La fin des villages à l’île d’Orléans, une vision inquiétante

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Nous avons tous choisi de vivre à l’île d’Orléans parce que c’est un immense parc naturel, avec un fleuve majestueux qui l’entoure et une qualité de vie exceptionnelle de proximité démocratique, administrative, familiale dans chacun de nos villages et paroisses.

Que reproche-t-on vraiment à la structure actuelle? Elle fonctionne de façon merveilleuse depuis des décennies et elle a créé et maintenu l’âme, le corps, l’esprit, l’attrait et le dynamisme enviable d’un milieu de vie où chaque village et paroisse a construit sa propre personnalité et développé un sentiment d’appartenance bien saisi. Et ce, à un coût dérisoire. Pourquoi donc changer une combinaison gagnante?

Le groupe qui souhaite la fusion des villages de l’île qui s’appelait au départ «Une île une ville» avance deux arguments pour justifier son existence : il y aurait trop d’élus à l’île d’Orléans et il faut repenser la gouvernance des lieux.

Le nombre des élus 

Les fusionnistes prennent prétexte des 22 élus à Québec pour faire paraître ridicule les 42 élus à l’île d’Orléans. Ils oublient toutefois que ces 22 élus sont soutenus par des milliers de fonctionnaires que l’on doit payer. Et ils ne disent pas que les 42 élus de l’île d’Orléans se partagent dans chaque municipalité la responsabilité des travaux publics, des activités culturelles, des loisirs et des sports, de la commission d’urbanisme, du service de la sécurité et des incendies, de l’encadrement de plusieurs dizaines de bénévoles d’un dévouement extraordinaire et d’un attachement profond à leur communauté, gérant de façon exemplaire tous les aspects de la vie communautaire, tout cela pour un coût dérisoire. La fusion augmentera nécessairement les coûts de gestion.

En comparant le nombre d’élus de la ville de Québec et de l’île d’Orléans sans tenir compte de la réalité de ces deux univers, pour en faire l’outil de base d’un changement radical, cela s’appelle de la désinformation. Il faut rappeler ici l’histoire du président général d’un orchestre symphonique qui avait décidé d’implanter une saine gouvernance dans son orchestre. Il a engagé un expert en ingénierie pour analyser la dynamique et la productivité de son orchestre. L’expert a produit le rapport suivant : il y a 35 violonistes jouant la même note en même temps, c’est trop et c’est du gaspillage. Le saxophoniste, le trompettiste, le flûtiste, le percussionniste ne jouent pratiquement jamais en même temps. Trouvons un vrai musicien qui saura jouer de tous ces instruments pour une meilleure gouvernance de l’orchestre. Lorsque l’on veut voir de l’incongruité là où il y a ingéniosité, c’est que la fin justifie les moyens.

Pourquoi diaboliser le système de proximité ingénieux et efficace actuel au nom d’une gouvernance qui n’est jamais définie? Un trou dans une rue se règle actuellement par un appel au responsable des travaux publics du village et il peut être réparé dans une heure. Avec un service centralisé, il faudra contacter le service central des travaux publics, qui sera logé à quelque 20 km pour une partie de la population, qui enverra quelqu’un évaluer l’état des dégâts et qui prendra le temps nécessaire pour évaluer l’urgence et qui l’intègrera dans un planning hebdomadaire. La vision des fusionnistes est de détruire une façon de faire adaptée à la vie de village.

Un agenda caché

Le journal Autour de l’île a publié cette semaine son édition mensuelle avec sept pages consacrées aux élections. Le journal donnait la possibilité à tous les candidats de se présenter et d’exposer leur programme. Il y a dans cette élection des candidats aux postes de maire et de conseiller qui sont notoirement profusionnistes. Or, la question de la fusion n’apparaît pas une seule fois dans ces pages, à l’exception du mot gouvernance, mot fétiche jamais défini des profusionnistes qui est utilisé deux fois. Pourquoi cacher cette réalité? Vouloir détruire à cause d’un principe vague de gouvernance le merveilleux orchestre que constituent les 42 élus de l’île ne repose pas sur un raisonnement sage, mais sur un agenda caché.

La vision des fusionnistes, c’est de détruire l’équilibre harmonieux de la vie de six villages pour faciliter la tâche de ceux qui rêvent de développement à tout prix et qui sont confrontés à devoir respecter la personnalité propre de chaque village. S’il n’y avait qu’une seule ville et un seul maire, ce serait plus facile d’imposer des développements qu’aucun village ne veut. Les liens sont étroits entre le monde des affaires et les fusionnistes. Il n’est pas innocent que ce groupe ait fortement endossé un vieux rêve de 30 ans de la Chambre de commerce de changer la numération des maisons de l’île, changement soutenu par une argumentation aussi inadéquate que celle de la question des élus.

Bernard Dagenais, ex-maire de Sainte-Pétronille

 


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Cet article a été écrit par un collaborateur. Autour de l’île tient à remercier tout ceux et celles qui contribuent par leur écrits au dynamisme du journal et de son site Internet.

2 commentaires

  1. Point de vu juste et éclairé. Merci monsieur Dagenais. Cependant, je n connais pas l’inadéquation de l’argument pour l’iniformisation des. numéros civiques, mais nous ne pouvons qu’en féliciter les instigateurs. Il reste encore des dossiers ou la cohésion sera nécessaire.

  2. Aucun doute, je suis totalement pour le statut actuel des 6 villages de cette merveilleuse Île d’Orléans. Ne nous laissons pas tenter par de nouvelles et inutiles administrations qui ne feraient que nous coûter horriblement plus chers, de toute évidence. Merci M. Dagenais.

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