Julie Goudreault
Conseillère aux entreprises et responsable du suivi PDZA
Depuis des décennies, l’agriculture façonne le paysage et l’économie de l’île d’Orléans. Toutefois, face aux défis croissants induits par les changements climatiques, les producteurs agricoles doivent maintenant adapter leurs pratiques pour assurer la pérennité de leurs exploitations.
Parmi ces défis, on note une hausse des températures moyennes annuelles. Selon Ouranos, un consortium spécialisé en climatologie régionale, la moyenne des températures dans la région de la Capitale-Nationale était de 3,5°C entre 1991 et 2020, mais elle devrait atteindre 5,8°C entre 2041 et 2070, soit une hausse de 2,3 C. Ces variations auront des implications saisonnières, telles qu’un risque accru pour les plantes de ne pas être suffisamment préparées pour l’hiver et de s’éveiller en cours d’hiver.
De plus, on observe une évolution des précipitations totales mensuelles. Entre 1991 et 2020, la région a reçu en moyenne 1 185 mm de précipitations annuelles, tandis que ce chiffre devrait atteindre 1 260 mm entre 2041 et 2070, représentant une hausse de 75 mm. Il est à noter qu’il y aura une hausse significative des précipitations sous forme de pluie pendant l’hiver, notamment en décembre, janvier et février, ce qui n’est pas souhaité.
Impacts pressentis de l’évolution du climat en agriculture
Agriclimat, une initiative visant à soutenir les producteurs agricoles confrontés aux défis climatiques, a élaboré une approche diagnostique pour lutter contre les changements climatiques à l’échelle de la ferme. Présentée lors du récent Colloque sur les bonnes pratiques écoresponsables, à l’île l’hiver dernier[1], cette démarche a mis de l’avant les impacts préoccupants des changements climatiques.
Les impacts incluent notamment l’accroissement des besoins en eau pendant la saison de croissance et les difficultés d’accès à cette ressource, la survie hivernale compromise des plantes pérennes ou bisannuelles comme les bleuets, l’ail et les fraises, en raison de la diminution du couvert de neige et de l’alternance de gel et dégel, ainsi que le risque de gel printanier tardif impactant par exemple la floraison des pommiers et des fraisiers.
Notons également l’émergence de nouveaux insectes ravageurs et une pression plus intense sur les cultures, la propagation de nouvelles maladies fongiques exacerbées par les fluctuations de température et d’humidité, les effets néfastes sur les populations de pollinisateurs essentiels à la production agricole et l’augmentation des phénomènes d’érosion des sols. De plus, la fréquence et l’intensité croissantes des canicules pourraient affecter la santé et le rendement des cultures.
Opportunités
Malgré les défis rencontrés, l’adaptation aux changements climatiques offre également des opportunités. Par exemple, l’allongement de la saison de croissance favorise la sélection de variétés adaptées, l’introduction de nouvelles cultures et permet un meilleur étalement des travaux, des semis et des récoltes. Cela pourrait également améliorer le rendement des cultures adaptées aux climats chauds et renforcer la compétitivité des filières agricoles locales face à la concurrence de l’Ontario et des États-Unis.
Actions envisagées
De plus, lors du Colloque sur les bonnes pratiques écoresponsables, Agriclimat a présenté aux producteurs agricoles diverses stratégies à adopter, notamment :
- L’utilisation de pratiques culturales au champ comme couvrir les sols avec des cultures de couverture et des cultures intercalaires pour offrir une protection hivernale et en saison ;
- L’investissement dans des infrastructures comme les réserves d’eau (étangs) pour sécuriser un accès à l’eau suffisant lors des années de sécheresse ;
- La veille et l’analyse, pour rester à l’affût de nouvelles variétés de cultures mieux adaptées au climat changeant et aux pratiques culturales innovantes.
En prenant des mesures adaptatives, les producteurs agricoles peuvent contribuer à une agriculture durable, bénéfique pour les générations futures.
[1] Voir : https://autourdelile.com/2024/03/plus–de-40-participants–sensibilises–aux–bonnes–pratiques–ecroresponsables/


