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La guerre, la guerre, c’est pas une raison…!

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N’est-il pas étrange de réagir à une barbarie que l’on dénonce par une barbarie que l’on travestit en droit de se défendre. Il ne faut pas se faire d’illusions. La déclaration de guerre du président français à la suite des attaques terroristes de novembre dernier à Paris et les bombardements de l’aviation française qui se sont ajoutés à ceux de la coalition occidentale en Syrie et en Irak ne sont qu’un pas de plus dans une escalade guerrière dont on ne voit pas la fin; et qui va faire encore une fois beaucoup plus de victimes civiles que tous les attentats réunis. Sans compter cette autre victime collatérale: la liberté au nom de laquelle, paradoxalement, on mène cette campagne militaire.

Une guerre au terrorisme qui, de toute façon, ne peut être gagnée par quiconque tant s’alignent, sur ce champ de bataille permanent que sont devenus le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, les intérêts politiques et économiques antagoniques d’une multitude d’acteurs, tant régionaux qu’internationaux. Les exemples récents de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Syrie sont pourtant là pour nous en montrer autant l’issue annoncée, destruction, morts et chaos, que le vide d’un discours belliqueux et hypocrite qui justifie la réaction militaire par la défense de l’humanité et des valeurs universelles. Si cette défense était vraiment au cœur des préoccupations de nombre de dirigeants politiques, ceux-ci auraient réagi avec une égale vigueur aux attentats perpétrés en sols non occidentaux comme à Ankara, à Beyrouth, au Nigéria et en Somalie; ils réagiraient aussi avec force à l’autoritarisme, à l’arbitraire et aux jeux troubles que mène ce vieil allié qu’ils ont armé jusqu’aux dents, l’Arabie saoudite. Il n’en fut rien. Et, comble de l’arrogance et de la supercherie, les «néoguerriers» actuellement sur le terrain ne respectent ni les règles de droit international[i], ni même les principes qui régissent la conduite des hostilités, notamment le principe de distinction[ii] et celui de proportionnalité[iii]. Ils vont même jusqu’à défendre publiquement des assassinats qui, en d’autres temps, les auraient conduits directement en cour pénale internationale.

Comme le disait il y a quelques jours le philosophe français Edgar Morin[iv] «La guerre ne peut être gagnée que par la paix et à sa source même: le Moyen-Orient. Mais il n’y a pas que la source du Moyen-Orient, il y a la source des banlieues où une minorité de rejetés, rejetant ce qui les rejette, croient trouver salut et rédemption dans l’absolu fanatique. Dans la situation régressive où le peuple républicain dépérit, où seuls quelques dinosaures demeurent soucieux de l’humanité, où le repli sur une conception mutilée de l’identité progresse, où le cours de la mondialisation nous entraîne vers des périls en chaîne, nous devons garder l’esprit de résistance et l’esprit d’humanité.»

Concernant justement la mondialisation, le sociologue Jacques-Alexandre Mascotto apporte un point de vue troublant concernant la géopolitique mondiale actuelle. Selon lui, ce ne serait pas une domination impérialiste qui serait visée, mais plutôt une ouverture de nouveaux territoires à la mondialisation technofinancière, laquelle doit passer par un démantèlement des institutions et un affaiblissement des pouvoirs de l’État; en d’autres termes, par l’écrasement de toute velléité de souveraineté. Ce qui se joue, nous dit-il, ce n’est pas tant la domination de la civilisation occidentale sur la civilisation orientale, mais plutôt la destruction de la dimension culturelle et symbolique de la civilisation pour ne conserver que celle, organisationnelle, propre aux grandes entreprises capitalistes. Comme si ce n’était pas suffisant pour nous inquiéter, l’auteur rappelle que la situation de guerre permanente au MO n’est pas le fruit du hasard, mais l’application d’une feuille de route élaborée par des «cellules de réflexion» néoconservatrices américaines qui prévoit «le renversement en chaîne des gouvernements d’Irak, de Lybie, de Syrie, du Liban et du Soudan, renversement qui doit triompher avec la destitution du gouvernement de l’Iran, ennemi juré de l’Arabie saoudite et principal obstacle à l’expansionnisme israélien[v]»; que les organisations terroristes «servent d’accélérateurs à cette destruction initiée de l’extérieur sous couvert de guerres humanitaires ou antidictateurs.» Ouf!

Chose certaine, si une véritable volonté politique de résoudre les problèmes du MO et du terrorisme en particulier se développe, elle devra inévitablement passer par un examen de conscience qui ne pourra éviter de considérer les nombreuses incongruités des politiques actuelles: l’alliance avec l’Arabie saoudite qui finance l’État islamique et contribue à la propagation d’une pensée religieuse toxique; les bombardements par les Turcs des Kurdes du nord de l’Irak qui luttent pourtant contre l’État islamique (EI); les affaires qui continue de se brasser avec EI (pétrole et banque), etc.

Quelques citations

«Dans la guerre, la première victime, c’est la vérité.» − Eschyle.

«Les mesures prises par les États pour lutter contre le terrorisme doivent respecter les droits de l’homme et le principe de la prééminence du droit, en excluant tout arbitraire ainsi que tout traitement discriminatoire ou raciste […].» − Lignes directrices du comité des ministres du Conseil de l’Europe sur les droits de l’homme et la lutte contre le terrorisme.

«Dans les conflits modernes, être une femme est aujourd’hui plus dangereux que d’être un soldat.» − Major-général Patrick Cammaert, 2008 (ancien commandant des opérations de maintien de la paix des Nations Unies en République démocratique du Congo).

La paix

 

[i] La Charte des Nations-Unies stipule en effet que le conseil de sécurité doit être saisi de toute menace à la paix et à la sécurité internationale et que c’est à cette instance qu’il revient de prendre les mesures appropriées.

[ii] Principe de distinction: «Toute opération militaire conduite sans discrimination est interdite et les parties au conflit doivent en tout temps faire une distinction entre les objectifs militaires légitimes, d’une part, et la population civile et les biens de caractère civil, d’autre part.» – Source: Comité international de la Croix-Rouge.

[iii] Principe de proportionnalité: «Si l’on peut craindre qu’une attaque cause des dommages civils collatéraux excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu, celle-ci doit être annulée ou interrompue.» – Source: Comité international de la Croix-Rouge.

[iv] Edgar Morin, Point besoin d’être un Clausewitz, Terraeco, déc. 2015.

[v] Jacques-Alexandre Mascotto, Le chaos créateur, Relations, nov.-déc. 2015.

Photo: Pablo Picasso, La guerre, 1952. 10 X 4,7 m, chapelle du château de Vallauris, France.
Pablo Picasso, La paix, 1952. 10 X 4,7 m, chapelle du château de Vallauris, France.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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