Chronique littéraire

Un Québécois à Mexico – Récit d’un double choc culturel

Publié aux éditions de l’Harmattan, dans la collection Horizons Amérique latine, c’est un essai de Jérôme Blanchet-Gravel, essayiste, journaliste et chroniqueur. Au Québec, il a publié des textes dans La Presse et Le Devoir. En France, il en a publié au Figaro, dans la revue Conflits, à Valeurs actuelles et à Causeur, dont il est l’un des collaborateurs réguliers. Il a écrit dans l’édition du Huffington Post, au Maghreb, de même que dans El Imparcial, au Mexique. Il est aussi le correspondant de Sputink France en Amérique du Nord.

Observateur des nouveaux courants sociaux, il est considéré comme l’un des intellectuels en vue de sa génération. Jérôme Blanchet-Gravel écrit dans la presse de nombreux pays. Un Québécois à Mexico – Récit d’un double choc culturel est un essai fabuleux qui nous permet de mieux comprendre plusieurs aspects du Mexique, à travers le prisme de l’expérience vécue de l’auteur. Ce dernier décida de séjourner pour la première fois à Mexico en 2018.

De l’aveu de Jérôme Blanchet-Gravel, ce « premier contact avec ce pays fut si déterminant » qu’il décida d’y passer une grande partie de son temps jusqu’au moment où le début de la crise sanitaire l’incita à retourner au Québec. Il avait alors rencontré une Mexicaine avec qui il venait de se marier peu de temps auparavant.

Toutes les facettes du Mexique que l’on découvre font partie d’un « livre-hommage » qui est une invitation à découvrir un pays à la fois « tendre et violent, serein et brutal, une contrée qui mériterait tellement plus que le sort économique et politique qui lui a été réservé par les dieux. » Ce livre à la fois instructif et captivant comme un roman nous présente des faits historiques et actuels qui nous permettent de mieux comprendre le Mexique et de nous y glisser par l’entremise des expériences vécues de l’auteur, d’apprendre les diverses réalités qui lui sont propres.

C’est également l’occasion de découvrir ou de redécouvrir l’esprit latin. Le livre expose, entre autres, au fil des chapitres, la réalité d’être blanc au Mexique, des détails du quotidien comme la collecte des ordures qui souligne le problème de la pollution au Mexique dans notre ère de « religion verte », l’histoire du catholicisme au Mexique, la violence endémique qui règne dans le pays, le phénomène des chiens comme « meilleurs ennemis de l’homme », l’acceptation de la fatalité chez les Mexicains, le phénomène du racisme au sein même de leur société, les célébrations démesurées qui, dans ce pays où la mort est quotidienne, semblent être expliquées par un besoin de jouir de tout ce que la vie peut offrir, d’abord et avant tout comme un rituel plutôt que pour procurer une satisfaction individuelle, la fête apparaissant comme une façon de se « libérer de son mal-être, de sa violence. »

Un hymne à la vie et à la mort. Tout au long du livre, Jérôme Blanchet-Gravel montre le contraste du Mexique avec la société québécoise qui est présente en arrière-plan. Et si, questionne-t-il, le « pays des morts, le vrai, n’était pas le Mexique, mais bien le Québec ? » L’auteur fit un retour au Québec entre le printemps 2020 et le printemps 2021. Il ressentit un choc en revenant au pays, alors marqué par le confinement et les mesures sanitaires. Il y contempla une « explosion des problèmes de santé mentale ».

« Il flotte une sorte de platitude dans l’air, un parfum de néant. Je fais partie », déclare l’auteur, « d’une génération de gens anxieux et dépressifs dans laquelle je me suis déjà reconnu, mais qui a fini par me rebuter de manière définitive. (…) Une génération qui incarne le vide et le désenchantement. » Un Québécois à Mexico nous porte définitivement à réfléchir sur l’état du monde occidental et sur la façon aseptisée de vivre de nos pays développés.

« La censure, le puritanisme et la technocratie minent l’Occident dans son ensemble », conclut Jérôme Blanchet-Gravel. Il ajoute : « L’Occident ne vit plus mais survit, tout comme ses habitants gavés d’antidépresseurs et d’anxiolytiques. » Est-ce que cette conclusion est exagérée ? Aux lecteurs de le déterminer. Il n’en reste pas moins que cet essai me semble, en ce point tournant précis de l’histoire contemporaine, un livre essentiel à lire, à la fois pour voir hors de notre expérience quotidienne la réalité d’un pays pas si loin du nôtre, peut-être pas aussi riche matériellement, mais certainement porteur d’une sagesse qui permet de nous faire réfléchir sur notre avenir. L’un des meilleurs livres que j’ai lus cette année !

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