«Bethoven est suberbe mais Mozart est sublime». C’est ainsi qu’Éva et Paul Badura-Skoda, respectivement musicologue et pianiste, s’expriment dans leurs notes sur les sonates pour piano de Mozart[i]. C’est donc par le sublime que débutait le concert d’André Laplante lors de l’ouverture de la 33e saison de MCSP avec la Sonate en mi bémol majeur (K. 282)[ii]. Étrange, direz-vous, de commencer par le meilleur, mais un choix qui s’explique par une logique programmatique où la dernière pièce du même nom, de Beethoven cette fois, s’intitule Les adieux.
Toujours est-il que la soirée s’amorçait avec des mots d’amour, ceux prononcés bien entendu par le compositeur lui-même − Mozart −, qui a su laisser son cœur exprimer cette ineffable tendresse si bien coulée dans ses notes, mais également par l’interprète qui a marché sur ses pas tout en restant lui-même.
Puis vint ce saut temporel chez Ravel. Clochettes légères qui, dans les Oiseaux tristes, se mutent peu à peu en un pas lent dont on ne sait s’il ne mène pas à la catastrophe. Et des Valses nobles et sentimentales qui, de l’avis même du compositeur, sont faites «pour le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile»; enfin, une magnifique sonatine nostalgique à la clarté cristalline.
Puis, ce passage dans la période romantique avec cette Ballade en si mineur (no.2, S.171) de Liszt qui n’a en fait rien de la ballade, comprise dans l’acceptation courante du mot, car elle crée une atmosphère mélodique pesante malgré les raffinements de la structure. C’est à se demander si les murs de l’église vont tenir le coup tant on a l’impression que la musique occupe entièrement l’espace, particulièrement lors des roulements répétitifs inquiétants du troisième mouvement.
Enfin, ce retour des jours heureux avec Ludwig et sa Sonate en mi bémol majeur (no. 26, op. 81A), une pièce où les adieux prennent la forme d’envolées plutôt guillerettes.
Il faudra sans doute revoir l’étiquette de «pianiste romantique» qu’on accole souvent à André Laplante − ce qui le désole par ailleurs − et ce, à la lumière de ses récents concerts où l’artiste nous fait voyager dans l’histoire musicale, bien avant (période classique) et bien après (période néoclassique) la période dite romantique.
Un grand artiste en pleine possession de ses moyens pouvait-il nous offrir autre chose que ce récital éblouissant qui fut particulièrement apprécié si on en juge par les bravos et les applaudissements d’un auditoire en liesse?
Pour mieux connaître le pianiste, voir une entrevue réalisée par Lucie Renaud pour le magazine La Scena Musicale, vol. 10, no. 6, en ligne à l’adresse http://www.scena.org/lsm/sm10-6/andre-laplante-fr.htm
[i] Site de l’éditeur de musique G. Henle Verlag.
[ii] Voir aussi la prestation de Samuel Feinberg sur You Tube.
(photo: © Peter Schaff)


