On le sait maintenant. Suite aux nombreuses interventions publiques de groupes de citoyens et d’experts, il s’avère de plus en plus évident qu’une des conséquences majeures de l’extraction des gaz de schistes présents dans les couches souterraines profondes, est sans aucun doute la contamination des grandes quantités d’eau utilisées dans le procédé.
Une double contamination
Une double contamination. D’abord celle liée à la présence dans l’eau d’extraction de centaines de produits chimiques nécessaires à la fracturation du sous-sol et au maintien des fissures ouvertes, deux conditions qui permettent l’échappement du gaz. Des informations tirées de diverses enquêtes révèlent en effet, malgré le secret entourant sa composition exacte (propriété intellectuelle, selon l’industrie !), que cette eau renferme des composés dont on sait qu’ils sont toxiques et cancérigènes, comme le xylène et le toluène. Selon le Département de l’énergie des É.U., «les eaux usées provenant du gaz sont dix fois plus toxiques que celles provenant de l’extraction du pétrole». Ensuite, l’eau revenant à la surface contient de plus des métaux lourds eux aussi toxiques comme le mercure et le cadmium initialement présents dans la roche souterraine.
D’autre part, comme plusieurs industriels et certaines municipalités envisagent de traiter les eaux d’extraction dans les usines municipales, il y a de quoi s’inquiéter. Pourquoi ? Comme les systèmes de traitement utilisent le plus souvent des procédés microbiologiques, bassins de filtration ou étangs aérés, et comme les microorganismes ne dégradent pas ou ne neutralisent pas ces composés toxiques, on peut raisonnablement penser que ces derniers vont se retrouver intacts dans les cours d’eau où se jettent les rejets d’usine. De plus, il n’est pas interdit de croire que ces toxiques pourraient grandement affecter le rendement des usines en inhibant l’action bactérienne. Enfin, il est bien connu que les métaux lourds sont piégés dans les boues résiduelles des procédés de traitement et que ces boues sont souvent utilisées comme engrais ! D’où une probable et éventuelle contamination des aliments et des nappes phréatiques, à moins bien sûr que l’on interdise cet usage dans le cas où il y aurait traitement en usine des eaux d’extraction du gaz.
Comment comprendre dans ce contexte le discours de certains maires à l’effet que ces eaux résiduelles sont faciles à traiter ? Sans doute beaucoup d’ignorance et une incroyable légèreté associées à cette phobie des retombées fiscales!
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Pendant ce temps, l’opposition citoyenne s’organise. 45 personnes représentant 25 comités de citoyens étaient réunies la semaine dernière à Drummondville pour élaborer une stratégie commune face au gouvernement qui, selon eux, ne semble pas entendre les préoccupations des citoyens inquiets de le voir filer toutes oeillères baissées. Serge Fortier, instigateur du regroupement, déclarait alors au Nouvellistes de Trois-Rivières que «Nous ne sommes pas dupes. L’industrie est là pour s’implanter, exploiter, faire des profits et nourrir leurs actionnaires, point ! La balance ils s’en foutent !»
Même Bernard Landry, l’ex-premier ministre du Québec, se ralliait au mouvement exigeant un moratoire en exprimant pas plus tard qu’hier l’opinion selon laquelle ce serait une erreur de se précipiter dans le dossier des gaz de schistes. De toute façon, ajoutait-il, le prix du gaz est très bas, laissant entendre par là que l’exploitation de cette filière n’est pas rentable dans les conditions actuelles du marché énergétique.


