La Nouvelle-France, histoire d’immigration

Sabrina Gamache-Mercurio

Fondation François-Lamy

Qui dit nouvelle colonie, dit immigration. La Nouvelle-France ne fait pas exception. Dans l’optique de la création d’une «nouvelle» France, il faut qu’une partie de sa population décide de quitter sa terre natale pour un monde inconnu et lointain. Heureusement pour nous, plusieurs hommes et femmes ont fait le saut sur un bateau en direction des Amériques! 

Plusieurs méthodes sont utilisées par les autorités pour favoriser l’immigration vers la Nouvelle-France. Nous connaissons, notamment, le mouvement des Filles du Roy qui est parmi les plus connus. Plus de 700 femmes qui traversent l’Atlantique pour se marier, en moins de 10 ans, ça ne passe pas inaperçu. Ce qui justifie ce mouvement d’immigration massif, c’est qu’il y a déjà des hommes dans la colonie. Qui sont ces hommes et comment sont-ils arrivés dans la vallée du Saint-Laurent? 

Compagnie de la Nouvelle-France 

Une des premières tentatives de colonisation de la France fut la mise sur pied de la Compagnie de la Nouvelle-France créée par la Cardinal Richelieu, grand ministre de Louis XIII, en 1627. Composée d’une centaine d’actionnaires, la compagnie est aussi connue sous le surnom de Compagnie des Cents-Associés. D’ailleurs, sept des huit sociétaires de la Compagnie de Beaupré, propriétaires des seigneuries de Beaupré et de l’île d’Orléans, sont actionnaires de la Compagnie des Cents-Associés. 

En échange de grands privilèges, dont l’exclusivité de l’exploitation et l’administration de la Nouvelle-France ainsi que le monopole de la traite des fourrures, la compagnie a l’obligation de peupler le territoire de Français naturels catholiques et d’évangéliser les Premières Nations.  

La compagnie s’est engagée à envoyer en Nouvelle-France 4 000 colons en 15 ans, dont 300 la première année. 

Malheureusement, la compagnie connaît plusieurs déboires tout au long de son mandat et, en fin de compte, ce ne fut pas l’histoire à succès espérée. Toutefois, elle a tout de même établi les bases du système seigneurial dans la colonie. Un seigneur qui se voit octroyer une seigneurie a le devoir de la peupler, ce qui implique qu’il doit trouver des colons à établir sur sa terre. Ce sera un succès mitigé, mais plusieurs seigneurs vont tout de même s’illustrer. Nommons Robert Giffard, à Beauport, et monseigneur Laval, à l’île d’Orléans, qui ont excellé dans le recrutement de colons pour leur seigneurie. 

Régiment de Carignan-Salières 

C’est en 1664 que le roi ordonne l’envoi des soldats du régiment de Carignan-Salières en Nouvelle-France pour aider à pacifier les Iroquois avec qui les habitants de la Nouvelle-France éprouvaient quelques conflits. 

Les premiers bateaux transportant les soldats accostent en 1665 et une paix sera signée en 1667. Les soldats sont rappelés en France, dès 1668. Par contre, dans le but de favoriser le peuplement, le monarque français propose à chacun des soldats une terre dans la vallée du Saint-Laurent, de la nourriture pendant un an et de l’argent. Certains se sont aussi vu concéder une seigneurie. Ce sont 400 soldats qui décident de s’établir en Amérique et plus de la moitié d’entre eux se marieront avec des Filles du Roy. 

Certains de ces soldats se sont établis à l’île d’Orléans, entre autres Vincent Boissonneau dit St-Onge et Pierre Labbé dit Lacroix. Tous deux ont servi la France dans ce conflit et se sont vus cantonner à l’île d’Orléans lors de la campagne. La troupe de Pierre Labbé a d’ailleurs été affectée à la garde de l’île d’Orléans en 1666 et 1667. Ce dernier obtient une concession de monseigneur de Laval en 1667. 

Les engagés 

Finalement, 20% de l’émigration française à cette époque est due à ceux qu’on appelle les «trente-six mois» ou plus sérieusement, les engagés. Principalement des hommes dans la vingtaine, ces gens s’engageaient auprès d’un employeur pour une période de trois ans, d’où leur surnom. En échange de cet engagement, ils étaient nourris, logés, blanchis et recevaient des gages. De plus, leur employeur défrayait le coût de leur traversée. Plusieurs personnes ayant des métiers dont l’avenir était incertain en France traverseront l’Atlantique comme engagés. Au terme de ces trois années, ils avaient le choix de rester ou de retourner en France. 

Bien que beaucoup d’entre eux soient retournés dans la mère patrie, plusieurs des familles ayant fait souche à l’île d’Orléans ont vu leur patriarche arriver par la porte des engagés. Un exemple intéressant est celui de Gabriel Gosselin. La première mention de Gabriel que l’on retrouve en Nouvelle-France date du 13 février 1651, où il se déclare «serviteur» d’Éléonore de Grandmaison. Il serait alors probable de penser qu’il était un engagé.  

En 1652, madame de Grandmaison octroie une terre de quatre arpents à Gabriel Gosselin. Rapidement, il ajouta plusieurs autres lopins de terre à ses possessions. Gabriel, prospère, fera appel lui-même à des engagés. En 1666, trois domestiques travaillent pour lui et un autre s’ajoute en 1667. Cet ancêtre a donc connu les deux côtés de la médaille. 

Ce texte est un rapide survol de certaines méthodes qui furent utilisées pour peupler la Nouvelle-France. Évidemment, plusieurs de nos ancêtres sont arrivés par d’autres moyens ce qui fait que nos recherches sont toujours uniques et fascinantes. 

Pour en savoir plus sur l’histoire de ces familles qui se sont établies à l’île d’Orléans, visitez la Maison de nos Aïeux, centre d’histoire et de généalogie de l’île d’Orléans. 

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