Racines Nomades : apprendre autrement, guidé par la nature

Laure-Marie Vayssairat

Quand on demande à Pascale Demers, fondatrice de Racines Nomades, d’où lui est venue l’idée de créer ce programme, ses yeux s’illuminent. « J’ai toujours su que j’ouvrirais une école », confie-t-elle.

Bien avant de faire sa propre rentrée scolaire, elle rêvait déjà d’enseigner. Mais pas n’importe comment. Une école sans murs, sans contraintes étroites, une école de liberté, d’initiative, d’épanouissement.

C’est en pleine pandémie que ce rêve a pris racine, au cœur de la forêt de Saint-Pierre. Depuis, Racines Nomades, un camp de jour éducatif en plein air, n’a cessé de croître, passant de deux à quarante jeunes participants. Ici, c’est la nature qui dicte les leçons, au rythme des saisons, et c’est Dame Nature qui est la première enseignante.

La majorité des enfants proviennent du milieu de l’enseignement à domicile, un mouvement en pleine expansion au Québec — on dénombre aujourd’hui plus de 8 000 jeunes scolarisés à la maison. Racines Nomades leur offre un espace pour socialiser, apprendre en groupe, entreprendre des projets concrets… et s’enraciner dans le monde.

Mais le camp ne s’adresse pas uniquement à cette clientèle. Certains jeunes y viennent pour souffler, pour retrouver calme et énergie après des épisodes d’anxiété ou d’épuisement.

« La nature a ce pouvoir de réconcilier, de recentrer », affirme Pascale Demers.

Sur place, une équipe de quatre personnes, appuyée par des collaborateurs d’ateliers, encadre les activités. L’approche est souple mais structurée : les enfants participent à des projets réels, comme un marché de Noël, à travers lesquels ils apprennent des notions de mathématiques, d’économie, de communication. Pas de bulletins ni de notes ici, mais un suivi rigoureux de la compréhension des concepts et une grande attention aux processus métacognitifs : qu’as-tu appris ? comment l’as-tu appris ?

« On veut former des jeunes capables de devenir les leaders de leur propre vie. On souhaite renforcer leur pouvoir d’agir, les aider à trouver et poursuivre leurs objectifs personnels. L’adulte guide, mais laisse aussi beaucoup de place à l’autonomie, au libre arbitre, au jeu, à l’émerveillement — et surtout, au plaisir d’apprendre sans s’en rendre compte », explique Pascale Demers.

Racines Nomades regarde déjà vers l’avenir : un second campement, destiné aux adolescents, est en préparation. Mme Demers espère aussi élargir l’accès à tous les jeunes, notamment grâce à des partenariats publics. Elle rêve de rencontres interculturelles avec des jeunes des Premières Nations, pour favoriser des apprentissages mutuels, humains et enracinés.

Elle tient à remercier chaleureusement tous ceux qui ont permis au projet de grandir : les défenseurs de la forêt au cœur de l’île, les propriétaires qui lui ont accordé des droits de passage, les collaborateurs qui l’accompagnent et sa maman qui offre entre autres des cours de couture bénévolement. D’ailleurs, l’appel est lancé : Racines Nomades cherche activement des personnes, notamment des aînés, prêtes à partager leur temps et leurs savoirs.

Au-delà d’un simple camp, Racines Nomades incarne un milieu vivant, solidaire et porteur d’un autre rapport à l’apprentissage — un rapport enraciné dans l’humain et la nature.

© Pascale Demers

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