Développement! Quel développement?

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Ce mot, développement, apparaît presque toujours avec ses inévitables cooccurrences: production, croissance, efficience, enrichissement, progrès, etc. À défaut de définir le type de développement auquel on fait allusion, la signification qui s’impose comme une évidence est généralement à caractère économique. Et ce n’est pas le seul fait de notre époque, bien que celle-ci soit davantage confrontée aux limites − déjà franchies − de notre planète. De nombreux penseurs d’une période dite révolue n’ont pas manqué en effet d’associer félicité et jouissance de biens. «Le désir de s’enrichir et celui de jouir de ses richesses sont dans la nature humaine dès qu’elle est en société», dira Voltaire. Et Adam Smith, philosophe des Lumières et père de l’économie politique, parlera, lui, de «l’effort naturel chez l’homme pour améliorer sa condition [matérielle]». Ces deux célèbres auteurs, dont la pensée est largement répandue dans toutes les classes de la société d’aujourd’hui, ramènent la condition humaine à la production (travail) et à l’accumulation matérielle et financière, d’une part, et à la consommation, d’autre part. Avec ce corolaire de plus en plus documenté de la perte des solidarités et des identités, du déclassement de la vie intellectuelle (dont on a pourtant rappelé récemment l’influence déterminante sur la santé), de la transformation en modèles d’escrocs, d’égoïstes et de narcissiques qui se targuent sans honte d’avoir trompé le système.

Quand on parle de développement, il nous faudrait donc éviter ce flou de l’indétermination qui risque de provoquer des malentendus, des débats stériles et, plus grave encore, des décisions regrettables. Si une telle précaution avait été prise par le passé, serions-nous aujourd’hui en présence des câbles haute tension qui défigurent les paysages de l’île ou de ces concentrations urbaines qui n’ont pas leur place dans le milieu naturel, agricole et historique de l’île, projets réalisés au nom du développement?

On aurait intérêt à élargir la palette de signification du terme en s’inspirant, par exemple, de la définition retrouvée dans le programme des Nations unies pour le développement (PNUD, voir l’encadré), le centre de l’attention étant le développement humain; ce dernier ne se résume pas aux revenus et à l’économie mais prend en considération les facteurs sociaux, culturels, éducatifs et de santé en plus de se situer dans le large contexte de la durabilité.

Ainsi donc tout projet de développement devrait se voir interrogé sous plusieurs angles:

  • Quelle en est la source (auteur) et quels sont ses intérêts?
  • Sera-t-il débattu largement et/ou soumis à des audiences publiques? Les promoteurs acceptent-ils le verdict citoyen?
  • Quels sont les véritables bénéficiaires? Quels sont les avantages?
  • Apporte-t-il une véritable amélioration au bien-être collectif (santé, environnement, éducation, culture, vie collective et associative) et répond-il aux critères du développement durable?
  • Est-il conforme au statut de site patrimonial de l’île et à sa vocation agricole?

Aux yeux de l’auteur de cet article, un projet de 3e lien (Québec-Lévis) passant par l’île autrement qu’entièrement en sous-sol ou des projets d’ensembles résidentiels urbains ou encore d’aménagements récréotouristiques sur les berges seraient jugés irrecevables, ne passant pas le test des critères du développement humain.

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Je profite de cette dernière chronique − la première parue en juin 2010 − pour remercier mes fidèles lecteurs et lectrices de leur assiduité et m’excuser auprès des autres de les avoir enkikinés à l’occasion par des propos qu’ils auront peut-être jugés un peu gauchistes.

 

Le développement humain: une approche globale

«Le développement humain est un processus qui conduit à l’élargissement des choix offerts à chacune et à chacun. […]. Pour qu’il y ait développement humain, les individus doivent influer sur les processus qui déterminent leur vie. Dans ce contexte, la croissance économique est un facteur important du développement humain mais elle n’en est pas la finalité. La notion de développement humain fait référence au développement des individus par la création de «capabilités» humaines, au développement par les individus, par leur participation active aux processus qui déterminent leur vie, et au développement pour les individus par l’amélioration de leur vie. Elle transcende les approches traditionnelles du développement, notamment par les ressources humaines, les besoins essentiels et le bien-être humain.»

Source: Rapport sur le développement humain 2016 / Le développement humain pour tous, publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).


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A propos de l'auteur

Normand Gagnon

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