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De l’indépendance du journal Autour de l’île

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Quelque jours après la tenue de l’Assemblée générale annuelle (AGA) du journal Autour de l’île (JAI), au cours de laquelle furent mentionnés les compromis consentis pour avoir accès au soutien financier de la MRC, le mouvement Une île, une vision (ci-après désigné le Mouvement) acheminait au journal le texte de leur chronique publicitaire mensuelle dans lequel il dénonçait le «chantage honteux [de la MRC]à l’endroit de notre journal communautaire» tout en écorchant au passage le rédacteur en chef, «lui-même conseiller municipal», auquel il attribuait l’intention de ne pas publier leur texte autrement qu’en formule publicité.

Quelques discussions et tractations plus tard, ce texte ne fut finalement pas publié dans l’édition de mai à laquelle il était destiné. La justification fut fournie dans une lettre de Violette Goulet, présidente du conseil d’administration (CA) d’Autour de l’île, qui invoquait une atteinte à la réputation du journal (article 4.2 de la politique d’information). Un refus de publier qui, évidemment, amena à la publication d’un communiqué de presse du Mouvement qui, cette fois, ira plus loin encore en parlant d’un coup de force digne des régimes totalitaires.

Ironiquement, la polémique que voulait éviter le conseil de la MRC en exigeant la réintroduction[i] de l’expression «n’incitera pas à la polémique» dans la politique d’information du journal, est désormais bien installée.

Si, dans ce dossier, le ou les auteurs des textes du Mouvement poussent parfois un peu fort le bouchon, il n’en demeure pas moins qu’ils soulèvent des problèmes réels en regard de l’indépendance du journal. En effet, la MRC est un important bailleur de fonds (près de 30 % des revenus), des représentants des municipalités siègent officiellement au conseil d’administration, le rédacteur en chef est un conseiller municipal qui a de plus manifesté récemment son intérêt pour la mairie lors des prochaines élections. Mis ensemble, ces faits à eux seuls devraient nous inciter à reconsidérer nos règles de conduite (bonnes pratiques) et notre structure organisationnelle. Si on ajoute à cela les concepts flous de la politique d’information actuelle (polémique, réputation du journal et de la collectivité), exigés ou pas par la MRC, qui autorisent des interprétations pouvant amener justement à la censure ou à l’autocensure, alors là, nous avons affaire à un véritable panier à polémiques!

Une chose est certaine: il faudra à la prochaine occasion clarifier la politique d’information de telle sorte qu’elle ne permette aucune censure. Et revoir dès maintenant les protocoles de fonctionnement pour que soit assurée l’indépendance de la «salle de presse»; en d’autres termes, prévoir une quasi-étanchéité entre l’administration (CA et direction) et la production du contenu, ce qui, dans un petit milieu comme le nôtre, n’est pas nécessairement facile en raison notamment des proximités et des porteurs de multiples chapeaux. L’exigence éthique de la «séparation des pouvoirs» devrait aussi s’accompagner d’un ultime pare-feu, soit l’intransigeance de la rédaction vis-à-vis toutes les pressions pouvant provenir de l’administration, des autorités municipales ou du milieu en général… Ce qui soulève la question: un élu municipal peut-il occuper le poste de rédacteur en chef, celui-là même qui a une voix prépondérante dans la détermination du contenu du journal? Et une autre question qui fait miroir à la première: Un maire rédacteur en chef défendra-t-il le journal devant le conseil des maires et/ou le conseil des maires devant le comité de rédaction? Ne parions pas sur la santé mentale de ce super héros après quelques mois de pratiques et quelques polémiques énergivores… Ne parions pas non plus sur la qualité et le professionnalisme du journal.

Fort heureusement, le Conseil de presse du Québec apporte quelques lumières au débat actuel. Dans sa publication Droits et responsabilités de la presse (3édition), on peut lire que « L’État [palier municipal y compris ]doit éviter toute action susceptible de restreindre ou d’altérer les contenus de l’information [… et] doit se garder de légiférer pour gérer l’information». Au chapitre des exigences à l’égard du respect du droit à l’information, le même conseil précise que «pour être libres, les médias et les professionnels de l’information ne doivent être assujettis à aucune forme de pouvoir extérieur; ils doivent aussi s’assurer qu’ils ne deviennent pas eux-mêmes une menace au droit du public à l’information». Il ajoute aussi, comme pour préciser davantage cet aspect délicat de la question, qu’ils doivent «éviter toute situation qui risque de les faire paraître en conflit d’intérêts ou donner l’impression qu’ils ont partie liée avec des intérêts particuliers ou quelque pouvoir politique, financier ou autre. Il importe de garder à l’esprit que les gouvernements, les entreprises, les groupes de pression, divers organismes et autres instances cherchent par différents moyens à orienter et à influencer l’information en fonction de leurs propres intérêts. Tout laxisme à cet égard met en péril la crédibilité des organes de presse et des journalistes, tout autant que l’information qu’ils transmettent au public ». Voilà donc quelques sages conseils qui devraient guider le JAI dans la démarche de réflexion en cours actuellement sur la question de son indépendance.

D’éventuels nouveaux lecteurs et lectrices, moins familiers avec la formule de la chronique, doivent savoir qu’elle exprime le point de vue de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui de l’administration du journal.

[i] L’expression « … et n’incitera pas à la polémique » faisait déjà partie de la version antérieure de la politique d’information. Ce n’est donc pas une nouveauté qui est introduite dans la version actuellement en vigueur de la même politique. Mentionnons toutefois que les membres du CA voulaient voir disparaître cette «épine» du texte et qu’ils avaient mandaté leurs négociateurs à cette fin. Le renouvellement de l’entente MRC/JAI se fit donc au prix du compromis de la réintroduction de l’expression décriée.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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