Laudato Si’

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Si nous n’avions pas lu le nom de l’auteur en première page du document, nous aurions pu croire qu’il s’agissait de celui d’un mouvement politique écologiste tant il reprend à son compte les douloureux constats dressés par nombre d’organisations sociales nationales et internationales qui, depuis des décennies, contestent ce néolibéralisme omniprésent qui fait des ravages partout sur la planète. Le «manifeste», comme l’ont appelé de nombreux commentateurs, ne souffre en effet d’aucune ambigüité et se situe résolument dans le camp des progressistes. En invitant l’humanité à sauver notre «maison commune» de la destruction, il s’attaque en effet à cette idéologie étroite et mesquine des néoconservateurs. De plus, il fait œuvre d’innovation dans l’analyse en mettant en relation les désordres environnementaux et la pauvreté matérielle et morale qui affecte une partie importante de l’humanité. Un modèle d’écologie intégrale y est également mis de l’avant en montrant comment l’environnement, le social et le culturel, l’économie et la politique, l’urbanisme, etc., sont intimement liés. Enfin, le document, qui appelle à une véritable «révolution culturelle» par la richesse, l’étendue et la profondeur de son contenu, ne pourra que donner de la hauteur au débat entourant la prochaine conférence internationale de Paris sur le climat.

Quelques extraits révélateurs

« Si nous tenons compte du fait que l’être humain est aussi une créature de ce monde, qui a le droit de vivre et d’être heureux et qui, de plus, a une dignité éminente, nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération les effets de la dégradation de l’environnement, du modèle actuel de développement et de la culture du déchet, sur la vie des personnes.»

«Tant l’expérience commune de la vie ordinaire que l’investigation scientifique démontrent que ce sont les pauvres qui souffrent davantage des plus graves effets de toutes les agressions environnementales […].» «Nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu’une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres.»

«La stratégie d’achat et de vente de «crédits de carbone» peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation et cela ne servirait pas à réduire l’émission globale des gaz polluants. Ce système semble être une solution rapide et facile, sous l’apparence d’un certain engagement pour l’environnement, mais qui n’implique, en aucune manière, de changement radical à la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un expédient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs.»

«Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation.»

«La vision consumériste de l’être humain, encouragée par les engrenages de l’économie globalisée actuelle, tend à homogénéiser les cultures et à affaiblir l’immense variété culturelle, qui est un trésor de l’humanité.» […] «La disparition d’une culture peut être aussi grave ou plus grave que la disparition d’une espèce animale ou végétale. L’imposition d’un style de vie hégémonique lié à un mode de production peut être autant nuisible que l’altération des écosystèmes.»

«… les pouvoirs économiques continuent de justifier le système mondial actuel où priment une spéculation et une recherche du revenu financier qui tendent à ignorer tout contexte, de même que les effets sur la dignité humaine et sur l’environnement.»

«Toute la société – et en elle, d’une manière spéciale, l’État, – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun.»

«… un consensus mondial devient indispensable, qui conduirait, par exemple, à programmer une agriculture durable et diversifiée, à développer des formes d’énergies renouvelables et peu polluantes, à promouvoir un meilleur rendement énergétique, une gestion plus adéquate des ressources forestières et marines, à assurer l’accès à l’eau potable pour tous.»

«Étant donné que le droit se montre parfois insuffisant en raison de la corruption, il faut que la décision politique soit incitée par la pression de la population. La société, à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires, doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux. Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique – national, régional et municipal –, un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus.»

«Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine. Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et de réformer le système dans son ensemble, réaffirme une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir et qui pourra seulement générer de nouvelles crises après une longue, coûteuse et apparente guérison.»

«… l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties.»

La parole de François

Plusieurs auront reconnu ici la parole du pape François dans sa dernière lettre encyclique LAUDATO SI’ (Sois loué). Certains s’étonneront de ce discours radical; radical au sens qu’il identifie avec une rare clarté les ratées de la marche actuelle du monde. D’autres, davantage initiés à la vie de l’Église catholique, y verront une certaine continuation de la mission sociale de l’institution, sachant les interventions de certains papes antérieurs et de nombreux évêques au cours des dernières décennies, particulièrement ceux de l’Amérique latine.

Se pourrait-il que le pape François soit désormais considéré comme persona non grata sur le territoire canadien en raison de prises de position analogues à celles de certains groupes écologistes et qui leur ont valu méfiance et surveillance?


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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