Frank Marquet gare sa voiture dans la cour arrière de l’Espace F.-X.-Lachance à Saint-Laurent et décharge des sacs – beaucoup de sacs. Il est 17 h 30 et l’établissement a déjà fermé ses portes. Frank ne s’y rend pas, mais se dirige plutôt à la cuisine collective située à l’arrière. Il arrive un peu en avance pour déverrouiller la porte, allumer les lumières, vérifier la cuisinière, le four et les ustensiles. Une agréable soirée culinaire s’annonce avec les participants du projet « Cuisine collective ».
Tout a commencé en 2019, lorsque la MRC de L’Île-d’Orléans et l’Association Bénévole de l’Île d’Orléans (ABIO) ont mené un sondage auprès des résidents de l’île afin d’identifier leurs principaux besoins. Grâce à l’initiative Démarche ICÎ, trois axes d’intervention ont été définis : la mobilité, l’intégration sociale des adolescents et des aînés et la sécurité alimentaire.
Pour répondre à ce dernier enjeu, la municipalité de Saint-Laurent a proposé la création d’une cuisine collective professionnelle où des groupes pourraient se réunir pour cuisiner, discuter et passer du temps ensemble. Ce concept brillant, déjà présent sur l’île depuis 2012, a donc trouvé un second souffle. La préparation a pris du temps : rédaction des documents, obtention d’une subvention, achat de matériel et conception d’un espace cuisine moderne. Finalement, le 19 janvier 2023, la page Facebook du groupe Cuisine collective a été lancée, devenant ainsi le principal outil de communication du projet.
Coordonnatrice à la municipalité de Saint-Laurent jusqu’en 2019, Véronique Provencher se souvient de la préparation des documents de financement – rénovation, assiettes, couteaux, grand four, grande cuisinière, etc. – du projet. Depuis 2023, Véronique est l’une des participantes les plus actives aux réunions de cuisine.
« Il s’agit avant tout de contact humain, de se retrouver et de cuisiner des plats qu’on aime », explique-t-elle.
Résidente de Saint-Laurent, Véronique Dubos a participé à au moins quatre séances et confie :
« J’ai beaucoup aimé et j’ai beaucoup apprécié : on a ri, on a essayé de nouvelles recettes, on a appris à faire de la pizza et du pain. C’était mieux que ce à quoi je m’attendais. »
Chaque rassemblement est soigneusement planifié. Les participants intéressés répondent à un appel sur Facebook, puis se concertent en ligne pour choisir les plats et les ingrédients. Une personne achète ensuite les provisions et les apporte le jour de la réunion. Tous les coûts et les repas préparés pour la soirée sont partagés équitablement entre les cuisiniers. En deux ans, la cuisine collective a préparé une variété de plats, notamment de la gelée de pissenlit, de la ratatouille, de la focaccia, des raviolis, des pâtes, des pizzas, des confitures de fruits, des soupes de légumes, du pain de campagne, du jambon maison, de la brioche au beurre, du bortsch, et bien plus encore. Le coût d’un menu complet (avec plusieurs plats préparés en une seule soirée) peut atteindre 30 $, mais parfois 75 $.
Engagement bénévole
L’un des aspects particuliers du projet est l’engagement bénévole : si nécessaire, des groupes peuvent créer des repas uniques et délicieux pour les familles de l’île qui reçoivent des paniers alimentaires. La responsable du projet de sécurité alimentaire pour la Démarche ICÎ, Louise Geoffrion, explique que les agriculteurs locaux donnent parfois des baies, des légumes et des fruits excédentaires ou imparfaits pour la transformation.
« Lorsqu’il y a eu un surplus de bleuets en août, j’ai appelé Franck, l’un des bénévoles de la cuisine collective, et je lui ai suggéré de préparer des muffins pour notre communauté », se souvient Louise Geoffrion.
À cette occasion, un petit groupe, dont l’autrice de cet article, a préparé plus de 200 muffins que l’équipe de Démarche ICÎ et de l’ABIO a magnifiquement emballés et ajoutés aux paniers alimentaires pour la distribution de septembre.
« Les gens étaient incroyablement heureux et profondément touchés », raconte Louise.
Aider les autres constitue une source de satisfaction pour beaucoup. Habitante de Saint-François et mère au foyer, Caroline Dinel en est à sa sixième participation. Elle adore cuisiner, participe activement aux courses et aime apprendre de nouvelles recettes. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, aider les habitants de l’île est tout aussi important.
« Nous cuisinons des plats pour les personnes dans le besoin, et cela me fait du bien de donner aux autres. »
Rien qu’en 2024, près de 10 000 kilos de petits fruits, de légumes et de fruits ont été récupérés et redistribués pour les besoins de la communauté ! En plus des muffins, la cuisine a préparé des confitures, des crêpes et des crumbles pour soutenir le programme de paniers alimentaires.
Franck sourit en observant l’animation autour du fourneau, tout en continuant à pétrir la pâte pour le pain maison. Il le fait avec tant d’habileté qu’on se croirait dans la cuisine d’un restaurant étoilé. Franck est estimateur de coûts, charpentier et menuisier pour une entreprise de construction québécoise, mais son amour pour la cuisine et les activités communautaires lui vient de sa mère, Annick.
« Même quand je suis fatiguée, je viens quand même cuisiner », dit Marie E., une résidente de Saint-Laurent.
« Je participe pour me motiver à mieux cuisiner et pour socialiser », ajoute une résidente de Saint-Jean, Sylvie Létourneau. « L’important pour moi, c’est de faire une activité sympa, de partager avec de nouvelles personnes et de préparer de bons petits plats. J’ai vraiment envie de refaire ce genre d’activités et j’apprécierais que ce soit en journée de temps en temps. »
Lieu de rassemblement
Franck a récemment partagé une idée pour son prochain projet communautaire : un four à bois où les habitants pourraient cuire du pain pour leurs voisins !
« Un four communautaire est un lieu de rassemblement, un espace de partage et de célébration, empreint d’une atmosphère de compréhension mutuelle et d’humanité. Le vrai bonheur réside dans les choses simples », explique-t-il.
Vous souhaitez soutenir ou joindre le projet ? Une réunion d’information aura lieu le lundi 12 mai, à 18 h, à la salle communautaire de Saint-Laurent.
Les personnes intéressées par le projet Cuisine collective peuvent postuler via le groupe Facebook. Voici quelques règles et informations importantes du directeur adjoint de la municipalité de Saint-Laurent, Sylvain Delisle.
« Les gens peuvent nous contacter par téléphone au 418 828-2322, poste 2 ou par courriel à admin@saintlaurentio.com. L’accès à la cuisine est gratuit. Cependant, les activités doivent s’inscrire dans une démarche communautaire. C’est-à-dire qu’une activité purement privée ne bénéficiera pas de la gratuité. Nous sollicitons également la collaboration de tous afin de garder notre cuisine propre et nos équipements en bon état. Il est donc important de bien respecter les règles dont celle qu’aucun équipement ne doit quitter la cuisine ».
N.D.L.R. : Comme Oksana Mukhina est ukrainienne et ne parle pas français, ce texte a été traduit de l’anglais au français par le rédacteur en chef, Marc Cochrane.
Vignette : Frank Marquet veille à la production de muffins. © Oksana Mukhina







One Comment
La 1ère cuisine collective je l’ai parti. Après avoir participé a la cuisine collective de Montmorency, je me suis demandé pourquoi il n’y en pas a l’île? J’ai rejoint Alain Paré alors responsable de l’aide communautaire, celui-ci nous a trouvé un local au Patro…et ainsi a commencé la cuisine collective et Véronique Provencher était l’une des nôtre. Bon été a tous.
Louise Maranda Boulanger