Une légende est née

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Plusieurs d’entre vous ont sûrement entendu à la radio de Radio-Canada ou lu dans le journal Le Soleil, ou ailleurs, l’histoire de la goélette M. P. Émelie (écrit de cette façon sur le navire) et de son capitaine Éloi Perron, décédé le 15 février dernier.

À une époque pas si lointaine, du temps où les routes étaient peu carrossables, il fallait utiliser le fleuve Saint-Laurent pour expédier les marchandises. Les goélettes veillaient au ravitaillement des villages côtiers et pouvaient aussi, à l’occasion, embarquer des passagers. Elles étaient près de 200 voitures d’eau (vous lirez aussi 400) à sillonner le fleuve. Cette navigation côtière, qu’on appelait cabotage, consistait à transporter des marchandises de quai à quai et de village en village. Les goélettes charroyaient, entre autres, du fer, du bois de sciage ou de pulpe (pitoune), du ciment, de la gravelle, des animaux, etc. Vers 1850, les goélettes ont d’abord été des embarcations à voile et c’est au milieu des années 1920 que plusieurs d’entre elles furent transformées en caboteurs motorisés. Elles ont ainsi navigué au-delà d’un siècle (1866-1970). On les nommait «les reines du Saint-Laurent» et c’est le camionnage qui les a remplacées. Il est essentiel de se rappeler qu’elles ont joué un rôle important dans l’économie du Québec.

Revenons à celle qui nous préoccupe, la M. P. Émelie. Elle a été construite dans les années 1950. Que signifient les deux lettres M. et P. et le prénom Émelie? La lettre M est pour Michel Perron, fils d’Éloi Perron, le P est pour Polycarpe, son père, et le É pour Émelie, sa mère. Au fil du temps, cette goélette a changé de nom pour devenir l’Accalmie. En 2009, l’artiste peintre Guy Paquet y installa son atelier. Nous savons tous que ce vaisseau a été photographié des centaines de fois et a servi de modèle à de nombreux peintres. Puis, en 2015, un individu voulant récupérer le fer de la goélette utilisa un chalumeau; une partie importante du navire brûla, n’y laissant que des vestiges.

Voici l’événement qui fera de cette goélette une légende. Éloi Perron est décédé à l’âge 96 ans. Michel, son fils, raconte les événements entourant la réception des signets mortuaires de son père: «Il y a dans les mystères de la mort des signes qui ne mentent pas. Mes amis, croyez-le ou pas, les vestiges de cette goélette ont été emportés par la marée et ses glaces, au moment où nous recevions les signets. Plusieurs marsouins en ont été témoins. Et rempli d’émotion, j’aime croire que mon capitaine a voulu reprendre la roue de son navire du temps et l’amener avec lui… pour ne plus faire de vagues.»

C’est donc après plusieurs années, échouée sur les berges de Baie-Saint-Paul, que la M. P. Émelie a décidé, comme par magie, de se laisser emporter par les flots le jour même du service funéraire de son ancien propriétaire. Ensemble, ils sont partis pour ce dernier grand voyage.

 

Pour en savoir plus

Afin de ne pas oublier le savoir-faire lié à la construction et la navigation des goélettes, il y heureusement quelques films qui viennent immortaliser le travail de ces pionniers. Parmi ceux-ci, les films de Pierre Perrault, dont Le règne du jour, Pour la suite du monde et Les voitures d’eau, produits par l’ONF (à visionner sur le web). Vous verrez qu’ils avaient le souci du travail bien fait et entendrez leur langage coloré. De la poésie pure.

De plus, le centre d’interprétation du Parc maritime de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans raconte la vie du chantier maritime des Fillion. Plusieurs goélettes y ont été construites ou réparées ou y ont passé l’hiver, dont la M. P. Émelie.

À lire

Éloi Perron, capitaine de L’Île-aux-Coudres, paradis de la terre et de la mer. Historique du T.B.E. et de la M. P. Émelie. Ed. Etchemin, Ottawa, 1981, 39 p.

Diane BÉLANGER. La construction navale à Saint-Laurent île d’Orléans. Bibliothèque nationale du Québec, 1984, 149 p.

www.radio-canada.ca L’Accalmie. Texte de Maxime Corneau.


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Jacqueline Guimont

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