L’année 2025 marque un triste anniversaire dans l’histoire du village de Sainte-Famille. Le samedi 30 octobre 1875, pendant une forte tempête automnale, 19 personnes se noyaient dans le Saint-Laurent en tentant de débarquer sur la grève de la paroisse.
À cette époque, un vapeur à aubes, le Montmorency, assurait le service de traverse entre Québec, l’île d’Orléans et Sainte-Anne-de-Beaupré. Ce jour-là, la région était balayée par de fortes bourrasques, poussant des averses de neige et de pluie. En 1875, Sainte-Famille ne disposait pas d’un quai. Dans ce secteur, seul le village de Sainte-Anne-de-Beaupré en possédait un. En arrivant à Sainte-Famille, on débarquait passagers et marchandises sur un ponton flottant, qu’on appelait un chaland. Ce dernier était normalement tiré vers la rive où des carrioles à chevaux avançaient dans l’eau et prenaient les personnes pour les ramener à terre.
Ce soir-là, vers 19 heures, le bateau débarque 42 passagers, des barils et des lots de marchandises sur le chaland. Celui-ci, fortement ballotté par une mer agitée, dérive au large et en amont du site habituel. On demande alors au capitaine Blouin du Montmorency de remorquer le chaland vers la rive. La manœuvre trop brusque du navire provoque la rupture d’un câble. La roue à aubes heurte violemment le chaland qui bascule et tous les passagers sont projetés dans les flots.
Les cris, les hurlements, la cohue et la panique qui s’ensuivent offrent une scène effrayante et pathétique. Un naufragé est happé par la roue à aubes du navire ; il en sort vivant, mais blessé de plusieurs fractures. Deux autres passagers, moins chanceux, sont écrasés par la roue. Certaines victimes mutilées et en hypothermie sont hissées à bord du traversier.
Le sauvetage des naufragés se fait dans l’obscurité et la tempête. Le capitaine Blouin est salué pour son courage. Retenu par un câble, il se lance dans l’eau pour sauver plusieurs personnes. D’autres passagers héroïques font de même, épargnant ainsi plusieurs vies. Bientôt, le froid et la nuit emportent plusieurs victimes. Au décompte, on constate que 19 personnes, dont 14 habitants de Sainte-Famille, âgés de 14 à 70 ans, se sont noyées.
Le Montmorency traverse le fleuve vers le quai de Sainte-Anne-de-Beaupré, où on débarque les blessés qui sont pris en charge et soignés.
L’accident, qui a marqué les esprits, a décidé le gouvernement fédéral à autoriser la construction d’un quai à Sainte-Famille pour éviter d’autres tragédies. Il fut construit de 1877 à 1882. Une croix des naufragés de 1875 fut érigée sur le quai et un mémorial portant les noms des victimes fut inauguré en 1930. Le quai ayant été abandonné par la suite, le monument a été réinstallé près de l’église où on peut toujours le voir de nos jours.
Le souvenir de ce tragique naufrage demeure inscrit dans les annales maritimes de l’île d’Orléans.
Vignette : Un mémorial portant les noms des victimes fut inauguré en 1930 près de l’église de Sainte-Famille. © Raphaël Boivin-Fournier


