L’abbé P.-J. Verbist, est devenu un agent d’immigration belge pour le gouvernement québécois, puis, en 1872, il accepte d’être le premier curé de la jeune paroisse de Sainte-Pétronille.
Troisième partie : Le succès, la faute et la fuite
Nommé curé à l’été 1872, Verbist finance la construction de l’église encore inachevée. À l’aide de bénévoles, il organise un bazar de charité en août 1872 pour attirer les visiteurs. Il fait annoncer la fête dans tous les journaux. Le traversier à vapeur assure quatre voyages par jour amenant des milliers de personnes à l’île. Un grand concert est organisé et on récolte une somme record, qui dépasse tous les objectifs.
Le baptême de la cloche
En octobre 1872, il organise un autre événement pour le « baptême » de la cloche qui vient d’être livrée de la fonderie C. Mears & Co, de Londres. Il recrute comme parrain et marraine Jean Langlois, député fédéral de Montmorency et grand juriste et son épouse Mary-Joséphine Macdonald qui font un généreux don à la paroisse.
La cérémonie est présidée en grande pompe par l’archevêque Mgr Taschereau. Deux vapeurs richement pavoisés de drapeaux et d’oriflammes offrent un voyage spécial, attirant assurément une nombreuse foule curieuse dans le village.
Le succès de ces organisations permet d’ajouter à l’église une chaire, des fonts baptismaux, des tableaux religieux et les statues du Sacré-Cœur et de la Vierge Marie.
Le clocher et l’orgue
Dès le printemps 1873, le curé Verbist fait ériger le clocher de son église. Au mois d’août, il réédite le succès de son bazar qui sert d’occasion à présenter le nouveau clocher. Une chorale offre un autre grand concert à l’église.
Il acquiert aussi un petit orgue, acheté en Belgique, pour accompagner les cérémonies liturgiques. Il y installe une invention dont il a acquis le brevet de vente au Canada, un « harmonista ». Ce système s’adapte à un clavier d’orgue et permet d’interpréter facilement des pièces avec les accords qui conviennent.
La disgrâce (1874)
L’hyperactivité du curé Verbist était notoire : à la fois, agent d’immigration, conseiller agricole, correspondant de journaux, propagateur d’inventions musicales, de projets d’académies, concepteur de journaux, importateur de tableaux et de produits de Belgique et constructeur d’une église à l’île d’Orléans.
Dans son enthousiasme et son côté touche-à-tout, Verbist a dérangé l’Église locale et la réserve cléricale strictement codifiée. L’archevêque Taschereau se rend compte que Verbist perturbe son clergé et pourrait même être source de scandale.
Son commerce du 45½ de la rue Saint-Jean déroge gravement aux activités prescrites pour un prêtre diocésain. De plus, la boutique est tenue par sa « nièce », mademoiselle Euphémie Bassibée. Ce népotisme pouvait prêter flanc aux pires rumeurs et il n’était pas bien vu pour un ecclésiastique de faire du négoce.
Sommé de régulariser sa situation, l’abbé Verbist décide de quitter précipitamment le pays le 7 février 1874. Il disparaît aux États-Unis en coupant tous ses ponts. Le stock de la boutique de la rue Saint-Jean est saisi et vendu pour rembourser de nombreux créanciers que l’abbé Verbist a abandonnés derrière lui.
Malgré le choc et la surprise, les fidèles de Sainte-Pétronille ne sont pas demeurés longtemps sans pasteur. Le successeur de Verbist, Charles-Henri Paquet, précédemment vicaire à Saint-François-de-l’Île-d’Orléans, arrive dès le 16 février 1874. Au fil des ans, le curé Paquet a su reconnaître que le passage de Verbist à Sainte-Pétronille avait été profitable à la jeune paroisse. En 1885, il soulignait le zèle de son prédécesseur pour trouver des dons et imaginer des sources de financement pour la fabrique de la paroisse.
Mis à part ce témoignage, on semble avoir fait un respectueux silence sur le départ de Verbist qui disparaît des registres. Les gens de Québec et de l’île d’Orléans apprendront sa mort le 21 novembre 1879 par une note parue dans L’Événement. Il se serait noyé accidentellement aux États-Unis en traversant une rivière.
Joseph-Pascal Verbist a ainsi eu un destin exalté et tragique qui semble correspondre à son caractère. Véritable vibrion, il était un excellent organisateur d’événements, un publiciste redoutable pour faire connaître et financer ses activités et ses projets. Il exerçait une fascination et un charme auprès de ses interlocuteurs; ce qui lui ouvrait des portes et pouvait stimuler le dynamisme autour de lui. En quatre ans, entre 1870 et 1874, il a déployé au Québec comme en Belgique une énergie peu commune dans un vaste éventail d’activités et qui impressionne encore aujourd’hui.
Le curé Verbist fut un personnage controversé, emporté par ses propres élans, capable de grands rêves et de visions d’avenir. Il semble avoir navigué la barque de sa vie toutes voiles dehors, ne sachant pas toujours éviter les écueils cachés sous les flots. Il était conscient de ses forces et surtout de ses faiblesses, croyant qu’en cas de chute, il aurait encore et toujours la capacité de se relever.
Gilles Gallichan
Centre culturel Robert-Martel de Sainte-Pétronille
Vignette : L’église de Sainte-Pétronille, érigée selon les plans de Ferdinand Peachy en 1871 et complétée à l’époque du curé Verbist. ©Archives Autour de l’île


