Savez-vous quel est le lien entre le calvaire du cimetière de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans, le Parc maritime et Horatio Walker? En voici la petite histoire.
Au tournant du XXe siècle, un important chantier maritime fit son apparition à Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans. «De 1908 à 1964, le chantier maritime a été la plus importante industrie du village et même de toute l’île d’Orléans. Fondé par Ovide Fillion, il a été dirigé par les membres de cette famille pendant toute la période.»[i] Un jour, juste avant l’hivernage des bateaux, un chaland, chargé de charbon servant au chauffage de l’église, du couvent et du chantier maritime, partit à la dérive. M. Ovide Fillion, directeur du chantier, fut l’un de ceux qui tentèrent de récupérer le navire. Les eaux tumultueuses rendirent le travail très difficile et M. Fillion promit que s’il réussissait à ramener le chaland sur la rive, il érigerait un calvaire. À la suite du sauvetage du navire, Ovide tint promesse et passa la commande pour la construction du calvaire. Il fit appel à la compagnie Deprato Rigali Statuary, fondée en 1860. Quatre frères Deprato, originaires d’Italie, installèrent leurs ateliers à Chicago, à New York ainsi qu’en Italie, près de Carrare, reconnu pour son marbre. Vingt ans plus tard, Rigali, un autre italien, vint les rejoindre. «La Deprato Rigali Statuary Company se spécialise, au tournant du XXe siècle, dans la statuaire religieuse. Elle produit des statues en marbre, en scaglioa (technique imitant le marbre), en granit et en pierre. À partir de 1913, elle utilise du zinc plaqué de cuivre, qu’elle nomme «orbronze».[ii] De 1916 à 1939, ils établirent une succursale sur la rue Saint-Denis, à Montréal, pour ensuite déménager rue Notre-Dame. Selon M. Guy Fillion, petit-fils d’Ovide, le calvaire a probablement été inauguré à l’été 1927. Ce calvaire représente le Christ en croix, la Vierge, Saint-Jean et Marie-Madeleine. Le premier emplacement du calvaire fut en haut du «coteau», devant le chemin de la Chalouperie qui menait au Chantier maritime de Saint-Laurent.
Le peintre Horatio Walker (1858-1938) a représenté ce calvaire dans une œuvre intitulée Calvaire de Saint-Laurent. Ce peintre d’origine ontarienne reçut une formation de dessinateur avant de devenir peintre et d’occuper le marché de l’art nord-américain pendant quelques décennies. Il fut photographe et graveur en plus de toucher également à l’aquarelle et à l’huile. Walker, nommé le chantre de l’île d’Orléans, peignit dans ses tableaux la nostalgie et la composante ethnique. L’art d’Horatio Walker est aujourd’hui associé au patrimoine collectif: «Walker exprime quelque chose de l’authenticité vivace de l’un des peuples fondateurs.»[iii] Il décéda le 27 septembre 1938 et fut inhumé dans la chapelle anglicane de Saint-Pétronille-de-l’Île-d’Orléans.
[i] Diane BÉLANGER. La construction navale à Saint-Laurent île d’Orléans, Bibliothèque nationale du Québec, 1984, 149 p.
[ii] «Répertoire du patrimoine culturel du Québec» http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca
[iii] David KAREL. Horatio Walker. Musée du Québec, Fides, 1986, 311 p.


