L’inflation, l’augmentation des coûts de production et de la flambée des taux d’intérêt donnent un dur coup à la situation financière des fermes québécoises et l’île d’Orléans n’y échappe pas.
C’est ce que révèle les résultats d’un sondage dévoilé, hier, par l’Union des producteurs agricoles (UPA).
« La situation est insoutenable pour certaines productions agricoles ainsi que pour les producteurs situés dans régions périphériques comme la nôtre. La rentabilité n’est tout simplement plus au rendez-vous. Nous traversons une crise importante actuellement avec la hausse des taux d’intérêt, une hausse fulgurante des prix des carburants et le prix des terres agricoles atteint des sommets historiques. Nous sommes fiers de nourrir nos collectivités de la Capitale-Nationale–Côte-Nord, mais nous souhaitons faire comprendre à la population ainsi qu’aux instances gouvernementales que des changements doivent survenir rapidement. Le statu quo va se résulter par des fermetures importantes et les répercussions seront néfastes quant à la vitalité économique et sociale de nos communautés.
« Parmi les solutions proposées, nous demandons entre autres l’actualisation des programmes d’aide du gouvernement reflétant les hausses subies par la crise inflationniste. Nous sommes à la croisée des chemins et maintenant plus que jamais le gouvernement doit être à l’écoute des productrices et des producteurs et de leurs besoins. Au cours des prochains mois, nous serons présents sur le terrain afin de défendre nos intérêts et soyez assurés que vous entendrez parler de notre Opération inflation à maintes reprises, car il y a urgence d’agir », a déclaré le président de la Fédération de l’UPA de la Capitale-Nationale–Côte-Nord, Yves Laurencelle.
« Les producteurs de l’île d’Orléans me mentionnent régulièrement les difficultés qu’ils traversent. Actuellement, nous vivons une période de chambardement importante avec la hausse des taux d’intérêt et la hausse du prix des terres agricoles. La relève a peine à s’implanter et la rentabilité de certaines fermes est tout simplement inscrite à l’encre rouge. Les gouvernements doivent nous écouter car nous nous battons pour maintenir le secteur agricole dans nos régions », a stipulé le président de l’UPA de l’Île d’Orléans, François Blouin.
L’augmentation du coût des intrants de production (+27,9 %) a été près de trois fois supérieure à l’inflation (+11,8 %) entre janvier 2020 et septembre 2022. La hausse importante et rapide des taux d’intérêt, depuis janvier 2022, a quant à elle aggravé de beaucoup la situation. Une somme de 8 $ d’actifs est nécessaire pour chaque dollar de recettes en agriculture, un ratio fortement supérieur aux autres secteurs économiques. Cela explique, en grande partie, l’ampleur des investissements requis, le niveau élevé de la dette agricole qui en résulte et, conséquemment, le lourd impact de chaque fluctuation des taux d’intérêt sur la pérennité des fermes de la province (plus particulièrement les entreprises de la relève, en raison de leur endettement plus élevé).
Quelque 3 675 productrices et producteurs ont répondu au sondage de l’UPA, le mois dernier. Pour la Capitale-Nationale–Côte-Nord, un producteur sur cinq a contribué au questionnaire. Selon l’UPA, l’impact des augmentations est sans équivoque à la lecture des résultats puisque deux entreprises agricoles sur dix rapportent déjà une mauvaise ou très mauvaise santé financière (0-5 ans : près de trois sur dix) et près de cinq fermes sur dix anticipent une détérioration de leur situation au cours de la prochaine année.
Par ailleurs en Capitale-Nationale–Côte-Nord :
• six fermes sur dix considèrent que la hausse du prix des carburants aura un impact néfaste ;
• trois entreprises sur dix considèrent que la hausse des taux d’intérêt pourrait les empêcher de rencontrer leurs obligations financières ;
• sept fermes sur dix vont diminuer ou reporter leurs investissements.
L’UPA soutient que la situation difficile actuelle et future de toutes ces entreprises compromet la pérennité de l’agriculture et, ce faisant, de toute l’industrie bioalimentaire. Ces répercussions seraient majeures pour la vitalité économique des régions rurales.
La condition critique des entreprises agricoles a été portée à l’attention des gouvernements canadien et québécois à maintes reprises ces derniers mois par l’UPA. Elle estime que plusieurs solutions sont à portée de main des décideurs, mais qu’il faut aller au-delà des programmes habituels qui n’ont pas été conçus pour gérer ce genre de situation exceptionnelle.
Les constats et solutions privilégiées sont disponibles à l’adresse www.upa.qc.ca/agriculture-sous-pression.
Photo : Sébastien Girard


