Le refuge
Publié aux Éditions Druide, Le refuge est un roman d’Alain Beaulieu. Écrit sous forme de journal à deux voix, celles d’Antoine et de son épouse Marie, il nous présente l’histoire d’un couple aux prises avec le défi de devoir apprendre à vivre avec une image d’eux-mêmes qui ne correspond plus à la réalité.
Le cœur du récit est le sentiment de culpabilité. Les chapitres sont donc écrits en deux temps, puisque les personnages principaux racontent, à tour de rôle, leur point de vue sur les événements. L’histoire se déroule principalement dans le « refuge », c’est-à-dire un chalet isolé où le couple a choisi de s’installer pour vivre « dans un rapport direct à la nature, qui incite au recueillement et à la réflexion ».
Lui est professeur de littérature à l’université, à la retraite, elle a choisi de quitter un an plus tôt son emploi d’éducatrice. Après avoir vendu leur maison de la rue Saint-Vallier, ils se sont donc établis en forêt, à une heure de la ville, dans un refuge de 35 m2 sans eau courante ni électricité.
Ils s’étaient donnés un an avant de faire le point et décider s’ils allaient continuer un an de plus. Ils y sont demeurés quatre ans de plus et auraient continué à y habiter n’eût été de l’événement terrible qui a fait tout basculer. Leur vie paisible se voit malheureusement troublée par deux intrus qui surgissent en pleine nuit pour les voler, menaçant de s’en prendre à eux.
Par légitime défense, Antoine tire sur l’un d’eux avec la carabine qu’il gardait pour la chasse au petit gibier et tue le malfaiteur. L’autre s’enfuit avec une partie des économies du couple. Plutôt que d’appeler la police, craignant les conséquences du geste d’Antoine, le couple enterre le corps et tente d’oublier l’affaire, mais les remords accablent Antoine. Au moment de l’écriture, Alain Beaulieu se demandait : « Comment vit-on avec des événements auxquels on a répondu de manière impulsive, donc pas toujours de la bonne manière ? »
La double narration permet à l’auteur de jouer sur les différents angles de l’histoire, même si le couple est très uni. L’univers dans lequel se déroule l’histoire est la réplique d’un petit chalet dans lequel Alain Beaulieu a vécu avec sa conjointe. Le personnage principal, professeur de littérature comme lui, lui a également permis de poser un regard sur son métier et sur sa relation avec ses étudiants. La force du roman tient dans la psychologie bien développée des personnages dont les regards particuliers sur leur vécu se complètent et nous transportent dans un récit captivant et portant à réfléchir sur le fait de devoir composer avec les remords tout en menant une existence aux apparences normales. Un roman réussi !
Une famille moderne
Publié aux Éditions de l’Aube, ce roman d’Helga Flatland, traduit du norvégien par Dominique Kristensen, présente une famille ordinaire. Sverre, le père, s’apprête à fêter son 65e anniversaire ; pour cette occasion, un voyage est prévu à Rome. Sa femme est là, bien sûr, ainsi que Liv, la fille aînée et son mari Olaf et leurs deux enfants, Ellen et son compagnon, Simen, et Hakon.
Mais ce week-end qui se voulait festif prend un tout autre tournant lorsque Sverre et sa femme annoncent leur divorce à leurs enfants. Cette annonce bouleverse leurs certitudes et chaque enfant va accueillir la nouvelle de manière différente. Les chapitres alternent entre Liv, Ellen et Hakon. Débute alors une réflexion sur le sens de la famille et sa place dans la fratrie.
Ce roman doux-amer d’une jeune auteure au talent prometteur nous permet de réfléchir sur les regrets, les relations familiales, l’évolution des valeurs éducatives et sur le fait que la vie ne se passe pas toujours comme prévu. Il y a un air d’Ingmar Bergman dans ce portrait de famille qui présente l’image d’une famille du 21e siècle. Une famille moderne a été traduit en quatre langues et les droits ont été vendus en neuf langues. Le roman a reçu le prix de l’Association des libraires norvégiens.



