La confusion sexuelle − Une méthode de lutte contre le carpocapse de la pomme

2

Le carpocapse de la pomme est un papillon dont les larves affectionnent les fruits à pépins, dont la pomme et la poire. Ces papillons apparaissent en mai dans notre région et, à la suite de l’accouplement, la femelle produit un nombre important d’œufs. La larve pénètre dans le fruit dont elle mange la chair puis se rend jusqu’au cœur de la pomme pour se nourrir des pépins, causant d’importants dommages qui rendent le fruit impropre à la consommation. Heureusement, le carpocapse n’est pas très répandu dans les vergers de l’île. Mais, par mesure préventive, afin d’en limiter la progression, deux producteurs de pommes et poires de Sainte-Famille participent à un projet financé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) visant la lutte contre le carpocapse. Il s’agit de la Ferme Avicole Orléans Inc. propriété de Luc, François et Marc-Antoine Turcotte, et de la ferme LeBeau-Markon, propriété de Dominique LeBeau et Philippe Markon.

Méthode utilisée
Quelques méthodes sont utilisées pour contrer le carpocapse, la plus répandue étant l’application d’insecticides; celle, privilégiée par ce projet-ci, est une méthode qui présente un avantage important au plan environnemental: elle vise la réduction considérable, voire l’élimination de l’emploi d’insecticides. Cette méthode est celle de la confusion sexuelle. Daniel Cormier PH.D, chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), nous explique que cette méthode consiste à suspendre des diffuseurs contenant une phéromone sexuelle (substance qui dégage l’odeur de la femelle pour attirer les mâles) dans le tiers supérieur de l’arbre, dans le but de confondre le mâle qui reçoit des messages olfactifs à profusion. Il se met donc à la recherche de la femelle pour la féconder, mais s’épuise à la trouver, ce qui diminue considérablement le niveau de ponte et la production de descendants. Ces diffuseurs doivent être installés avant la floraison au nombre de cinq cents par hectare; pour être efficaces, ils doivent couvrir une superficie d’au moins trois hectares. Ils sont installés manuellement à l’aide d’une longue perche. François Turcotte nous mentionne qu’avec l’aide de sa fille Myriam il a, ainsi, installé 1 200 diffuseurs en une journée. Cette opération doit être répétée tous les printemps.

Les deux producteurs de l’île sont les seuls de la région à participer à ce programme, mais monsieur Cormier souligne que cette méthode a déjà fait ses preuves dans d’autres régions du Québec. En effet, des pomiculteurs de la région des Laurentides et de la Montérégie, dont les vergers présentaient des problèmes importants dûs au carpocapse, ont adopté cette méthode il y a quelques années. En trois ou quatre ans, ils ont obtenu des résultats significatifs limitant les traitements aux insecticides à un seul par saison, comparativement aux cinq à sept traitements appliqués antérieurement. Outre le gain environnemental très appréciable, madame Lebeau souligne également l’économie de temps lors de la récolte, car moins de fruits atteints signifie moins de triage et, bien sûr, moins de perte en production. Stéphanie Tellier, agronome au MAPAQ, précise aussi que le ministère, par un programme d’aide financière, subventionne les pomiculteurs participants pour l’achat des diffuseurs et leur fournit l’assistance d’un conseiller pomicole. Le but poursuivi par le ministère est de répandre la méthode de confusion sexuelle dans le plus grand nombre de vergers au Québec atteints par le carpocapse, de sensibiliser les pomiculteurs à cette méthode de lutte alternative aux insecticides et ainsi en réduire le nombre d’applications afin d’atténuer les indices de risques pour l’environnement et la santé.

(Photo : billknock)


Partager.

A propos de l'auteur

2 commentaires

  1. Stéphane Brodu sur

    Je suis heureux que des pomiculteurs de l’ïle participent à une telle recherche.
    Toutefois la phrase <> m’inquiète dans le sens où l’on cherche à régler le problème par l’élimination.

    Que fera-t-on quand on s’apercevra que le carpocapse avait son utilité à l’écosystème ? Ce ne serait pas un précédent. quand on s’apercevra qu’à cause de son élimination on a créé un autre problème avec davantage d’impacts sur la production agricole ? Et qu’il faudra, par exemple, ensemencer les pommiers manuellement ? Ou que les arbres subiront de nouvelles maladies qui étaient évitées par la présence des larves ? Où je ne sais quelle découverte…

    Pour gagner du temps, on pourrait aussi raser tous les pommiers pour éliminer le problème ?
    Je suis sarcastique Mais le raccourci, s’il est provocateur n’est peut-être pas si irréaliste. On a déjà vu (et on voit) des cultures entières d’arbres séculaires se faire raser pour régler des problèmes qu’on a engendrés.

    Je ne connais pas grand chose à la culture de pommier. Mon intervention est davantage dictée par l’importance pour moi de vivre en harmonie avec la nature plutôt que de la combattre ou de la contrôler.

    Est-ce que les chercheurs pourraient aller un pas plus loin dans leurs recherches pour évaluer les impacts possibles de leurs solutions ? Qu’il se penchent sur des solutions plus écosystémiques et globales. Des solutions qui utilisent la nature pour l’aider à s’auto-réguler. Des solutions comme celles poussées par les principes de permaculture. Des principes qui indiquent de composer AVEC le problème en travaillant avec lui et en participant à la pérennité de l’écosystème non en l’éliminant : par exemple attirer/ramener des chauves souris, des oiseaux, récupérer les larves en posant des pièges simples autour des troncs et les réutiliser dans l’écosystème. C’est ce genre d’études et de solutions que j’aimerais voir naître dans mon environnement.

    SB

  2. Stéphane Brodu sur

    Il fallait lire :
    Je suis heureux que des pomiculteurs de l’ïle participent à une telle recherche.
    Toutefois la phrase « Il se met donc à la recherche de la femelle pour la féconder, mais s’épuise à la trouver, ce qui diminue considérablement le niveau de ponte ET LA PRODUCTION DES DESCENDANTS. » m’inquiète dans le sens où l’on cherche à régler le problème par l’élimination.

Laissez une réponse