Qui aurait cru…

Qu’il serait question d’approuver une modification au zonage afin d’autoriser un projet de minigolf (qu’on appelait autrefois mini-putt) en plein cœur du village historique de Saint-François, un fleuron de l’arrondissement historique et lieu patrimonial de l’île d’Orléans.

Il semble que l’autorité ultimement responsable du respect du caractère patrimonial de l’île, le ministère de la Culture et des Communications du Québec, ne s’y opposerait pas. Il s’en remettrait à la municipalité, ou, en termes clairs, s’en laverait les mains.

Or, quelle municipalité de si petite taille au Québec a les moyens de se priver de revenus de taxation, si aléatoire ou si discordante qu’en soit la source ? Quelle municipalité, dont la population ne justifiera que quatre conseillers municipaux après les prochaines élections, montera aux barricades pour protéger le caractère patrimonial de l’île, dont le charme reste encore garant de l’achalandage touristique qui fait vivre ses producteurs et commerçants ?

Il semblerait que les autorités municipales de Saint-François voient d’un bon œil cette éventuelle tache dans le paysage d’un des villages les plus anciens de l’île, séduites par le promoteur qui projette, sur papier, de jolis jardins autour d’une des maisons les plus anciennes du village, la maison Lemelin. Tout cela à côté de l’église et du presbytère, de biais avec le bâtiment historique de l’ancienne école du village1.

Enfin, l’argument de la « grande séduction », outre le jardin de fleurs indigènes : chaque trou ou étape du jeu sera aménagé pour raconter l’histoire de l’île. Il fallait y penser… Or, l’île n’a pas une grande histoire : son histoire, c’est d’exister, de témoigner de la vie et du paysage des premiers habitants de la Nouvelle-France jusqu’à aujourd’hui, de garder vivant le patrimoine qu’ils nous ont laissé.

Vous souvenez-vous des minigolfs des années 1970-1980 qui, pour la plupart, ont fini par fermer en laissant à l’abandon leurs structures irrécupérables, surtout le long des routes ? C’est vrai qu’ils n’avaient probablement pas été conçus comme loisirs culturels à saveur patrimoniale…

Vous voyez ce que j’en pense et je m’étonne que nous ne soyons pas plus nombreux pour protéger cette richesse irremplaçable qui, avec l’agriculture, justifie le caractère patrimonial distinctif de l’île d’Orléans et l’argent qu’on y consacre, notamment pour la construction d’un nouveau pont. Tout ce qui manquait au charme de notre île, l’auriez-vous cru, c’était un minigolf.

Isabelle Harnois

Saint-François-de-l’Île-d’Orléans

N.B.  L’éventuelle installation ne se trouverait pas « dans ma cour ».

1 Ces deux derniers bâtiments abritent des commerces de produits du terroir, sans qu’ait été modifié leur caractère patrimonial extérieur.

Photo : Benjamin Longpré

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3 Comments

  • Tellement d’accord avec vous. Je ne sais pas si c’est légal mais j’aurais apprécié que tous les résidents de St-François aient le droit de vote lors de la consultation public.

  • Merci Madame Harnois pour votre perception très claire des enjeux de ce développement possible. Qui serait opposé à un développement économique dans une petite municipalité qui prendrait en compte le patrimoine et qui choisirait un lieu moins sensible que celui du cœur historique de l’ancien village? Malheureusement, les gouvernances municipales et le ministère chargé du patrimoine québécois ne semblent pas accorder une grande importance à l’esprit du lieu et à son caractère à préserver.

    Si nous ne pouvons pas nous fier au gouvernement du Québec pour favoriser une stratégie de développement économique qui est compatible avec le patrimoine, l’histoire et l’évolution des régions, quels seront les acteurs d’une telle initiative durable? En toute logique, la MRC serait en position de piloter une telle stratégie et de favoriser des développements économiques de ses municipalités, en privilégiant les sites alternatifs qui ne perturbent pas l’identité et le caractère des lieux.

  • Bravo Mme Harnois pour votre texte et MERCI ! au Journal Autour de l’Ile de l’avoir courageusement publié.

    C’est toujours étonnant qu’en plein été, on adopte des changements de zonage !

    L’acceptabilité sociale, ce n’est pas qu’une zone.

    Un projet qui n’établit pas de saines interactions avec toute sa communauté ne peut s’implanter harmonieusement et gagner l’adhésion des citoyens.

    L’ex-projet Huttopia en est un triste rappel.

    J’espère que le 4 septembre prochain, Mme Labbé annoncera que le projet est sagement reporté afin que la nouvelle équipe politique de 2025 puisse prendre le temps d’écouter vraiment tous les citoyens de St-François-de-l’ile-d’Orléans pour que le projet soit à la saveur patrimoniale de notre village.

    Ce serait là une belle occasion pour les élus de se reprendre et de laisser un meilleur héritage.

    Natalie Dufour,
    Propriétaire à St-François-d’Orléans

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