Hélène Vachon – Un certain regard sur l’aventure humaine

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© Normand Gagnon - Hélène Vachon habite Sainte-Pétronille depuis 2008, année où elle a pris sa retraite.

© Normand Gagnon – Hélène Vachon habite Sainte-Pétronille depuis 2008, année où elle a pris sa retraite.

Pourquoi écrire? C’est ce je fais de mieux, d’affirmer Jean, le narrateur et personnage principal dans Les Dupont aux abois, de la série jeunesse Les Doddridge. L’auteure Hélène Vachon, de Sainte-Pétronille, pourrait peut-être fournir pareille réponse. Quoi qu’il en soit, les commentateurs de la scène littéraire s’accordent pour dire qu’elle le fait très bien et, pour certains, dont nous sommes, merveilleusement bien. Pas étonnant après des études en littérature, une carrière au ministère de la Culture et des Communications et une longue pratique de l’écriture (une vingtaine d’œuvres à son actif en vingt ans de métier); mais l’explication serait bancale si l’on n’y ajoutait pas cet indéniable talent de «semeuse d’histoires».

L’œuvre vue au travers quelques parutions récentes

L’histoire d’une rencontre entre deux êtres que tout éloigne: celle d’un embaumeur introverti et d’un musicien expansif, mais malade et sur le déclin, tous deux ramenés sans cesse, par une sorte de force de gravité, à ce qu’ils sont, à ce qui les a construits. Attraction terrestre[i], le troisième roman pour lectorat adulte de l’écrivaine pose un regard lucide sur les humains et leurs travers, «capables de sublime, mais aussi d’horreurs », nous dira-t-elle.

Cette quête de la «vraie nature» de l’être humain se poursuit dans La manière Barrow[ii] où Grégoire, le personnage central, tente de se retrouver après avoir emprunté trop longtemps la voie (et la voix) des autres. Ce thème, récurrent chez l’auteure, traverse toute son œuvre même dans les nombreux ouvrages destinés à la jeunesse[iii] qu’elle a publiés jusqu’ici; quoique, dans ce dernier cas, cette présence s’y fasse plus subtile, discrète derrière les péripéties de l’histoire.

Mais ce qui caractérise en particulier l’œuvre de l’écrivaine, c’est l’humour qu’on retrouve presque partout: dans ce vocabulaire touffu qu’on dirait illimité, dans la narration menée tambour battant, dans les situations cocasses ou absurdes que vivent les personnages ou dans les propos qu’ils tiennent. Un humour fin, subtil, qui s’adresse à l’intelligence. Dans une entrevue[iv] au bimestriel Les libraires, l’auteure dira d’ailleurs à ce sujet qu’elle n’explique pas, qu’elle laisse des blancs, de l’espace, qu’il «faut faire confiance à l’intelligence du lecteur». Et elle a bien raison, parce que ces vides, ces silences, ne sont-ils pas justement ces lieux d’appropriation de l’histoire, ces moments où l’imaginaire du lecteur se met en route à son tour et, dans le cas précis de la prose d’Hélène Vachon, des pauses pour laisser place au rire, au sourire ou à la réflexion?

– L’homme allongé devant moi est mort de rire. J’ignorais que la chose fut possible. […]. Presque aussi haut que large, un abdomen surmonté d’une tête ronde, petite sphère déposée directement sur une plus grosse, comme si on avait oublié le trait d’union. On sent tout de suite l’excès et la santé ratée. L’abus, la jouissance. Il ne fait pas du tout mort, certains ont cette chance de ne jamais avoir l’air disparus. (Attraction terrestre, p. 6)

Mais cet humour n’évacue pas pour autant le sérieux du discours même si l’auteur ne le rend pas explicite, préférant se laisser guider, nous dit-elle, par une idée globale qui s’affine en cours de rédaction, au fur et à mesure que les personnages prennent de l’épaisseur. L’imaginaire fait le reste, au service de la fiction pure. Il n’en reste pas moins que de grandes questions existentielles traversent les récits: l’intolérance, les apparences, le manque, l’identité, la durée…

– La poésie est une façon de ne pas mourir […]. Une façon de reprendre son souffle, de retrouver sa respiration dans nos vies étriquées. Alors, ne venez pas me dire que le public n’a pas besoin de respirer. (La manière Barrow, p. 72)

Lire Hélène Vachon, c’est se laisser porter par un grand souffle, le vent dans le dos, la curiosité piquée dès les premières pages; un souffle qui nous fait s’immiscer dans la vie de personnages hors du commun, parfois presque caricaturaux, mais toujours crédibles, attachants, et pour lesquels, on le sent, l’auteure éprouve une grande tendresse. Des personnages qui se questionnent, qui doutent, qui trébuchent et se relèvent, capables d’introspection, donc de changer… pour le mieux… s’ils en ont le temps!

[i] Hélène Vachon, Attraction terrestre, Éditions Alto, 2010.

[ii] Hélène Vachon, La manière Barrow, Éditions Alto, 2013.

[iii] L’auteure a publié plusieurs livres dans des collections jeunesse, notamment chez Québec Amérique (Le piège de l’ombre et L’arbre tombé), chez Dominique et Compagnie (la série Somerset) et chez les Éditions Fou Lire (dont la série Les Doddridge, deux numéros parus en 2014).

[iv] Voir Les libraires (oct.-nov. 2014, no 85), bimestriel gratuit des librairies indépendantes.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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