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Déroutant Pygmalion tatoué

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Qu’y avait-il donc dans ce roman pour que l’auteur, lors du lancement, le 22 mars, à la Maison de la littérature, assure devant un large auditoire avoir bien vérifié l’accord de la personne à laquelle il était dédié? Comment expliquer aussi le fou rire de quelques-uns qui s’ensuivit? Bernard Gilbert[i], l’auteur de Pygmalion tatoué[ii], son troisième roman, mettait pour ainsi dire la puce à l’oreille de ceux et de celles qui allaient bientôt lire sa prose. Brûlot politique, récit scabreux, roman noir, polar sordide? Nous allions bien voir! Et nous avons vu!

Malgré une ouverture et un premier chapitre qui laissaient déjà présager un drame, on assiste par la suite au réveil du désir puissant et envahissant de Xavier, un soixantenaire désabusé, pour Klaude, une jeune femme séduisante au parcours pour le moins douteux et aux intentions troubles; du moins se présente-t-elle ainsi au début du récit. Un tel cadeau de la vie ne se refuse pas et le vieil homme écartera consciemment toute prudence, car l’aventure érotique lui apparaît comme le baume inespéré sur sa misérable vie de retraite forcée. À l’instar du sculpteur Pygmalion qui sollicitera Aphrodite pour donner vie à la sculpture dont il est tombé amoureux, Xavier entreprendra d’éduquer Klaude, sa belle rebelle quasi illettrée, pour en faire une compagne «présentable». L’attachement des deux protagonistes s’installe tout doucement jusqu’à cet évènement, terrible machination de Klaude, où tout bascule. C’est alors que le roman torride se transforme en poursuite, enquête, capture et vengeance effroyable, un véritable polar dont l’intrigue sera divulguée dans les toutes dernières pages, pages où l’on découvrira aussi l’identité du narrateur ultime, lui aussi personnage du récit. Et cette dernière découverte ne sera pas sans nous laisser cois devant ces fils savamment − et tardivement − tissés qui éclairent l’histoire tout en dissipant l’inconfort agaçant éprouvé jusque-là en raison de ce que nous avions pris pour des incohérences narratives.

Un roman déroutant, mais qui vaut aussi le détour pour un motif qui est rarement invoqué quand le cynisme et la cruauté sont à l’honneur. De très belles pages, faites d’une description fine des comportements humains, parsèment le roman, telle celle si touchante et si sensible où Xavier observe le sommeil de Klaude; ou cette autre, dramatique, où Klaude, piégée, s’adonne à une autoanalyse sur le vif dans laquelle elle se rend compte que, finalement, elle était amoureuse de celui qu’elle a détruit.

Cœurs sensibles, s’abstenir. Pudibonds aussi.

[i] Bernard Gilbert est directeur de la Maison de la littérature de Québec. Il est aussi écrivain; on lui connaît jusqu’ici une dizaine de publications dont trois romans. Nous lui avions consacré un article dans le numéro de novembre 2013 d’Autour de l’Île.

[ii] Bernard Gilbert, Pygmalion tatoué, Éditions Druide, collection Écarts, 2016.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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