Chronique d’histoire : les journaux

LES JOURNAUX

Nous sommes de retour avec nos articles historiques ! Il y avait belle lurette que nous ne vous avions entretenu sur ce sujet et nous sommes heureux d’y revenir ! J’aime ce médium qu’est le journal. J’aime le lire, j’aime y écrire ! Ce qui m’amène à me questionner sur l’histoire des journaux dans la province de Québec.

Il n’y a point de journaux en Nouvelle-France, entre autres parce que la mère patrie s’oppose farouchement à l’installation d’une imprimerie sur le territoire américain bien que plusieurs, dont des communautés religieuses, en aient fait la demande auprès des autorités monarchiques. Il ne faut pas oublier que la Nouvelle-France est une colonie comptoir servant essentiellement à fournir de la matière première à la mère patrie.

C’est le 21 juin 1764 que la première édition de Quebec Gazette paraît et il est bilingue ! C’est le premier journal du Canada. Essentiellement, on y retrouve des nouvelles publiées par le gouvernement ainsi que des publicités. Se voulant toutefois impartiaux, les éditeurs publient des commentaires sur divers sujets, notamment la politique, et empruntent plusieurs points de vue ( britannique ou américain ).

Il sera plusieurs fois censuré lorsqu’il sera question de la révolution américaine et carrément suspendu quelques mois entre 1775 et 1776 pendant l’invasion américaine. Deux ans auparavant, James Murray, alors gouverneur de la province, en fait le diffuseur officiel des autorités et oblige même les curés à s’y abonner et à en faire la lecture lors de la messe. Une manière plutôt efficace de faire entendre les messages du gouvernement.

Voici un extrait de cette première édition : Notre dessein est donc, de publier en anglais et en français, sous le titre de La Gazette de Québec, un recueil d’affaires étrangères et de transactions politiques, à fin qu’on puisse se former une idée des différents intérêts et des connexions réciproques, des puissances de l’Europe.

Pendant près de 100 ans, le journal sera publié dans les deux langues. Puis, en 1842, en anglais seulement. En 1874, il y a fusion avec le Quebec Chronicle et en 1925, une nouvelle fusion avec le Quebec Telegraph qui devient le Quebec Chronicle Telegraph, toujours publié. Ce qui en fait le journal le plus vieux en Amérique du Nord encore actif. 

Fleury Mesplet est le premier journaliste de Montréal. Natif de Marseille, il fait ses apprentissages du métier d’imprimeur à Lyon où sa famille est établie. En 1773, il s’établit à Londres où il poursuit ses occupations. Il aurait rencontré Benjamin Franklin et sur les recommandations de ce dernier, il part s’établir à Philadelphie.

Sympathique à la cause des Révolutionnaires des Treize Colonies, il publie trois lettres s’adressant aux habitants de la province pour les inciter à joindre le mouvement. Il part en délégation dans la province avec Benjamin Franklin en 1776. Bien que les tentatives de rallier les habitants du Québec à leur cause échouent, Mesplet s’installe à Montréal. La même année, il est arrêté et emprisonné 26 jours sans procès avec d’autres personnes qui avaient reçu la délégation.

Une fois libre, avec son comparse l’avocat Valentin Jautard, il entreprend de publier La Gazette du commerce et littéraire, en 1778, renommée par la suite La Gazette Littéraire. Il est le premier journal édité 100 % en français.

En 1779, Mesplet et Jautard sont sommés de comparaître devant la Cour des plaids commun. On leur reproche d’avoir réfléchi publiquement sur l’administration de la justice dans la province et d’avoir une attitude proaméricaine. Il faut savoir que Mesplet avait déjà été expulsé du Québec vu ses fréquentations. Mais Frederick Haldimand, gouverneur de l’époque, se ravise après l’intervention de respectables Montréalais.

Les cofondateurs du journal sont incarcérés, début juin 1779, sans procès, dans le but de les empêcher de contaminer l’esprit des Montréalais. Les presses sont aussi saisies. Ils resteront détenus jusqu’en septembre 1782.

Le 25 août 1785, Mesplet refonde son journal La Gazette de Montréal et l’opéra jusqu’à son décès en 1794. Bilingue du temps de Mesplet, il est racheté par un anglophone et deviendra The Montreal Gazette seulement. Depuis, le journal, encore publié aujourd’hui, affiche ses couleurs fortement et a créé plus d’une controverse dans son histoire.

Journaux locaux

Le média le plus proche de sa population est sans contredit le journal local, fait par ses gens pour ses gens. La localité est directement interpellée à tous les niveaux.

C’est en avril 1996 que la première édition d’Autour de l’île paraît à l’île d’Orléans sous l’initiative de Nicole Bédard, Hélène Bayard et Richard Boivin, pour ne nommer que ceux-là. Avant la naissance de celui-ci, les municipalités de l’île publiaient leur propre journal local. D’ailleurs, Saint-Laurent et Sainte-Pétronille publient toujours leur journal.

Ces journaux sont importants. Ils se concentrent sur la vie qui se passe sur le territoire et mettent en lumière des citoyens, des initiatives importantes, des enjeux cruciaux qui ne feront pas les manchettes des grands médias, mais qui sont chers aux citoyens.

Depuis 27 ans, Autour de l’île participe au rayonnement insulaire et a gagné à plusieurs reprises des prix à l’Association des médias écrits communautaires du Québec.

Les journaux occupent une place importante au sein du Québec, et ce, depuis près de 260 ans ! Qu’ils soient papiers ou numériques, il est important de s’y attarder et de les lire. Pour en savoir plus sur les personnages colorés que sont Fleury Mesplet et Valentin Jautard, je vous suggère fortement d’aller lire leur biographie respective sur le Dictionnaire biographique du Canada.

Pour lire la première édition de La Gazette de Québec, publiée en 1764, l’intégralité de l’imprimé se trouve sur le volet numérique de la BAnQ.

Vignette : Archive de la première édition du premier journal imprimé au Québec. ©Courtoisie                                                                                    

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One Comment

  • Merci de cette histoire peu connue et ses personnages remarquables. J’ignorais le fait que la Gazette de Québec de 1764 publiait dans les deux langues du pays, vraisemblablement une initiative pour réunir les deux peuples.

    Nous sommes chanceux d’avoir un journal à l’île qui permet la diffusion locale des activités et intérêts des citoyens. Je m’abonne également au journal hebdomadaire Chronicle-Telegraph, descendant du Gazette de Québec, et qui représente aujourd’hui la petite communauté des anglos de Québec (env. 16 000) et de son implication avec ses concitoyens francophones.

    Dans le monde turbulent d’aujourd’hui, nous trouvons une paix et un optimisme dans les liens humains et les projets de notre communauté. Les journaux locaux jouent un rôle non négligeable dans cet aspect de notre vie.

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