La production acéricole dans la tourmente

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Même si la récolte de 2016 fut bonne, les acériculteurs québécois sont inquiets. La source de leurs préoccupations: le rapport préparé par M. Florent Gagné et présenté au ministre Pierre Paradis en décembre dernier. Intitulé Pour une industrie acéricole forte et compétitive, ce rapport suggère 21 mesures dont certaines préoccupent au plus haut point les producteurs de sirop d’érable. L’esprit de ces recommandations se résume de la façon suivante: le modèle québécois doit évoluer s’il veut survivre. C’est un modèle qui, au-delà de ses succès, s’est avéré rigide, technocratique, centralisé et contrôlant. Il a produit sa bonne part de mécontentement et même de conflits, notamment à l’égard d’une partie des producteurs. Sans le détruire, il faut impérativement que le modèle soit assoupli, simplifié, allégé, affranchi d’une multitude de contrôles tatillons qui ont donné lieu à un activisme judiciaire coûteux et excessif et à des méthodes d’intervention qui sont à la limite de ce qui est acceptable dans une société libre.[1]

Dans ce contexte, le Syndicat des producteurs acéricoles de la région Québec-Rive-Nord et la Fédération régionale de l’UPA de la Capitale-Nationale-Côte-Nord ont organisé une séance d’information, le 18 mars dernier, au Domaine L’Ange-Gardien. Intitulée Les acériculteurs parlent aux élus, cette réunion avait pour objectif de contrer les «erreurs» véhiculées par le rapport Gagné. En présence de la députée provinciale, Mme Caroline Simard, et de nombreux maires et dignitaires de la région, les producteurs présents ont assisté à une présentation de Mme Stéphanie Desrosiers dont le sujet était: Enjeux acéricoles. Par la suite, Mme Jacynthe Gagnon, présidente de la fédération, et M. Alain Gauthier, président du syndicat, ont répondu aux questions de la trentaine de personnes présentes.

Essentiellement, on reproche au rapport une erreur d’interprétation, celle d’affirmer que le Québec a perdu des parts importantes du marché mondial du sirop d’érable. Le rapport affirme: «Pendant longtemps, le Québec a fourni plus de 80% de la production mondiale des produits de l’érable, notamment du sirop d’érable. Selon les dernières données, le Québec produit aujourd’hui 70% de la production mondiale.»[2]

La fédération affirme de son côté que depuis 1985 la moyenne de la production québécoise est plutôt de 72% de la production mondiale. On reconnaît donc une baisse de 2% par rapport à la moyenne des 30 dernières années, mais on rejette catégoriquement l’affirmation que «pendant longtemps» la production québécoise était au-delà de 80%. (La production n’aurait dépassé 80% qu’à deux reprises, soit en 2000 et en 2003).

Bien que préoccupante, cette légère baisse ne justifierait pas, selon les représentants de l’industrie, de démanteler le plan conjoint, la convention de mise en marché, l’Agence de vente et la réserve stratégique. D’autant plus que les ventes ont augmenté de 75% et les exportations de 29% depuis cinq ans.

Évidemment, ce sont les Américains qui nous font une forte concurrence. Au Québec, on entaille déjà 43% des 100 millions d’érables potentiellement entaillables; aux États-Unis, c’est seulement 6% des 200 millions d’érables entaillables qui le sont. Le potentiel de croissance est en conséquence énorme au sud de chez nous. Il n’est donc pas surprenant que la production américaine ait crû de 45% entre 2007 et 2012. Les érablières américaines sont de plus grandes tailles, produisent davantage puisque plus modernes et le revenu des producteurs est plus élevé, soit environ 50¢ de plus la livre.[3]

À l’île d’Orléans, nous sommes moins touchés par cette problématique puisqu’environ 75% (45 sur 60) des producteurs vendent directement et uniquement aux consommateurs; ces ventes sont peu ou pas régies. Il n’y a qu’une quinzaine d’érablières qui sont assujetties au plan conjoint.

De quoi s’inquiéter, bien sûr, mais pas nécessairement de paniquer, selon les associations de producteurs.

[1] Conclusions du rapport Gagné, page 64, 3e paragraphe.

[2] Rapport Gagné, chapitre 1, sous-chapitre 1.1, 3e paragraphe.

[3] Rapport Gagné, page 19.


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Bruno Laplante

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