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Indignez-vous!

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C’est de cette colère face à l’injustice dont il est ici question; de ce bouillonnement intérieur qui se manifeste devant une situation considérée comme inacceptable; pour certains, de ce profond inconfort ressenti quand des valeurs fondamentales universelles sont bousculées; de ce sentiment d’urgence qui nous pousse à réagir et à agir. Pas de ces réactions à vif que semblent s’autoriser certains commentateurs en pourfendant ceci aujourd’hui et son contraire demain; ou en condamnant sans analyse aucune toute dérogation à l’ordre établi, à la langue de bois et à la bonne conscience.

Dans un opuscule publié en 2008 et intitulé «Indignez-vous[i]», Stéphane Hessel, ce résistant français ayant été associé à la Déclaration universelle des droits de l’homme, revient sur le Programme du Conseil de la résistance (mars 1948), lequel proposait un ensemble de principes et de valeurs sur lesquels devrait reposer la démocratie: Un plan complet de Sécurité sociale, une retraite permettant aux travailleurs de finir dignement leurs jours, la nationalisation des sources d’énergie et des banques, l’éviction des grandes féodalités économiques et financières, la possibilité effective pour tous les enfants de bénéficier de l’instruction la plus développée, la nécessité d’une presse libre et indépendante de l’État et des puissances de l’argent. En d’autres mots, «une organisation de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général…». Rappelons que semblables idées avaient été dans les années 60 à l’origine de la Révolution tranquille du Québec.

Force est de constater avec cet auteur que c’est «tout le socle des conquêtes sociales […] qui est aujourd’hui remis en cause». Les politiques de nombreux gouvernements partout dans le monde et en particulier des gouvernements actuels du Québec et du Canada en témoignent éloquemment. Le récent budget Leitao ne prévoit-il pas des allègements fiscaux aux entreprises en même temps qu’il impose des compressions draconiennes aux secteurs de l’éducation et la santé? Étrangement, le ministre invoque l’équité intergénérationnelle alors qu’il concentre les coupures en éducation et dans le programme des garderies! Cherchez l’erreur.

Les programmes d’austérité, exacerbée dans le dernier budget gouvernemental, auront-ils pour effets de voir les citoyens répondre à l’appel de Hessel? Pour dépasser le totalitarisme rampant, «il faut se fonder, nous dit-il, sur les droits, dont la violation, quel qu’en soit l’auteur, doit provoquer notre indignation. Il n’y a pas à transiger sur ces droits». Le pamphlétaire précise par ailleurs l’efficacité de la non-violence en ce sens qu’elle «suscite l’appui, la compréhension [et le]soutien de tous ceux qui, dans le monde, sont les adversaires de l’oppression.» Et d’ajouter que la pensée productiviste et la fuite à l’économie financière sont coupables de toute la violence aujourd’hui constatée parce que c’est elle qui engendre les conflits, la compétition, l’écart entre les riches et les pauvres, etc.

Et Hessel de conclure avec cet appel à l’indignation, destiné particulièrement aux jeunes qui feront le XXIe siècle, en leur disant: «CRÉER, C’EST RÉSISTER, RÉSISTER C’EST CRÉER». Et nous d’espérer qu’ils seront nombreux, dans les pas de Gabriel Nadeau-Dubois, à l’entendre.

 

Encart (deux citations à insérer dans le texte)

«Prenez le relai, indignez-vous! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.» – Stéphane Hessel, extrait de Indignez-vous !

« Résistez. Résistez. Gardez par-dessus tout l’amour de la liberté et votre sens critique». – Jean d’Ormesson.

 

Citations tirées de l’article Indignation, de Julie Stanton, Le bel âge, avril 2015.

«Je rêve du jour où des centaines de milliers de gens de tous les pays se lèveront pour crier leur malaise face à la domination du dieu Argent…» – André Mathieu.

«… ce qui m’indigne, c’est la société amorphe qui se laisse faire faute de savoir mieux, c’est ce cheminement vers l’inégalité et le prix qu’il faudra payer, un jour, pour l’avoir toléré. Finalement, le petit bruit des pantoufles est plus dangereux que celui des bottes». – Jean-Paul L’Allier.

«… Et saviez-vous que s’est installé insidieusement un phénomène de pauvreté qui atteint désormais les citoyens avec emploi?». – Louise DesChâtelets.

«J’en ai contre un système qui permet à certains de quitter leur poste avec de généreuses indemnités de départ… Pourquoi l’honnête ouvrier d’usine, qui a passé toutes ses années actives à accomplir un travail consciencieux, se retrouve-t-il souvent sans fonds de retraite?». – Véronique Morel.

De Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef) dans La force de l’indignation, Relations, mars 2011.

«[L’indignation] est aussi un don. Elle concerne toujours un autre. […]. Elle nous rappelle ainsi, dans notre chair, notre commune humanité, ce lien vital qui nous unit aux autres».

 

 

[i] Stéphane Hessel, Indignez-vous, Éditions Indigène, édition revue et augmentée, décembre 2011. Près de 5 millions d’exemplaires ont jusqu’ici été vendus partout dans le monde.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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