Chronique littéraire – mars 2015

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L’or, l’écarlate et le noir – La croisade de Vincent Donovan

L’or, l’écarlate et le noir – La croisade de Vincent Donovan, d’Yvan Hamel, publié aux éditions Pratiko, est un roman que l’on peut qualifier d’exceptionnel. Je l’ai trouvé captivant du début à la fin. Un grand roman dont on se souviendra longtemps. Il n’y a pas de longueurs. L’auteur maîtrise son intrigue et l’on y croit du début à la fin. Tout se tient. Les personnages y sont dépeints de façon très réaliste. Vincent Donovan en est le narrateur et personnage principal. L’histoire se déroule en août 1975 alors que Vincent fait son entrée au prestigieux Collège militaire royal de Saint-Jean. Vincent se démarque rapidement par des résultats exceptionnels, mais il y jouera un rôle on ne peut plus singulier également. Il faut dire que Vincent a été, à six ans, témoin direct du meurtre brutal de ses parents, des parents qu’il idéalise depuis, surtout son père. Lorsque Vincent découvre la réalité du collège, ses illusions sont à ce point ébranlées qu’il tente le tout pour le tout afin de permettre à l’illustre institution de redevenir le lieu de prestige qu’il avait imaginé. Mais il va loin, très loin, en voulant jouer les justiciers. Devant l’inaction des autorités face à ce qu’il considère comme inacceptable, Vincent se dédouble pour redresser les torts, durant la nuit. Mais les obstacles sont nombreux; des trafiquants de drogue croisent son chemin, semant la mort d’un élève officier au passage, une mort dont il se sent en partie responsable. Et comme dans tout bon roman, Vincent sera tourmenté par un amour défendu, un amour qui lui donne des ailes pour accomplir sa mission, mais qui viendra près de causer sa perte également. Je ne peux que vous recommander ce livre extraordinairement bien écrit.

Les oiseaux de nuit finissent aussi par s’endormir

Roman que j’ai adoré pour la qualité de son écriture et sa profondeur, Les oiseaux de nuit finissent aussi par s’endormir, de Martine L. Jacquot, publié aux éditions David, intéresse par l’introspection, la réflexion sur la vie, le passé et le présent. Une interprète de métier, Ève, est bloquée à l’aéroport de Paris où elle est en transit après un séjour à Moscou. Avant de monter à bord de son avion pour Ottawa, elle entend le nom d’un passager qu’on appelle et qui est une personne qui a eu jadis un impact déterminant dans sa vie. Les émotions ainsi ravivées amènent Ève à remonter dans le temps et à réinterpréter les événements de sa vie qui l’ont poussée à vivre comme un oiseau migrateur qui n’arrive jamais à se fixer. Elle trouve pourtant des repères dans les propos de sa complice Dacha, ses amis Maxime et Julien, pour enfin retrouver Charles, le père de son enfant, qui l’aidera à se réconcilier avec sa propre histoire. Écrit avec une prose soignée, Les oiseaux de nuit finissent aussi par s’endormir est une œuvre tout en nuance, maîtrisée.

La passion de Karlo – disparu dans la nuit

La passion de Karlo – disparu dans la nuit, de Jean Forest, publié aux éditions Triptyque, nous fait entrer dans l’univers de Karlo à la suite du suicide de ce dernier, à travers des moments que l’auteur a vécus avec son fils. Le suicide d’un enfant est sans doute l’épreuve la plus dure que puisse vivre un parent, d’autant plus un parent aimant qui croyait connaître, comprendre, son fils. Mais comme c’est souvent le cas, il ne faut pas se fier aux apparences. Il essaie de reconstituer les moments, pour déterminer comment, sous des apparences heureuses et normales, la souffrance s’était frayé un chemin chez son fils. Mais il essaie aussi de continuer à vivre. Des phrases très fortes: «Je sens mon âge, je sens mes soixante-dix ans de vie, non pas dans mon corps, qui me traite bien, mais dans mon cœur, qui perd lentement ses raisons de battre.» Le livre, en soi, est un acte de vie, de communication, de partage, d’un homme au cœur brisé, mais d’un homme dont l’amour pour son fils insuffle l’inspiration d’écrire. Une œuvre touchante, mais jamais sensationnaliste. Une œuvre empreinte de respect et qui nous offre un moment de partage. Car chaque difficulté, aussi terrible soit-elle, révèle aussi une part de notre humanité.


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