PLUmobile : bien plus qu’un simple autobus

En semaine, à 4 h 30 du matin, Jean-Joseph Bilodeau inspecte l’autobus blanc avant d’en prendre le volant. Ce sera une longue journée avec des circuits totalisant 400 km. L’écran affiche « PLUmobile » : c’est ainsi qu’Unitours, le transporteur de PLUmobile, informe les clients que cet autobus les emmènera de l’île d’Orléans à Québec.

Depuis près d’un an, l’autrice de ces lignes, une nouvelle résidente de Saint-Laurent sans voiture, utilise ce service en compagnie d’autres insulaires. Au début, l’expérience surprend : il faut réserver son déplacement au plus tard à 15 h la veille. Rien à voir avec les transports urbains européens ou ceux du Réseau de transport de la Capitale (RTC), à Québec, où il suffit de se rendre à un arrêt pour monter dans un bus. « C’est parce qu’à Québec et au Québec, il existe des transports collectifs qui relèvent des municipalités. Il y a six municipalités sur l’île, et elles ne veulent pas de six services différents. Alors, elles se sont réunies et ont demandé à la MRC de L’Île-d’Orléans d’organiser le transport en commun. Et la MRC a dit : “OK, c’est PLUmobile qui le fera” », a expliqué Matthieu Tremblay, le directeur de service de PLUmobile, la seule entreprise de transport de personnes en activité sur l’île depuis une quinzaine d’années.

Un service essentiel et en croissance

Si vous habitez sur l’île et que vous n’avez pas de voiture, ou qu’une seule pour toute la famille, ou qu’elle est en réparation ; si vous êtes en fauteuil roulant, que votre permis de conduire est restreint ou que vous ne voulez tout simplement pas rester coincé dans les embouteillages et perdre du temps à chercher une place de stationnement en ville, vous pouvez écrire à Plumobile et devenir usager.

Le service est gratuit cette année, comme l’année dernière, grâce au soutien des municipalités. En cinq ans, la fréquentation a plus que doublé, passant d’environ 4 000 déplacements en 2020 à près de 9 500 en 2024. Aujourd’hui, on compte en moyenne 38 déplacements par jour : certains pour se rendre au travail ou à l’université, d’autres pour passer du temps en colonie de vacances, et d’autres encore pour consulter un médecin.

Certes, le trajet entre Saint-Laurent et l’arrêt d’Youville à Québec, qui ne prendrait que 20 minutes en voiture, s’étire sur 1 h 20 en autobus. En autant de temps, on pourrait déjà être à mi-chemin de Montréal… mais en contrepartie on gagne autre chose : le temps de discuter avec des amis, d’écouter des balados, d’écrire des poèmes, d’observer la nature, de rêver et dormir. On n’est pas stressé, on admire les paysages de tous les villages de l’île et on n’est jamais en retard.

Des limites… et des pistes d’amélioration

Toutefois, les options de transport restent limitées. PLUmobile ne circule qu’en semaine, or de nombreux insulaires travaillent la fin de semaine.

« Je travaille une fin de semaine sur deux. Si le transport était offert ces jours-là, je le prendrais », a raconté Pierre-Luc DeBlois, usager du service depuis environ cinq ans.

Si quelqu’un veut aller au théâtre le soir, il doit prendre un taxi pour rentrer. Si vos amis habitent dans un village voisin, vous devez vous adapter au planning existant ou annuler la visite. Si vous devez soudainement vous rendre en ville, il est impossible de commander un transport en urgence.

Sophie Grignon, utilisatrice depuis 15 ans, suggère une amélioration simple :

« Il serait intéressant que le trajet du jour soit inscrit sur le site avec une mention indiquant s’il reste de la place. Ainsi, si une personne décide de prendre le bus le jour même, elle pourrait se rendre à un des points d’embarquement ou de débarquement pour ce jour. Cela permettrait les déplacements de dernière minute sans modifier le trajet prévu. « Certaines de ces idées font déjà partie de la réflexion de l’équipe de PLUmobile. Par exemple, nous aimerions ajouter des transports en soirée et en fin de semaine, mais c’est financièrement impossible pour le moment », a noté M. Tremblay.

Jusqu’en 2021, les véhicules s’arrêtaient à proximité des églises et circulaient en boucle, mais l’entreprise est ensuite passée à des itinéraires individualisés, planifiés la veille par les répartiteurs en fonction des demandes des usagers.

« Une combinaison de l’ancien et du nouveau système serait bien », a affirmé Mélanie Gagnon, utilisatrice du service depuis 10 ans. « Il serait bon d’organiser une séance de remue-méninges avec les habitants sur les besoins et souhaits en matière de transport. »

Néanmoins, nombreux sont ceux qui admettent que si PLUmobile n’existait pas du tout sur l’île, cela poserait un gros problème.

« Je déménagerais simplement », a commenté Sophie Grignon. « Je considère que PLUmobile est très bon, le personnel courtois et attentionné. Au fil des années, j’ai vu le service s’améliorer. J’ai pu constater aussi que les employés sont soucieux d’offrir un service qui répond à nos besoins. Ils ont toute ma confiance. »

François Asselin, chauffeur professionnel anciennement à l’emploi du Service de transport adapté de la Capitale (STAC), collabore depuis un an avec PLUmobile. L’entreprise commande son véhicule à Taxi Coop Beauport, un autre contractant, pour les clients qui effectuent le dernier trajet de Québec vers l’île.

« J’adore rencontrer des gens, discuter avec eux de tout sujet. C’est donc pour moi une façon de passer du temps ensemble. Ces trajets deviennent des moments de partage : on fait des blagues après des journées difficiles, on donne des mots d’encouragement, des vœux d’anniversaire et même des offres d’emploi ! Le transport devient alors un autre lieu de socialisation », a souligné M. Asselin.

« Il s’agit de faire une différence dans la communauté », a souligné Matthieu Tremblay.

Avec son équipe, il s’efforce de créer un projet qui aide les gens à rompre l’isolement, à travailler, à étudier et à voyager par tous les temps, offrant ainsi des chances égales à tous. Que vous ayez une mobilité réduite, que vous soyez un immigrant en attente d’un permis de conduire ou que vous n’ayez pas de voiture de rechange, vous pouvez compter sur ce service sans vous sentir exclu de la société. Il s’avère que c’est bien plus qu’un simple autobus.

N.D.L.R. Article traduit par le rédacteur en chef d’Autour de l’île, Marc Cochrane.

Vignette : François Asselin est chauffeur professionnel. Ancien employé du Service de transport adapté de la Capitale (STAC), il collabore depuis un an avec PLUmobile. © Oksana Mukhina

Photos : Oksana Mukhina et PLUmobile

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