Tout est pardonné – Je suis Charlie

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Je n’ai pas apprécié votre article intitulé Charlie et les larmes de crocodile parce que le titre n’est pas, à mon avis, le bon.

Si vous aviez parlé de ces chefs d’État qui s’offrent une virginité en venant à Paris manifester pour Charlie, j’aurais applaudi des deux mains. Je vous accorde que le titre n’est pas évident à placer. A contrario, résumer la manifestation du 11 janvier à quelques hypocrites venus faire un coup médiaticopolitique me paraît un raccourci que je ne voudrais pas laisser sans suite. Trois virgule quatre millions de personnes dans Paris, la plus grande manifestation depuis la libération de Paris. Ce n’est pas rien, quand même, et non, je ne crois pas que tous ces gens-là auraient choisi de faire défiler en tête de cortège ces dirigeants. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux ne le savaient pas. Alors pour moi, Charlie c’est ces gens-là, pas les 12 ou 15 personnes en tête de la manifestation. Charlie, c’est un message fort lancé à tous nos hommes politiques pour leur dire: «Attention! Le cas échéant, on est capable de casser les clivages droite/gauche pour descendre dans la rue.»

Charlie, c’est 120 000 personnes capables de s’abonner à un journal qu’elles ne lisaient pas, qu’elles n’aimaient pas, pour certaines; c’est près de 10 millions d’euros reçus en quelques jours pour soutenir ce symbole de la liberté d’expression pour qu’il ne disparaisse jamais. CHARLIE, c’est dire que Cabu, Wolinski, Charb et toutes les victimes ne soient pas assassinées une seconde fois par notre indifférence. Charlie, c’est défendre une liberté de la presse pour des esprits libres et libertaires, un journal indépendant, libre de tout groupe de presse, et il n’y en a plus beaucoup.

Je trouve, pour avoir eu la chance d’y être ce jour-là, que c’était un jour très particulier. C’est la première fois que je voyais autant de monde dans les rues de Paris, mais surtout, c’est la première fois qu’une manifestation ne demandait pas la tête de quelques hommes politiques. On ne manifestait pas contre quelque chose ou contre quelqu’un, mais pour dire combien nous étions attachés à la liberté d’expression, quelles que soient nos convictions, et que personne ne nous enlèverait ça. C’est la première fois que je voyais des manifestants discuter avec les CRS, que des gens mettaient de la musique aux fenêtres; d’autres avaient confectionné des pâtisseries à l’emblème de Charlie et les partageaient avec les gens.

J’ai vu toutes les confessions religieuses représentées, y compris des musulmans bien sûr. Ce jour-là, il n’y avait pas de couleur de peau, ni de nationalité, ni de religion pour diviser le monde; seule la défense de nos libertés nous unissait, du plus petit au plus grand.

Et ce monde-là, ce jour-là, ce n’était pas des larmes de crocodile qu’il versait, je vous le garantis.

Je pourrais vous en parler encore longtemps parce que j’ai vraiment vécu quelque chose de fort, j’ai eu le sentiment d’une union sacrée autour de la liberté d’expression et cela m’a réconforté de voir que les Français étaient capables de se mobiliser et de bouger si on voulait toucher à leurs droits fondamentaux, à une époque où, sous couvert de la lutte contre le terrorisme, on ne cesse de limiter nos libertés.

C’est pour cela que je pense que le titre de votre article n’est le bon.

Je suis Charlie

Bruno Couteau


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A propos de l'auteur

Sylvain Delisle

Concepteur et administrateur du site web depuis sa création, Sylvain est devenu rédacteur en chef en juillet 2014

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