Le village de Saint-Laurent aura été, pour Québec, probablement l’un des plus grands fournisseurs de chaloupes au XIXᵉ siècle. Plusieurs facteurs expliquent cet état de fait. D’abord, l’insularité et la mauvaise qualité des chemins sur l’ensemble de l’île faisaient qu’on utilisait la chaloupe en tout temps. Ensuite, la géomorphologie du village, situé du côté sud de l’île, au même niveau que le fleuve, dont la grève est composée de crans de rocs et de nombreuses anses naturelles, favorisait naturellement l’implantation de chalouperies.
La présence de ces anses offrait un havre idéal pour les petites embarcations. À marée haute, il suffisait aux chaloupes de s’approcher du rivage. De plus, la qualité et la diversité des essences d’arbres disponibles ajoutaient à cet environnement parfaitement adapté.
Mgr David Gosselin, enfant du village, écrivait que l’on retrouvait pratiquement un chaloupier à chaque porte. Il ajoutait que d’autres métiers s’étaient greffés à cette industrie florissante : forgerons, scieurs de long et calfats.
Il n’est donc pas surprenant que l’on ait dénombré plus d’une quarantaine de chalouperies à Saint-Laurent. Celles-ci étaient généralement installées perpendiculairement au chemin Royal, afin de faciliter la mise à l’eau des barques.
Une chalouperie possédait en général certaines caractéristiques architecturales : de grandes portes doubles, une implantation permettant l’accès au fleuve, un toit à deux versants et un revêtement de bardeaux.
Enfin, sur certaines chalouperies encore existantes, on remarque un rebord de toiture proéminent au sommet du pignon. Héritage des traditions européennes, ce coyau de faîtage servait à protéger l’extrémité de la poutre faîtière des intempéries. Un joli détail d’architecture que l’on se plaît à découvrir en marchant dans le village.
Vignette : La chalouperie du Musée maritime de l’île d’Orléans. © Collection privée Pierre Lahoud



