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Charlie et les larmes de crocodile

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Ils furent des millions, en France et ailleurs dans le monde, à exprimer leur désolation à la suite de l’attentat au journal satirique Charlie Hebdo au cours duquel furent abattues onze personnes, dont huit membres de la rédaction. Mais aussi à dénoncer cette attaque contre la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Durant la «marche républicaine» du 11 janvier à Paris, on a vu défiler au début du cortège, entourant le président français François Hollande, des dirigeants de pays où cette liberté est justement mise à mal. De quoi ternir immanquablement cet hommage aux disparus. Et être scandalisé par cette mise en scène de la plus haute hypocrisie. On remarquait en effet dans ce cortège la présence de représentants de l’Égypte, de la Russie, de la Turquie, d’Israël, de l’Algérie et des Émirats arabes unis.

En Égypte, des dizaines de journalistes sont emprisonnés. Ironiquement, le jour même où le ministre des affaires étrangères égyptien participe à la marche de Paris, une cour condamne un Égyptien à trois ans de prison pour athéisme.

23 journalistes ont été assassinés depuis 2000 en Russie et les enquêtes judiciaires sur de tels meurtres n’aboutissent jamais dans le pays de Vladimir Poutine.

Le 14 décembre dernier, dans 13 villes de Turquie, on a assisté à une rafle de 27 personnes, journalistes, directeurs de publications et président de télévision; dans ce pays, un journaliste qui aborde de façon critique la question sensible de la guerre génocidaire contre la minorité kurde (20% de la population), notamment, s’expose à des inculpations et à la prison.

En Israël, où règnent la censure militaire à l’interne et la destruction des organes de presse de Palestine, un journal comme Charlie Hebdo ne pourrait même pas exister en raison d’un article du Code pénal qui «interdit de heurter les sensibilités religieuses».

Dans un entretien avec Reporters sans frontières (RSF), un journaliste du quotidien émirati The National, licencié en avril 2014 après la parution d’un roman où il démontre la censure institutionnalisée, raconte comment, au sein des médias, règne la règle implicite «de l’interdiction de couvrir tout sujet politique».

La liste pourrait s’allonger presque indéfiniment de ces dirigeants qui, Place de la République, ont versé des larmes brouillant sans doute une vision claire de la situation dans leurs propres pays. Que dire par exemple du gouvernement français lui-même, sinon qu’il pleure aujourd’hui unanimement la disparition d’une rédaction dont il avait, il y a quelques mois, téléguidé le dénigrement dans la presse algérienne? Que dire également de la situation au Canada qui, selon RSF, a perdu 10 positions au classement annuel 2013 de la liberté de la presse, chute qui serait attribuable aux «entraves subies par des journalistes durant le mouvement étudiant dit du «Printemps érable», mais aussi aux menaces persistantes contre le secret des sources et la protection des données privées des internautes, malmenées par le Décret fédéral C-30 de lutte contre la cybercriminalité».

La violence qui répond à la violence

Au-delà du débat sur les limites de la liberté d’expression et de l’instrumentalisation du triste évènement qui vise la limitation des libertés citoyennes, reste la grande question des causes de ce terrorisme qu’on connaît aujourd’hui. Certes il faut s’attaquer au terrorisme, à tous les terrorismes, y inclus ceux des États qui, pour certains d’entre eux, n’hésitent pas une seconde à assassiner sans états d’âme de présumés terroristes et tous les innocents qui les entourent. Ne faut-il pas, ne serait-ce que pour avoir une petite chance de l’éradiquer, en comprendre l’origine? Et l’analyse des causes est parfois risquée, car il est aussi dans nos pays occidentaux des sensibilités qu’il n’est pas sans danger de taquiner en affirmant par exemple que le terrorisme se revendiquant d’Al-Qaïda ou d’EI a fleuri dans le riche terreau de pays dévastés et politiquement déstabilisés (Afghanistan et Irak, notamment) par des guerres aux justifications douteuses; destructions qui ont conduit, selon le sociologue Pierre Mouterde, à «l’émergence de vastes zones de non-droit où règnent les guerres civiles, le chaos et l’arbitraire le plus absolu, ne laissant bien souvent aux populations civiles locales que l’option des camps de réfugiés ou de l’exil, avec son lot de colères, de frustrations rentrées, de rages soulevées devant tant d’hypocrisie, de doubles jeux et d’intérêts bien comptés des puissants de ce monde.» Or, c’est justement dans ce réservoir de désespoir, de colère et de peur que puisent les terroristes. Faut-il rappeler que les rebelles d’hier qui luttaient contre l’envahissement soviétique de l’Afghanistan dans les années 80 furent financés, entraînés et armés par les États-Unis, l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Chine; que ces rebelles, devenus aujourd’hui des terroristes dans les discours officiels, ont retourné leurs armes contre ceux qu’ils considèrent comme les nouveaux envahisseurs. La violence qui répond à la violence qui répond à la violence… dans une spirale dont on ne voit pas la fin.

Respecter le droit international et les résolutions de l’ONU et confier le règlement des litiges au Tribunal international pourraient constituer un début de solution à ces crises qui n’en finissent plus d’éclater partout sur la planète. Le problème incontournable aujourd’hui est que plusieurs pays, comme le Canada et les États-Unis, refusent de se soumettre à certaines règles internationales et à nombre de traités qui visent à protéger les droits de la personne.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

Un commentaire

  1. Bonjour Monsieur Gagnon,
    Après lecture de votre article je ne peux que constater que vous vous occultez vous-même. Dans la première rangée, proche de Flamby, lors de ce défilé vous avez omis de nommer la présence du chef du Hamas, considéré comme chef d’un État islamique et étiqueté comme tel par l’ONU. Il faut l’inclure dans ce fouillis moyen-oriental quand on parle d’Israël. Les occidentaux ne bougent que ponctuellement lors de crises ( Charlie, Ottawa, tueries télévisées de l’UI en Irak, (dont le bûcher pour le pilote jordanien) et en Lybie. Quant aux solutions : il faudrait que les gens soient bien au courant des conditions d’éducation des enfants qui ânonnent les verset du Coran dès qu’ils commence à parler 7/7 jours par semaine et que toute leur éducation se fait dans les madrasa et les écoles coranique y compris l’université. Ils ne connaissent rien d’autres ils apprennent par cœur chaque verset du coran et surtout des Hadiths. La seule possibilités pour nos pays : coercition quand les gens comprendront vraiment de quoi il s’agit et cela ne semble pas pour demain. Bien à vous. W.B.

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