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Réforme de coupures et réforme de structure / réformes en cours et réformes annoncées

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Vous n’êtes pas tannés? De l’hypocrisie, surtout. Celle de nos politiciens qui imposent, sans plans ni études sérieuses, des coupes aveugles dans les organismes, ministères et programmes alors qu’ils savent très bien que la plus grande part des budgets qui les soutiennent sont incompressibles (salaires, coûts fixes liés à l’entretien des bâtiments, etc.). Ce qui pousse ces entités gouvernementales ou paragouvernementales à mettre de l’avant des amputations aussi grotesques qu’antisociales et injustes. Après les hausses de tarifs annoncées pour les garderies, voilà que surgissent des annonces de coupures dans l’aide sociale, dans les programmes de santé mentale et de soutien à l’autonomie des personnes âgées, dans les bibliothèques scolaires, dans l’aide aux devoirs, etc. Vous aviez sans doute remarqué que les victimes de ces «efforts d’optimisation» sont les personnes les plus vulnérables de la société. L’hypocrisie se conjugue donc ici à la lâcheté.

«Ce n’est pas ce que nous souhaitons», s’empressent de répéter le premier ministre et certains de ses ministres dans une valse-hésitation qui ressemble à du cafouillage; à moins que ce ne soit tout simplement des ballons d’essai, auquel cas il faudra ajouter le cynisme. Et d’ajouter que ce n’est pas sur les premières lignes des services qu’il faut couper mais dans l’administration du système, dans la structure. Pourquoi, alors, ne pas identifier clairement ces endroits de la machine où il y a surabondance de personnel et de cadres? Sans doute parce que l’on sait déjà que le citron a été pressé au maximum depuis plusieurs années et que l’opération risque de se solder par un constat embarrassant: il n’y a plus de gras et la réduction des budgets ne peut se réaliser sans affecter les services directs offerts à la population. Les médias ne nous rappellent-ils pas chaque jour le besoin criant de certains types de personnel dans des ministères comme ceux de l’environnement et du transport?

Ironiquement, il en faut, des cadres, pour réorganiser de fond en comble un service public chaque fois qu’un nouveau ministre narcissique désire faire sa marque… Une réforme n’est pas terminée qu’une autre est mise en œuvre, comme en témoigne la nomenclature changeante dans les hôpitaux qui, au fil du temps, sont devenus des CHU, des CHA, des CHAUQ et quoi encore… Avant l’usage de cette opaque nomenclature, on savait au moins à quel saint se vouer! Pas étonnant non plus que l’on assiste à une démobilisation du personnel que la «restructurite » venant d’en haut pousse constamment à rebrasser les cartes. Et il semble bien que cette situation ne soit pas sur le point de changer. La réforme en profondeur annoncée dans le réseau de la santé et des services sociaux par le ministre Barrette semble encore une fois confirmer cette tendance en plus, cette fois, d’attribuer des pouvoirs extraordinaires au ministre de la Santé: allocation des budgets, nomination des directions et des membres des conseils d’administration des nouveaux Centres intégrés de santé et des services sociaux et des établissements hospitaliers, pouvoirs d’intervention directe du ministre auprès des CISSS, etc. La volonté de contrôle politique et de pouvoir atteint ici des limites ultimes.

Un beau bordel en perspective, des économies hypothétiques et une «pyramidisation-simplification» de la structure du réseau qui va le rendre plus attrayant pour d’éventuels acquéreurs privés. Oh là là! «Il débloque le mec»? Avant de confirmer cette première impression, il faut jeter un coup d’œil aux négociations internationales sur les services en cours; tout est sur la table, surtout les services publics et d’abord la santé et l’éducation.

Une réforme qui s’accompagne d’hypocrisie, de lâcheté, de cynisme, de recherche de pouvoir et d’objectifs non avoués peut-elle améliorer l’accès aux soins de santé? Une réforme qui mise sur des structures plus grosses, davantage hiérarchisées et plus autoritaires a-t-elle des chances de mobiliser un personnel déjà stressé et parfois au bord de l’épuisement? Une réforme bureaucratique et imposée qui évacue de son discours l’objectif premier qui est la santé publique et la prévention et qui fait de l’hospitalocentrisme au détriment des services extrahospitaliers de santé peut-elle avoir le moindre effet sur la santé publique justement?

Le projet de réforme du réseau de la santé:

  • Abolition des 18 agences de santé et de services sociaux de la province.
  • Fusion des 182 centres de santé et de services sociaux (CSSS) qui ne seront plus que 28.
  • Création des Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) qui chapeauteront tout le réseau, à raison d’un CISSS pour chacune des 16 régions sociosanitaires du Québec, exception faite de Montréal qui disposera de cinq CISSS.
  • Dissolution de quelque 170 conseils d’administration d’établissements de santé à travers le Québec.
  • Chacun des CISSS aura «autorité» sur les centres hospitaliers (CH), les centres locaux de services communautaires (CLSC), les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), les centres de protection de l’enfance et de la jeunesse (CPEJ) et les centres de réadaptation (CR) sur son territoire.
  • Économies d’au moins 220 millions de dollars par année pour l’État québécois et élimination de 1 300 postes de cadres, selon le ministre Gaétan Barrette.

(photo: Flickr)


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

4 commentaires

  1. Gaétane Chabot sur

    Excellent article M. Gagnon.
    J’ajouterais : où sont les CLSC dans tout cela, ces services qui devaient être de première ligne dans les années 1970-1975? On est tout mêlé, on a plein de structure et on oublie le patient-utilisateur qui ne sait pas encore où aller pour son ou ses problèmes des santé Merci!

  2. andré montambault sur

    oui vous aver bien raison ce gouvernement est le pire de tout il ne satacque pas au plus riche toujour la classe moyenne et plus demuni merci

  3. C’est en effet très inquiétant… Sommes-nous dirigés par des gens qui n’auraient jamais connu la misère? Sans l’avoir vécue, peut-être alors l’ont-ils réellement vue, de leurs yeux vue? Y seraient-il demeurés complètement insensibles… Vous avez raison Normand: ministres narcissiques qui semblent vouloir passer à l’histoire davantage que de se préoccuper du bien commun. Du moins, c’est une drôle de manière de s’en occuper.

  4. Vous avez raison en mentionnant que c’est dans l’administration du système et dans la structure, tous en conviennent, sauf Québec solidaire. Cependant, le gouvernement s’est mis un carcan à l’effet qu’il est défendu de congédier tout fonctionnaire, alors la fonction publique ne fait qu’engraisser car tous les gouvernements ont toujours fourni les budgets pour le faire. Jean Charest avait promis une réingénierie de l’état en disant qu’il était prêt et son gouvernement n’a même pas essayé de la faire. Puis en 2010, ils ont dit qu’ils feraient un effort de 62 % et comme ils savaient qu’ils ne le feraient pas, ils ont fignolé les plus majeures hausses de taxes des dernières années et se sont cassé les dents sur les étudiants. Après 9 années de pouvoir libéral récent, le nouveau gouvernement n’est même pas encore en mesure d’établir ce qui est de trop, c’est triste et misérable. Le remplacement de 1 fonctionnaire sur 2 départs à la retraite signifiait aussi un gel de l’emploi, mais ça n’a pas été le cas et aucun cadre n’a été pénalisé pour cette entorse, ils ont eu le budget. Le nouveau gouvernement a aussi encore décrété un gel de l’emploi, est-ce que ça fonctionnera? on peut en douter, mais il faut encore espérer!

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