Chronique d’histoire: à la mode de chez nous !

Ce fut dit à de multiples reprises : nos ancêtres fraîchement arrivés dans la colonie ont dû s’adapter aux rigueurs du climat. Rapidement, ils ont compris que pour se garder au chaud ils devraient faire subir quelques modifications aux vêtements apportés de la mère patrie. Ils se rendront compte que leurs souliers adaptés au climat français ne seront d’aucune aide quand viendra le temps de chausser des raquettes. 

Contrairement aux outils, maisons et meubles, peu de morceaux de vêtements se sont rendus jusqu’à nous puisque leur durée de vie était plus limitée. Et lorsqu’une pièce ne pouvait plus être portée, elle était transformée en guenilles, notamment. Les peintures, les écrits et les inventaires après décès, entre autres, nous permettent de nous faire une tête sur l’habillement de nos ancêtres. Les inventaires étaient un peu plus avares d’informations au sujet de la toilette des femmes.

Vêtements féminins 

Pour les femmes comme pour les hommes, le premier vêtement enfilé sera la chemise de corps qui sert en fait de sous-vêtement. Pour eux, ce vêtement en est un très intime qui a fait naître l’expression : tout nu en chemise. 

Selon les inventaires après décès les femmes portaient immanquablement une chemise, une jupe et une coiffe. 

Dans 75 inventaires après décès à l’île d’Orléans, entre 1670 et 1710, le manteau est mentionné 13 fois. Cependant, comme l’avance François Boucher, historien du costume, le mot peut avoir plusieurs utilisations, tels une cape, un mantelet ou une robe que l’on porte sur le corps et le jupon. Il est fait mention d’une seule cape dans les inventaires. En revanche, cette dernière gagne en popularité vers la fin du régime français. Perh Kalm, naturaliste suédois venu au Canada en 1749, témoigne du fait que plusieurs femmes la portent. Elles chaussent aussi des souliers à la française ainsi que des mocassins. 

S’habiller à la Canadienne

Rapidement, comme pour plusieurs aspects du quotidien, nos ancêtres se sont inspirés des Premières Nations, mais aussi des marins pour se créer l’habit folklorique que nous connaissons aujourd’hui. Ils ont notamment, rapidement compris que l’idéal était de se vêtir comme un oignon, de plusieurs couches. 

Après sa chemise de corps, l’homme poursuivra avec des bas, un gilet et une culotte. Jusqu’ici, l’habit reste similaire à celui de la mère patrie. 

L’hiver, le colon portera ses mitasses (autour des mollets) et ses mocassins, empruntés aux autochtones. Dès l’arrivée du printemps, on s’empresse de revenir aux souliers dits français, comme le précise le père Le Jeune. 

Vient maintenant le capot, ce fameux manteau folklorique emprunté aux marins. Les hommes viendront serrer les parois du capot à l’aide d’une ceinture. Au temps de la Nouvelle-France, on ne parle pas encore de la ceinture fléchée, symbole phare de l’identité canadienne-française. Elle ne gagnera en popularité qu’après l’arrivée du régime anglais. Mitaines et tuques de laine rouge ou blanche viennent compléter l’habit.

Les paysans, pour la plupart, confectionnaient eux-mêmes leurs vêtements, question d’économiser, car ceux qui arrivaient par bateau étaient fort dispendieux. D’ailleurs, Pierre Boucher, en 1664, recommande aux futurs émigrants de se munir de hardes, car les étoffes, dans la colonie, valent le double qu’en France.

Étant une colonie comptoir, la France ne voyait pas d’un bon œil l’établissement d’une industrie du vêtement ici ; ceci explique la mention d’habits dans de nombreux inventaires après décès dans la colonie. Ce sont des morceaux difficiles à se procurer et que l’on garde longtemps.

Élégance d’antan 

Nos ancêtres, bien qu’emmitouflés l’hiver, faisaient preuve de coquetterie ; les citadins, surtout, qui continuent de suivre la mode même à distance. Comme les vêtements arrivent dans la colonie uniquement l’été, les habitants de la Nouvelle-France reçoivent les nouvelles tendances l’année suivante. 

Plusieurs voyageurs témoignent aussi du fait que les Canadiennes habitant dans les campagnes ont aussi ce souci d’élégance. Pehr Kalm documente leur volonté de se parer, les journées importantes, tel le dimanche. 

Bien qu’il connût des changements mineurs, le costume « à la Canadienne » perdure. En fait, jusque vers 1920, plusieurs le portent encore par souci d’économie et d’efficacité. 

Pour en savoir plus sur l’habillement des premiers colons de l’île d’Orléans, je vous invite à lire l’ouvrage de Bernard Audet : Le costume paysan dans la région de Québec au XVIIe siècle.

Et maintenant, transformons-nous en oignon et profitons de notre hiver ! 

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