SOS île d’Orléans – L’étude paysagère sonne l’alarme pour la pérennité de notre patrimoine paysager

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La firme Lemay DDA a remis à la MRC le rapport final de l’étude paysagère pour laquelle elle avait été mandatée. Rappelons que cette étude porte sur nos paysages et leur devenir. Elle vise à doter la MRC d’un diagnostic paysager de son territoire et de recommandations permettant l’intégration de la mise en valeur des paysages aux outils d’aménagement du territoire.

L’étude combine l’exhaustivité à la clarté et se lit facilement. Il vaut la peine de la lire dans son entier, car elle soutient facilement le diagnostic alarmiste qu’elle pose et donne énormément de crédibilité à ses recommandations, les deux aspects qu’il importe de souligner. Mentionnons simplement, à titre indicatif, que la pointe de Sainte-Pétronille et le village de Saint-François, avec sa tour du parc du Nordet, reçoivent des diagnostics très positifs alors que le carrefour d’entrée de l’île et la route Prévost ne méritent aucun compliment, étant jugés en rupture avec le caractère patrimonial des paysages qui font la renommée de notre île.

Le diagnostic

Il s’agit de l’identification des menaces et des enjeux ayant une incidence sur la qualité des paysages, leur accessibilité et leur pérennité.

Quant aux panoramas et vues, les auteurs rappellent que tout ce qui restreint l’accessibilité visuelle aux vues sur la région et l’ouverture du champ visuel est non seulement problématique, mais généralement irréversible. Ils affirment que: « Depuis plusieurs décennies, le champ visuel de l’île se referme… Dans ce contexte, l’île d’Orléans court le risque de voir son attrait majeur devenir négligeable d’ici moins de trente ans… »

L’étude attribue cette problématique alarmante à l’absence de plan d’action et de mesures d’intervention visant la protection des paysages et à la faible mise en valeur de cette ressource vitale (pour notre qualité de vie et notre économie fortement touristique). En outre, les cordons d’habitat en continu le long des terres agricoles obstruent les percées visuelles et contribuent également à compromettre la valeur culturelle historique de nos paysages.

Pour ce qui est du paysage rural, l’exploitation agricole pose en soi plusieurs défis, en particulier celui de l’intégration des bâtiments et des infrastructures. L’implantation manque visiblement de logique et le paysage rural perd alors son intérêt visuel au fil d’interventions malheureuses. Or, l’étude rappelle que c’est en grande partie l’agriculture qui contribue à la qualité du paysage rural. Celle-ci est également diluée par l’occupation résidentielle de type banlieusard le long de certains tronçons agricoles, occupation qui s’est accentuée depuis quelques décennies. Selon l’étude, ces divergences, qui diluent et banalisent le caractère rural des paysages, menacent la pérennité du paysage patrimonial.

Quant au paysage villageois, notre défi collectif est de se positionner, sur le plan de l’économie touristique, en regard de l’attractivité des autres régions du Québec. À cet égard, le «petit patrimoine» dont les kiosques de vente sont un exemple pourrait faire l’objet d’un effort particulier.

De même, le paysage naturel est, comme dans plusieurs régions du Québec, considéré comme un «produit d’appel» essentiel d’une offre touristique fondée sur deux pôles: l’agrotourisme et le patrimoine. Selon l’étude, nos paysages exceptionnels sont trop peu mis en valeur. Nous pourrions offrir des infrastructures donnant l’accès à des richesses paysagères tels les rivières et ruisseaux, la plateforme centrale, l’escarpement nord et le paysage maritime, incluant l’accès aux plages et aux grèves, et permettant ainsi leur découverte.

Les problématiques spécifiques

Il s’agit, selon l’étude, d’interventions soulevant la question de leur intégration au paysage patrimonial de l’île. Sans surprise, la première problématique relevée est celle des structures de transport d’énergie imposées par Hydro Québec dans les années 1970 qui n’ont fait l’objet, au fil du temps, d’aucune mesure d’atténuation ou de compensation malgré leur impact majeur sur notre territoire.

En second lieu, l’étude note que si nous avons choisi de vivre à l’île − ou d’y rester − c’est en grande partie en raison de la valeur que nous accordons à son patrimoine paysager unique, source d’une grande fierté pour les insulaires. Il nous revient donc, au premier titre, en tant que gardiens et fiduciaires de ce patrimoine, d’en assurer la pérennité collectivement, mais également individuellement. L’étude nous invite à l’intégration de nos projets résidentiels, agricoles et de tous ordres, au paysage patrimonial environnant et note à cet égard que la situation actuelle dénote un besoin de soutien à cette intégration.

Également problématiques: la faible part consacrée à l’expérience pédestre − circuits de découvertes, haltes panoramiques − et l’absence de mesures encadrant la végétation et sa compatibilité avec les caractéristiques patrimoniales paysagères de l’île.

Les zones sensibles

Elles sont définies comme zones de grande valeur paysagère offrant un important potentiel de mise en valeur et où plus de changement aurait un impact majeur. Ces zones devraient recevoir une attention particulière puisqu’il s’agit des axes où domine une problématique paysagère. L’étude identifie comme sensibles les zones suivantes: le chemin Royal entre Sainte-Famille et Saint-François; le village de Saint-Jean et le manoir Mauvide-Genest; le village de Saint-François et le tronçon routier allant vers la route d’Argentenay; l’entrée de l’île, du pont jusqu’au carrefour; l’escarpement nord de l’île.

Les recommandations

L’étude propose ensuite des recommandations générales et spécifiques reposant sur trois axes de mise en valeur: l’ouverture visuelle de l’île sur le panorama régional; l’accessibilité aux rives; la prédominance du caractère agricole. Les recommandations visent à rallier la communauté à la mise en valeur de ses paysages et suggèrent trois volets d’implication: charte des paysages, création d’outils de mise en valeur et promotion d’interventions spécifiques, par projets.

Elle recommande l’élaboration d’une charte des paysages de l’île, la création d’une instance spécialement constituée pour soutenir l’intégration des projets au paysage patrimonial et une éventuelle réglementation visant la pérennité de notre patrimoine paysager unique. Parmi les projets spécifiques dont on suggère la promotion, on note la mise en valeur de l’entrée de l’île comme point d’accueil et vitrine de l’île et l’aménagement d’une place publique distinctive dans chaque village, de même que la création de circuits de promenade pédestre. Parmi les projets visant l’affirmation de la prédominance du caractère agricole du territoire, signalons la promotion d’une signature orléanaise pour les kiosques de vente des produits de l’agriculture locale.

Les auteurs rappellent que la qualité unique de nos paysages est une composante majeure de notre qualité de vie au quotidien. L’étude conclut que nous aurons à décider collectivement de la valeur que nous leur accordons et de l’énergie que nous voudrons y investir.

(photo: Sébastien Girard)


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A propos de l'auteur

Isabelle Harnois

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