Un bonheur n’arrive jamais seul

Une première fois. On vit très rarement de manière consciente et sans appréhension un évènement qui se déroule pour la première fois. Je fouille dans ma mémoire et je cherche désespérément un souvenir heureux d’une première fois. De mon premier baiser, je ne me souviens que d’un prénom. De ma première cigarette, je me souviens d’un mal de cœur et de mon premier verre, une aigreur.

Est-ce notre jeunesse et notre appréhension qui nous privent d’apprécier ces instants uniques et magiques avec intensité et plaisir?

Ce matin, j’ai eu la chance de me réveiller (c’est déjà pas mal…) en sachant que j’allais vivre une journée unique. J’allais vivre quelque chose pour la première fois et je savais que cet événement aurait des incidences sur le reste de ma vie. Cet événement, était programmé, attendu et j’étais décidé à savourer chaque minute de ma journée.

Sous prétexte que mon fils avait une présentation orale à faire sur l’ours polaire avec un support en carton et que cela serait plus sécuritaire pour ledit support, j’ai eu la brillante idée de conduire, exceptionnellement, mon fils à l’école. Je ne sais pas si pour le support cela a été plus sécuritaire, mais pour ses deux accompagnateurs cela a été une décision totalement stupide. J’ai compris pourquoi tant de personnes parlent des coteaux de Saint-Laurent, d’une visibilité nulle et de la pénible impression que tu vas bientôt arriver dans un nouveau paradis blanc. Je me suis cependant surprise à sourire sur le chemin du retour. Mère Nature me mettait au défi et c’était normal. C’est normal de douter si près du but. Je me sentais telle une future mariée qui remonte l’allée la menant à l’autel et, à mi-parcours, le talon de son soulier se brise! Est-ce un signe du destin? Est-ce que je devais partir en courant et fuir ma destinée?

Mais après 10 ans de réflexion, je n’avais plus aucun doute.

11 h 30, mon chauffeur arrive. Mon cellulaire retentit. C’est l’école, elle ferme et il faut aller chercher le carton de présentation et surtout son présentateur. Et là, tu te rends compte que tu es face à une équation à deux inconnus, totalement insoluble. Tu ne peux pas aller chercher ton fils à l’école et être à l’heure pour ton évènement.

Une fois de plus, je sentais que le destin s’acharnait. Allais-je abandonner si près du but?

Cela fait 886 jours que j’attends ce moment alors pour une fois, mon fils peut attendre.

Marguerite Yourcenar disait «Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’oeil intelligent sur soi-même.»

Aujourd’hui, à 13 h 15, je suis devenue une citoyenne canadienne et c’est pour moi une nouvelle naissance. Je suis très fière d’être devenue un membre à part entière de ce magnifique pays.

Un poète disait: «L’amour platonique est le temps qui sépare la première rencontre du premier baiser.». Je pense aujourd’hui avoir donné mon premier baiser à ma nouvelle terre d’accueil. Je suis certaine que ce soir, en me couchant, je chantonnerai encore «Ô Canada».

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, quelques semaines après ma cérémonie de citoyenneté, mon député fédéral, M. Jonathan Tremblay, est venu me remettre un certificat honorifique. Ce document indique, entre autres choses, que je contribue à l’enrichissement du Canada. Je ne sais pas si cela est vrai, mais promis, je vais essayer.

(photo: Sylvain Delisle)

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