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Les nouveaux habits du mensonge (II)

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Dans la précédente chronique, nous avions évoqué avec un immense déplaisir cette habitude de nombreux personnages publics à user de la demi-vérité ou du mensonge sans façon ni complexe, parfois même avec un aplomb déconcertant, quelques fois aussi avec une naïveté feinte qui nous ferait leur donner «Dieu sans confession». Nous nous étions alors engagés à proposer quelques pistes pour identifier les menteurs (et les manipulateurs) et à réagir à cette idée malsaine selon laquelle vérité et mensonge ne seraient que deux versions d’égale valeur d’une même réalité.

Nous n’avons pas ici l’intention d’allonger indument la liste déjà bien garnie de ces tristes personnages qui trompent délibérément la population, souvent en position d’autorité et qui, de ce fait, devraient être des modèles d’intégrité. Nous ne pouvons pas toutefois ne pas mentionner ces politiciens d’ici qui utilisent les mêmes stratagèmes, avec un peu plus de «glamour» peut-être, en ne tenant pas des promesses pourtant ardemment défendues (Justin Trudeau et la réforme électorale) ou en usant de discours éminemment trompeurs (Philippe Couillard et les investissements en santé et en éducation dans le dernier budget).

Nous disions donc qu’il nous fallait nous outiller pour identifier tous ces fieffés menteurs!

S’informer auprès de sources fiables

Ici, la question de l’intérêt devrait primer toute autre considération. L’émetteur de l’information a-t-il un intérêt − politique, financier, personnel − dans l’information véhiculée? Une simple recherche sur le ou les auteurs d’un article amène souvent à des surprises. Ce scientifique qui pontifie sur l’innocuité de tel médicament n’est-il pas l’un de ceux qui mènent ses recherches à partir de subventions provenant des entreprises pharmaceutiques? Tel groupe de réflexion sur les changements climatiques ne se finance-t-il pas auprès d’une grande pétrolière? Tel auteur qui se présente comme un spécialiste est-il reconnu par ses pairs? Telle étude est-elle produite par un groupe de recherche crédible? À qui appartient tel média? Critique ou complaisant? Autant de questions qu’il serait bon de se poser avant d’accorder de la crédibilité à une source d’information.

De plus, les moteurs de recherche peuvent être trompeurs, surtout si l’on ne puise qu’aux références des premières pages, car y sont associés des algorithmes qui nous proposent des sources en fonction de nos recherches antérieures, ce qui risque de nous enfermer dans le cercle vicieux de la confirmation de nos propres idées et de nous priver d’autres approches. Un article au sujet bien développé, une enquête fouillée valent toujours mieux que les réseaux sociaux où l’on trouve le meilleur et le pire sans parfois pouvoir les discerner.

Prendre le temps et faire l’effort d’une réflexion

Il faut aussi aller au-delà des réseaux sociaux, car les faits d’actualité ont besoin de temps pour être vérifiés et compris et demandent de la réflexion et de la nuance; ils exigent souvent les lumières de ceux et celles, historiens, sociologues et scientifiques, qui sont reconnus pour leur compétence dans tel ou tel domaine. De l’effort quoi! Nous n’avons pas le choix, car se contenter de balayer à tout hasard les titres et quelques lignes d’articles souvent racoleurs risque de nous précipiter tout droit dans une ignorance qui évidemment nous prive du discernement nécessaire à une bonne analyse. Et ce n’est pas Facebook (et ses fausses nouvelles) qui va améliorer les choses.

Mettre les manipulateurs face à leurs contradictions

Une initiative intéressante dans la dénonciation des fausses nouvelles durant la campagne électorale française est cette alliance de médias qui, par la plateforme CrossCheck, permet aux partenaires, essentiellement de grands quotidiens français, de «mettre en commun leurs efforts pour démonter de fausses informations et publier un article qui rétablit les faits». Il y avait aussi cette rubrique de Radio-Canada «L’épreuve des faits», abandonnée après la campagne électorale fédérale, qui visait justement à vérifier les données fournies par les candidats et à confirmer, infirmer ou nuancer les propos tenus. Les émissions Enquête et La facture, bien que souvent décourageantes sont fort utiles à un suivi critique de l’actualité et à l’identification des arnaqueurs de toutes sortes.

La contribution des citoyens-lecteurs est aussi d’une grande pertinence, car ils peuvent, par le biais de rubriques de journaux qui leur sont réservés, faire valoir un point de vue différent ou rapporter des évènements qui sont passés sous le radar des grands médias, ce qui est d’ailleurs fréquent.

Mais d’abord s’outiller intellectuellement

Dans un petit livre paru en 2006 et 19 fois réimprimé, le philosophe et chroniqueur Normand Baillargeon nous fournit de nombreux outils pour débusquer notamment ces artifices de langage qui visent essentiellement à tromper les interlocuteurs. Intitulé «Petit cours d’autodéfense intellectuelle[i]», l’ouvrage propose avec beaucoup d’ironie des outils à ceux et celles qui aspirent à une pensée critique. On y trouve d’abondants exemples et plusieurs stratégies de résistance à ce que l’on peut désormais appeler «propagande», compte tenu du fait, entre autres, de la concentration des médias entre les mains de quelques grands financiers.

Quelques citations concernant la vérité et le mensonge

«Une demi-vérité est un mensonge complet». Anonyme.

«Si le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier; elle met plus de temps, mais finit toujours par arriver». Anonyme.

«Le mensonge est recyclable, mais il n’est pas biodégradable». Serge Bouchard. De la fin du mâle, de l’emballage et autres lieux communs. (1996).

«La tache que fait un seul mensonge n’est pas effacée par cent paroles véridiques». Abu Shakour, Poèmes persans − Xe siècle.

«Le mensonge est une maladie qui se soigne… par la vérité!»

[i] Normand Baillargeon, petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux Éditeur, 2005-2006.


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

Un commentaire

  1. Gaétane Chabot sur

    Article très intéressant sur les demi-vérités ou carrément mensonges que l’on s’habitue malheureusement à entendre, surtout dans le monde politique. Tellement qu’on en sourit mais laisse passer, comme si c’était normal d’entendre des promesses que l’on sait même irréalisables, parfois. On dirait que cela fait partie de la « game ».
    Au plan de la manipulation, pensons au gouvernement Couillard qui n’a cessé de couper dans les services à la population plus démunie (personnes âgées, handicapés, itinérants, malades, etc.) pour retrouver l’équilibre budgétaire avant les élections et commencer à saupoudrer son sucre en poudre ($) avec des super cliniques absolument inutiles alors qu’on avait déjà des infrastructures à développer, soit les CLSC jamais utilisés à leur pleine capacité. N’oublions pas que les infirmières et les médecins restent les mêmes en nombre : on va les déplacer. À quoi ça sert? Merci,

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