Chantier maritime du Renfrew

En 1806, l’imposition du blocus européen par Napoléon ferme à l’Angleterre son accès à ses marchés d’approvisionnement en bois. Elle se tourne donc vers ses possessions outre-Atlantique pour remédier à ce problème.

C’est dans ce contexte que la partie sud-ouest de l’île accueille en 1824 un chantier naval révolutionnaire. En fait, il s’agit de construire un navire en bois permettant d’emmagasiner d’énormes quantités de billots et, une fois rendu à bon port, de le démonter complètement afin d’utiliser tous les matériaux possibles.

Deux Écossais de Glasgow, Charles et John Wood, imaginent ce projet insensé. Conçus pour une traversée unique, ces bateaux portaient donc une charge de bois considérable d’où la possibilité d’être une opération très rentable. C’est ainsi que l’on construit à l’Anse du Fort de Sainte-Pétronille le Columbus (1824) et le Baron of Renfrew (1825), véritable titan des mers mesurant plus de 390 pieds et pesant plus de 5 000 tonneaux. 

Le chantier s’installe dans l’Anse du Fort, à l’endroit même où l’ingénieur français Chaussegros de Lévy avait prévu établir une cale sèche en 1744.

Plus de 300 ouvriers y travaillent : forgerons, charpentiers, chaloupiers et calfats. Le jour du lancement du Renfrew, plus de 5 000 personnes se déplacent pour assister à l’événement.

Les avis divergent sur la fin de cette aventure. D’une part, l’abbé Bois mentionne que la ruse des frères Wood ne convainquit pas la cour de l’Amirauté qui jugea que les navires pouvaient faire un autre voyage, ce qui causa leur naufrage. D’autre part, P.G. Roy écrit que le Columbus traversa sans encombre, ce qui poussa les frères Wood à le réutiliser; quant au Renfrew, tout le monde s’accorde pour dire qu’il s’échoua.

Selon P.G. Roy, les deux frères Wood touchèrent une forte somme de leurs compagnies d’assurances, à la suite des deux naufrages.

Une place dédiée à cette fantastique épopée se trouve à l’intersection du chemin du Bout-de-l’Île et de la rue du Quai.

Pierre Lahoud
plahoud@autourdelile.com

Photo : Le Baron de Renfrew, construit en 1825 à Sainte-Pétronille, est reconnu comme le plus grand bateau de son époque. © Société historique de Québec

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