorite, encore aujourd’hui.

Le plan du jardin de Marie se trouve dans sa tête et le résultat fait mentir ceux qui croient qu’il n’y a pas de beau jardin sans plan d’aménagement. Jardin intuitif, il évolue toujours, après 15 ans, au gré de l’imagination, de la curiosité et des passions botaniques de la jardinière. On perçoit clairement que ce jardin ne sera jamais terminé, il sera toujours renouvelé et enrichi.

Marie fait tout elle-même: alors que Martin travaille à ses plantations d’arbres, elle imagine, recherche, choisit les plantes qu’elle a envie de voir pousser dans son jardin, elle creuse, plante, sarcle, taille plantes et arbres, seule. Elle s’apprête d’ailleurs à acquérir une scie mécanique et a choisi elle-même sa tondeuse. Elle nous a fait part de ses recettes maison, entièrement biologiques, d’insecticide et de fongicide – notamment, la décoction de prêle qu’elle utilise pour ses rosiers, dont le feuillage sain et brillant témoigne de son expertise en la matière.

Une fleuriste qui jardine

Une fleuriste qui jardine, voilà qui n’étonne pas. Cependant, en déambulant avec Marie dans les allées de son jardin et en l’écoutant raconter ce qui lui plaît dans chaque plante qu’elle a choisie et quelles plantes font partie de ses prochains projets de jardinage (un massif de rhododendrons, des mousses, une certaine échinacée…) on découvre la continuité entre jardin et gagne-pain.

Si la jardinière-fleuriste est évidemment animée par l’amour du végétal et la nécessité de rentabiliser son travail et si le jardinage est un ressourcement pour la commerçante, l’évolution du jardin nourrit et inspire les créations de la fleuriste. Si sa clientèle recherche souvent les plantes vedettes – roses, oiseaux du paradis, gerberas, callas – qu’une fleuriste doit importer, le jardin de Marie sert de faire-valoir à ces fleurs, selon ses termes, et lui permet de donner à ses compositions un caractère unique, né de sa créativité à l’aide de magnifiques feuillages et de sapinages, notamment, qu’elle trouve dans son jardin toute l’année.

De plus, au gré de la disponibilité des fleurs de son jardin, elle peut offrir tulipes, pivoines, hydrangées, lys de son jardin ou encore des glaïeuls cultivés par sa voisine. En effet, l’été est la saison creuse des fleuristes: entre juin et septembre, pas de fêtes où certaines fleurs sont traditionnellement offertes. La jardinière recherche inlassablement dans son jardin les fleurs à couper les plus intéressantes pour sa clientèle, belles, faciles et durables, à un coût raisonnable. Selon Marie, en quinze ans, ses valeurs sûres se comptent sur les doigts de la main: crocosmia, asclépiade tubéreuse, pivoines de collection et son alchémille chouchou.

En fin de compte, si le jardin de Marie contribue à mettre du beurre sur les croissants, il est avant tout un alter ego, une œuvre vive, source d’émerveillement quotidien, en particulier à l’automne, où les verts sont plus profonds et les colchiques enfin en fleurs.


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A propos de l'auteur

Isabelle Harnois

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