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André Dubois, Chevalier de l’Ordre national du Québec

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C’est le 16 juin dernier qu’André Dubois, de Saint-Laurent, en même temps qu’une trentaine de personnalités marquantes du Québec[i], s’est vu attribuer par l’Assemblée nationale le titre honorifique de Chevalier de l’Ordre national du Québec (ONQ).

Chaque année, depuis 1985, le premier ministre du Québec, sur proposition du Conseil de l’Ordre, rend hommage aux personnes qui ont marqué l’évolution et le rayonnement du Québec. C’est en raison notamment de sa participation au groupe d’humoristes Les Cyniques qu’on lui a décerné cet honneur. Le texte officiel de l’ONQ fait remarquer qu’André Dubois «a marqué l’histoire culturelle du Québec, contribué à l’évolution des mentalités en désacralisant certains intouchables, décoincé la liberté d’expression populaire et transformé in fine le visage du Québec». Mais c’est aussi pour sa carrière prolifique au cours de laquelle il aura été auteur, scénariste et producteur que le titre lui a été donné. André Dubois nous dit avoir été ému et flatté par cette reconnaissance.

Les débuts à l’Université de Montréal

Ce qui fut à l’origine un passe-temps amusant grâce auquel Les Cyniques, une joyeuse bande de copains de l’Université de Montréal, se moquaient allègrement, lors de spectacles sur le campus, des vaches sacrées de l’époque, devient, en 1965, un métier que quatre d’entre eux feront le choix d’exercer de façon professionnelle. Tout un coup de barre pour ces universitaires: trois diplômés en droit, dont André Dubois, et un quatrième en philosophie. Comme à l’université, le succès est immédiat: à l’automne 1965, pendant un mois, 25 000 spectateurs les applaudiront sur la scène du cabaret Casa Loma, de Montréal; huit albums produits entre 1966 et 1972; durant cette même période, un nouveau spectacle et sept à huit prestations par année. L’humour est mordant, vitriolique; le clergé et les politiciens en prennent pour leur rhume. En 1972, le groupe est dissous.

Le scénariste et auteur

Muni d’une nouvelle confiance et désormais connu, André Dubois se voit sollicité par des réalisateurs de Radio-Canada, dont Jean Bissonnette, pour participer à l’écriture des textes de Moi et l’autre et du Bye Bye. C’est ainsi que naît sa nouvelle carrière de scénariste et d’auteur et c’est à ce titre qu’il signe les textes de onze Bye Bye, d’un film, Aventures d’une jeune veuve (1974), ainsi que de séries télévisées telles que Du tac au tac (1976-1982), Sir Wilfrid Laurier (1987), en collaboration avec Louis-Georges Carrier et avec une flopée de grands comédiens québécois dont Albert Millaire, Un homme au foyer (1987-1988), L’agent fait le bonheur (1985-1987), etc.

Le producteur télévisuel

L’année 1988 marque toutefois un nouveau virage, quoiqu’assez naturel, dans la carrière de Dubois. Il fonde Conceptel avec Ubaldo Fasano, une boîte de production indépendante, puis la sienne propre quelques années plus tard, Vendôme Télévision, à qui l’on devra Km/h (1998-2006), une série à grand succès (1 500 000 téléspectateurs chaque semaine) diffusée sur le réseau TVA et dans laquelle il agira comme producteur et coscénariste. Cette dernière société produira également les séries Si la tendance se maintient (2001), 450, chemin du Golf, diffusée sur TQS et V (2003-2009), Pure laine, diffusée au Québec entre 2006 et 2007 par Télé-Québec et en France quelques années plus tard. Mais Vendôme sera aussi à l’origine de documentaires comme Maudits fous qui porte sur la maladie mentale (trois épisodes sur Historia, en 2008).

Aujourd’hui, André Dubois nous parle avec passion de son métier d’auteur et ne semble pas le moins du monde regretter cette carrière en diplomatie internationale à laquelle il avait brièvement songé, le temps d’un concours de recrutement par ailleurs réussi. On imagine mal en effet le sarcastique individu ayant troqué ses flèches acérées pour des gants blancs.

Les Cyniques

Si la carrière des Cyniques s’était prolongée jusqu’à ce jour, il est fort probable qu’ils auraient abordé des sujets chauds comme la Charte de la laïcité et l’intégrisme religieux; c’est du moins ce qu’affirmait André Laurendeau au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo. Mais dans les années 60, c’est la poigne de l’Église catholique sur l’ensemble de la société qui fut dans la mire des humoristes. Quelques années plus tard, ce seront des politiciens, tels Camille Samson et P.-E. Trudeau qui deviendront leurs têtes de Turc préférées. Certains, plus âgés, se rappelleront les truculents sketchs avec les imitations de Mgr Léger (Marc Laurendeau) et de P.-E. Trudeau (André Dubois).

Dans un article sur Les Cyniques paru en novembre 2010 dans Le Devoir et signé par Stéphane Baillargeon, ce dernier souligne que, selon lui, «l’époque [actuelle]de rectitude morale et politique ne tolère plus autant les bouffons du roi. L’humour industrialisé, présent mur à mur sur les ondes radio, à la télé, en festival, n’ose plus trop tester les limites, regarder l’adversaire dans le blanc des yeux et lui asséner humoristiquement quelques bons coups bien mérités.»

Pour en savoir plus…

  • Sous la direction de Lucie Joubert et Robert Aird avec la collaboration de Marc Laurendeau et André Dubois, Les cyniques / Le rire de la révolution tranquille, Les éditions Triptyque, 2013.
  • Série de trois émissions de la Première chaîne de Radio-Canada, Les Cyniques: méchante révolution, 2010. Consulter http://ici.radio-canada.ca/emissions/les_cyniques_mechante_revolution/2010-2011/speciale.asp

Et pour rigoler franchement…

  • Plusieurs sketchs sur YouTube.

 

[i] Marc Laurendeau, lui aussi membre du groupe Les Cyniques, s’est également vu décerner la même médaille. Le groupe comptait aussi Serge Grenier et Marcel Saint-Germain aujourd’hui disparus.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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