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Les murs de la honte

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Les États n’en finissent plus d’ériger des murs pour endiguer, disent-ils, les flots de migrants ou de réfugiés ou encore pour empêcher le passage des terroristes à leurs frontières. Ainsi naissent partout des barrières interétatiques dans un monde «ilotisé» semblant avoir oublié la solidarité comme ciment entre les peuples. Étrange paradoxe, il faut l’admettre, dans le contexte de la mondialisation et des ententes de partenariat où, raconte-t-on, les citoyens (et les capitaux!) devraient pouvoir circuler librement.

La paranoïa semble tellement répandue que tout problème aux frontières, réel ou présumé, suscite presque automatiquement un réflexe de défense active, comprendre militarisée. Il y a quelque temps, le gouverneur du Wisconsin évoquait même l’idée de la construction d’un tel mur entre le Canada et les États-Unis, quelques jours à peine après que le premier ministre hongrois, Viktor Orban, eut annoncé la construction d’une clôture de quatre mètres de hauteur qui s’étendra sur 175 kilomètres sur sa frontière avec la Serbie.

La liste de ces murs est longue. Le recensement effectué par Jules Dufour, du Centre de recherche sur la mondialisation, montre bien l’ampleur du phénomène, mais révèle également que, s’il n’est pas nouveau, son accélération actuelle a de quoi nous inquiéter, sachant le nombre de murs en construction (plus de dix) ou projetés (plus de cinq). Le chercheur nous invite à remarquer que «la cinquantaine de murs frontières inventoriés [aujourd’hui] a une longueur totale de 21 000 km, soit plus de la moitié de la circonférence de la terre[ii]». Voir la carte.

Carte Murs Monde

Quels sont donc les motifs invoqués pour justifier l’érection de ces nouvelles frontières de béton, de métal, de barbelés et parfois même de sable? Éloigner les dangers, nous dit-on; éloigner les indésirables, affirme-t-on parfois avec une certaine gêne: terroristes, contrebandiers, trafiquants de drogue, migrants ou réfugiés, etc. Pourtant, l’inefficacité de ces barrières est avérée. Les médias nous le rappellent chaque jour: les terroristes voyagent par avion, la drogue est toujours plus facile à obtenir, les migrants empruntent les voies de chemin de fer… ou la mer.

Alors, pourquoi diable déployer pareilles infrastructures (qui, de plus, sont affreuses) à la face même de la dignité humaine? Selon Dufour: «La prolifération de murs entre les États se veut l’illustration d’un phénomène d’une forte confrontation entre les populations, voire d’une attitude raciste, d’un sentiment profond d’aversion entre elles et même parfois d’un comportement paranoïaque souvent amplifié par la propagande haineuse.» Et l’on pourrait ajouter à cela, comme le dit un de ses collègues, que le phénomène marque pour les États «un pouvoir de décision (décider de la séparation), un pouvoir de contrôle (contrôler le déplacement des autres) et un pouvoir de catégorisation (légitimer la séparation par la stigmatisation des réprouvés)[iii]». Nous pourrions également soutenir que cette position du «refus d’accueil» permet à certains dirigeants d’écarter les projecteurs de leur incapacité à résoudre les problèmes les plus criants, tels la pauvreté et le chômage, à l’intérieur même de leurs frontières.

Le cas syrien

Quatre millions de réfugiés syriens pris en charge par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) depuis 2011. La Turquie en accueille la plus grande part (près de deux millions pour une population de 75 millions); suivent le Liban avec 1,1 million (20% de sa population), la Jordanie (629 245 réfugiés) et l’Égypte. «C’est la plus grande population de réfugiés pour un seul conflit en une génération», a observé le haut-commissaire, M. Guterres, lors d’une entrevue au journal Le Monde, il y a quelques jours. En prenant exemple sur l’Allemagne et sur la Suède, Guterres a appelé les pays à assumer pleinement leurs responsabilités.

Quelles responsabilités?

Dans le document Convention et protocole relatifs au statut des réfugiés de l’ONU, on peut pourtant lire qu’aucun État contractant[iv] «n’expulsera ou ne refoulera en aucune manière un réfugié, contre sa volonté, vers un territoire où il craint d’être persécuté». Voilà, pensons-nous, ce à quoi se référait notamment le haut-commissaire en parlant de responsabilités. Mais il avait également précisé le sens de ce terme en février dernier devant le Conseil de sécurité des Nations Unies en appelant les États à contribuer davantage au financement de ses opérations et à soutenir un meilleur équilibre dans l’accueil des réfugiés en ouvrant davantage leurs frontières. Si les efforts en ce sens de la Turquie, du Liban, de la Jordanie, de l’Allemagne et de la Suède ont été jusqu’ici remarquables, plusieurs pays d’Europe, dont la Pologne et le Royaume-Uni, et d’Amérique du Nord se traînent les pieds alors que paradoxalement ils ont été, pour plusieurs, complices sinon participants actifs à ces guerres qui ont semé et qui sèment encore la désolation, particulièrement au Moyen-Orient.

Des solutions à la crise humanitaire actuelle des réfugiés

  • Considérer la situation actuelle comme exceptionnelle et, de ce fait, accélérer par tous les moyens les interventions d’accueil et les ententes interétatiques de répartition des réfugiés.
  • Prioriser la réunification des familles.
  • Fournir une aide financière aux pays en première ligne comme la Turquie et la Grèce.
  • Faire cesser les refoulements qui mettent les réfugiés en danger.

 

[i] L’expression «mur de la honte» fut utilisée par les Occidentaux pendant la guerre froide pour désigner le mur de séparation entre Berlin-Est et Berlin-Ouest.

[ii] Jules Dufour, Les murs du nouvel ordre mondial / Géopolitique des murs: Mondialisation de la fortification et la militarisation des frontières. [En ligne, page consultée le 01.09.2015, http://www.mondialisation.ca/geopolitique-des-murs-mondialisation-de-la-fortification-et-la-militarisation-des-frontieres/5457994 ] .

[iii] Capitaine Martin, Toujours plus de murs dans un monde sans frontières. [En ligne, page consultée le 02.09.2015, http://www.mondialisation.ca/toujours-plus-de-murs-dans-un-monde-sans-frontieres/5411672] .

[iv] Ils étaient 154 au 21 mai 2014; on y trouve notamment la France, le Royaume-Uni, le Canada et les É.-U.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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