Le mois dernier, sous le coup de l’émotion, je n’ai pu écrire l’hommage que je voulais rendre à Christine Vallée, mon amie. Me voici de retour, le cœur moins lourd et l’esprit en paix avec son départ, mais, par où commencer…
J’ai rencontré Christine dans les années 1990, bien avant la création de BLEU. Paule Laperrière et moi organisions des ateliers de modèles vivants au centre communautaire du village. Christine et Claude Dubé s’y étaient inscrits. Ces ateliers ont duré plusieurs années et ils ont contribué à former un noyau artistique à Sainte Pétronille, auquel Christine appartenait.
Dans et par ses dessins, je voyais Christine comme une artiste accomplie. Son coup de crayon, la force de son dessin et l’utilisation de l’espace dans sa page, tout se tenait dans ses compositions. Et au fil de nos travaux d’atelier, nous avons aussi organisé deux expositions LA GALERIE DEHORS, dans mon jardin. C’est à ce moment que j’ai découvert une autre Christine : la conceptrice. J’ai vu sa créativité, son efficacité et son organisation dans la conception d’un événement.
Formée comme architecte (première femme graduée en architecture de l’Université Laval), elle a plus tard travaillé à l‘établissement des ÉCONOMUSÉES un peu partout au Québec, dont la Forge Pique-Assaut et Cassis Monna & Filles, ici sur l’île, de même qu’au Canada et dans plusieurs pays de l’Europe du Nord.
Je me souviens aussi qu’un jour, alors que j’étais sans solution pour l’installation d’une de mes sculptures, je me suis tournée vers elle pour résoudre mon problème. Elle m’a amenée sur le terrain de l’exposition et m’a dit de regarder ce qui pourrait me servir sur le lieu même. Finalement, une simple main courante de galerie a suffi pour installer parfaitement ma sculpture. J’ai appris à ce moment-là que si on sait regarder, la solution la plus simple est souvent la plus efficace.
Après les ateliers de modèles et les ateliers du vendredi que nous avions mis sur pied, le Regroupement BLEU a vu le jour et nous y avons toutes les deux adhéré. En 2008, le grand lancement de BLEU s’est concrétisé avec l’exposition 42 milles de choses tranquilles. Christine y participait avec son œuvre Tempo Fugit. Cette création représente pour moi l’essence même de Christine quand il est question de relever un défi. Composer une œuvre extérieure avec des personnages grandeur nature dessinés à l’encre de Chine sur toile, le tout fixé sur une structure d’abri Tempo, symbole de la région de Québec, c’est fort, c’est concept et c’est efficace.
D’année en année et d’exposition en exposition, Christine a participé aux activités et s’est démarquée. Comment ne pas parler de son approche particulière lors de l’exposition Bleu Divague qui se tenait au Parc maritime. Avec sa toile blanche à peindre avec de l’eau, le public s’en est donné à cœur joie. Une liberté totale pour un artiste en herbe. Quand BLEU a proposé aux membres de se regrouper par village pour se présenter les uns aux autres, Christine et Claude ont suggéré à ceux de Sainte-Pétronille de monter une présentation sous la forme d’un Pecha Kucha. Le plaisir de création a été tel que, sans le savoir, ils ont fait naître le futur groupe d’amis qui forment aujourd’hui le Collectif ETC. Dès 2008, Christine s’est assidûment impliquée dans toutes les démarches de BLEU, jusqu’à en être coprésidente durant quelques années. Son ouverture d’esprit et sa façon d’aborder un problème, que ce soit dans l’orientation d’un projet, dans la conception d’un titre ou dans la formulation d’une approche rassembleuse faisaient d’elle une personne de bon conseil qui trouvait presque toujours la solution. Même si elle luttait contre la maladie depuis quelques années, jamais elle n’a refusé une invitation à participer à un évènement artistique de BLEU ou du Collectif ETC.
Elle collaborait aussi chaque semaine aux ateliers d’art du centre de jour Michel-Sarrazin et y trouvait un grand réconfort. Elle a créé jusqu’au dernier moment et à chacune de mes visites, nous prenions grand plaisir à discuter de projets à venir et de sa vision des choses. Les 13, 14, 20 et 21 novembre, lors de l’exposition TRACES ET IMPRESSIONS, à la mairie de Sainte-Pétronille, vous avez eu l’occasion d’admirer ses croquis où figurent les arbres de la route du Mitan qu’elle a immortalisés pendant la pandémie. Christine vouait un amour profond aux arbres. Pas étonnant qu’elle soit tombée tout doucement, le 19 octobre 2021, comme une feuille d’automne au terme de sa vie.
Bon voyage, Christine.


