Églises de l’île : à la communauté de s’approprier les lieux

Elles sont belles mais elles ont besoin d’amour. Elles sont plus que des lieux de culte, elles sont des milieux de vie. C’est pourquoi le Conseil de la Fabrique de la paroisse Sainte-Famille-de-l’Île-d’Orléans souhaite que la communauté s’approprie les six églises de la paroisse.

Cette volonté porte fruit puisque l’Association Bénévole de l’Île d’Orléans (ABIO), qui utilise le sous-sol de l’église de Saint-Pierre pour son programme de distribution alimentaire, a entrepris des démarches avec le conseil de la fabrique afin de louer le local pour y déménager ses bureaux présentement situés dans le centre commercial Île d’O, à Saint-Pierre.

« L’ABIO envisage aussi d’aménager une salle de congélation et de réfrigération pour entreposer les récoltes du glanage et la nourriture de la distribution alimentaire », a précisé Jean-Marc Ferland, marguillier de Saint-Pierre.
Selon la directrice de l’ABIO, Dominique Loiselle, l’organisme de maintien à domicile analyse la faisabilité d’un éventuel déménagement avant de prendre une décision.

Le sous-sol abrite déjà le Comptoir de partage et des soirées de danse y sont présentées depuis plusieurs années.

La vocation de l’église elle-même ne se limitera pas aux cultes. Un projet de salle polyvalente est aussi dans la mire du conseil de la fabrique, selon le nouveau directeur général de la Fabrique Sainte-Famille-de-l’Île-d’Orléans, Martin Deschênes.

L’ex-directeur général du Camp O’Carrefour donne en exemple l’exposition d’œuvres du Regroupement BLEU présentée lors des dernières Journées de la culture, à la fin septembre.

« Le conseil de la fabrique souhaite que la communauté soit partie prenante de ces biens qui appartiennent à tout le monde afin de les utiliser, de s’y rassembler et de les apprécier », a poursuivi M. Deschênes.

Le résident de Saint-Pierre entend aussi contacter la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), propriétaire de la vieille église de Saint-Pierre, afin d’y organiser des activités d’animation.

Ce n’est pas pour rien que le conseil de la fabrique tend la main à la population. La préservation des lieux représente un défi de taille surtout avec des revenus moins élevés que par le passé.

« Il faut les entretenir et il faut des sous pour les faire vivre. Il faut changer la mentalité que c’est à nous autres et que nous n’avons pas à payer pour ça. Juste pour asphalter un stationnement, il en coûte 150 000 $ », a souligné M. Ferland en notant que la fabrique reçoit de l’argent de Rogers qui utilise l’antenne dans le clocher de l’église de Saint-Pierre.

Source de financement controversée

Il donne l’exemple des horodateurs installés dans les stationnements des églises de Saint-Jean et de Saint-Laurent. Comme le dit l’expression, l’initiative est passée de travers dans la gorge de certains citoyens, mais l’objectif vise justement à préserver le patrimoine religieux de l’île d’Orléans et à en assurer la pérennité.

Un autre exemple d’appropriation des lieux réside dans les démarches de la Fondation François-Lamy (FFL) pour acquérir l’église de Sainte-Famille.

« Nous n’en sommes qu’aux balbutiements dans ce dossier. Nous sommes accompagnés du Diocèse de Québec dans ces démarches. Des guides de la FFL pourraient notamment faire visiter l’église aux touristes », a mentionné Martin Deschênes.
Aucune autre démarche dans le même sens ne touche les autres églises de l’île.

Parlant de visites des églises, le conseil de la fabrique a effectué une demande d’embauche de guides-
étudiants via le programme Emplois d’été Canada.

Sites de spectacles

D’autres églises servent déjà à la communauté. Depuis plus de 40 ans, Musique de chambre Sainte-Pétronille présente une série de spectacles estivaux à l’église paroissiale. Le Centre culturel Robert-Martel l’utilise pour la tenue de conférences.

L’église de Saint-Jean accueille des spectacles de la chorale féminine Les Voizelles et celle de Saint-Laurent a été le théâtre de spectacles organisés par Musiqu’Art et Culture.

Malheureusement, des plaintes concernant la consommation d’alcool à l’intérieur de la bâtisse et le choix de certains artistes invités ont sonné le glas de cette activité pourtant prisée par plusieurs Orléanais.

« Nous aurions dû établir nos paramètres dans ce dossier, ce que nous allons faire. Toutes les parties démontrent de la bonne volonté et Musiqu’Art et Culture prévoit effectuer un retour avec un spectacle le 28 novembre 2026, toujours à l’église de Saint-Laurent », a soutenu M. Deschênes.

La porte-parole de Musiqu’Art et Culture, Hélène Audet, a confirmé cette information au journal, précisant que son organisme s’associe aux Productions Casana de l’insulaire Annie Laroche pour la présentation du spectacle de Noël de Bruno Pelletier et son quatuor piano-cordes qui se produiront sans vente de boissons alcoolisées.

Une entente à revoir ?

Embauché en raison de l’imposante charge de travail que devait assumer le président du conseil de la fabrique, Michel Deveau, depuis deux ans et demi, Martin Deschênes doit aussi régler l’entente concernant l’usage du stationnement de l’église de Saint-Jean, devant la Midinette.

Lors de la vente du vieux presbytère de Saint-Jean à la Boulange, en 2015, une entente stipulait que les espaces de stationnement pouvaient être utilisés par les clients et les employés de l’entreprise qui fournissait l’eau à l’église en échange.

« Le problème a surgi lorsque la fabrique a installé des horodateurs pour tout le stationnement. Comme dans la situation des spectacles à l’église de Saint-Laurent, il n’y a personne de mauvaise foi. Nous avons contacté les propriétaires de la Midinette, les sœurs Monna, et nous allons tenter de trouver une solution gagnant-gagnant », a affirmé le directeur général de la fabrique.

« Nous sommes conscientes de l’importance du patrimoine religieux à l’île. Nous savons que les coûts de restauration sont élevés. Lorsque nous avons acquis la Boulange, nous avons beaucoup investi pour restaurer l’intérieur; il reste l’extérieur. Nous sommes prêtes à collaborer avec la fabrique. Dans le cas des 13 espaces de stationnement gratuits pour la clientèle de la Midinette, nous allons adapter notre message en proposant un don volontaire. Lorsque le commerce est ouvert, il amène davantage de gens dans le stationnement de l’église, ce qui est bénéfique pour la fabrique », a commenté la copropriétaire de la Midinette, Catherine Monna.

Elle apprécie la vision de la fabrique qui fait appel à l’implication de la communauté dans ses églises.

Mme Monna a même avancé que des produits emblématiques de la Midinette pourraient être mis en marché afin de promouvoir le patrimoine religieux orléanais. Une partie des profits pourrait être remise à la fabrique, a-t-elle proposé.

« Nous sommes sur la bonne voie. Des rencontres entre les représentants de la fabrique et nous sont prévues en 2026 », a précisé Catherine Monna.

Marc Cochrane
marc@autourdelile.com

Photo : L’intérieur de l’église de Saint-Pierre a accueilli une exposition du Regroupement BLEU lors des dernières Journées de la culture. © Marie Blouin

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