Serge Payette, l’adolescent des grands sages du Québec

Il est rare qu’un octogénaire se fasse qualifier d’adolescent, mais c’est le cas du scientifique orléanais Serge Payette. Le résident de Saint-Jean a été surnommé l’adolescent des grands sages, lors du Gala des grands sages présenté par le Fonds de recherche du Québec. Le récipiendaire de l’Ordre du Canada, en 2020, a reçu ce qualificatif du scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, lors de cet événement qui a réuni une centaine de personnes, le 23 novembre, à l’hôtel Nelligan dans le Vieux-Montréal.

M. Quirion a utilisé cette expression puisque Serge Payette constituait, à 80 ans, le cadet des trois grands sages honorés alors que le sociologue Guy Rocher, 99 ans, et la neuroscientifique Brenda Milner, 105 ans, enregistrent beaucoup plus d’années au compteur.

Le trio de géants québécois a été honoré par la désignation des bourses de doctorat à leur nom.

Marie-Ange Moisan, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, a remporté le prix Grand Sage Serge Payette consistant en une bourse de 10 000 $ par année durant quatre ans. Cette somme s’ajoute à une bourse existante de 30 000 $ annuellement pendant quatre ans. Mme Moisan tente de comprendre le rôle des arbres dans la régulation des gaz à effet de serre dans les zones inondables.

« Le scientifique en chef voulait rendre hommage à des chercheurs comme moi. Il souhaitait mettre la recherche en vitrine au Québec. Notre contribution à la recherche, au Québec, s’étale sur plusieurs décennies », a affirmé le professeur d’écologie végétale au Département de biologie de l’Université Laval, retraité depuis le 1er septembre 2021.

Le réputé écologiste se veut un vrai chercheur de terrain qui a passé plus de 40 ans à sillonner le nord du Québec à pied, en bateau et en hydravion afin d’en documenter minutieusement la flore, ses 800 variétés et les impacts des changements climatiques sur celle-ci.

Il en a tiré une œuvre d’exception en cinq volumes et 3 000 pages, La flore nordique du Québec et du Labrador.

Un « Marie-Victorin du Nord », a résumé le scientifique en chef Quirion, qui a aussi souligné l’engagement de Serge Payette envers la science en français.

« Il faut être passionné et patient pour concrétiser un tel projet collectif dans lequel j’ai agi comme directeur et initiateur. Ça manquait au Québec un ouvrage de ce genre, important pour le nord de la province et le Labrador, car ces régions seront éventuellement sollicitées socialement et économiquement. Il sert au bénéfice des communautés du Québec et de la francophonie », a-t-il soutenu.

Le détenteur de l’Ordre du Canada en 2020 peut se vanter d’avoir formé une vingtaine de chercheurs scientifiques un peu partout dans le monde comme au Canada, en France et au Mexique.

Ses travaux sur les changements climatiques ont permis de constater l’impact majeur de ces derniers sur les feux de forêt, notamment.

« Le feu survenu au printemps à Radisson a été le plus dévastateur au Québec au cours des 100 dernières années. Les décideurs ne sont pas au fait de la nature. On n’est jamais assez informés sur la nature », a commenté Serge Payette.

Selon l’insulaire originaire de l’est de Montréal, un feu de forêt survient à la suite d’une sécheresse de 15 jours. Les nuages cumulo-nimbus génèrent la foudre et lorsque la neige est fondue au printemps, le phénomène naturel se déclenche.

« Des villages sont bâtis dans des zones de risque de feu de forêt, comme à Lebel-sur-Quévillon, par exemple », a noté le scientifique.

Le dessus du foyer de M. Payette va commencer à manquer de place, car il n’en est pas à son premier hommage.

En 2011, il a été le premier récipiendaire du prix de la famille Weston, la récompense la plus importante attribuée à un chercheur en sciences naturelles actif en recherches nordiques et a mérité le Prix Marie-Victorin, catégorie scientifique.

En 2013, Radio-Canada a choisi Serge Payette comme scientifique de l’année après la publication de son ouvrage Flore nordique du Québec et du Labrador.

L’ancien premier ministre, Philippe Couillard, l’a décoré du titre de Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2017.

Vignette : Serge Payette a remis une bourse à Marie-Ange Moisan (récipiendaire Nature et technologies), en présence de Rémi Quirion. ©Fonds de recherche du Québec

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