L’île et ses enjeux, source d’inspiration pour les artistes

C’est toujours fascinant de suivre à rebours le chemin de l’inspiration qui suscite la naissance et l’élaboration d’une œuvre d’art. Cet été, trois artistes de Sainte-Pétronille, membres du regroupement BLEU, attisent notre intérêt et notre réflexion par le propos qui se dégage d’œuvres créées dans des contextes et avec des mediums complètement différents.

Le 17 juillet dernier, Harold Noël, maire de Sainte-Pétronille, a procédé à l’inauguration de la première sculpture commandée par la municipalité à l’instigation de son  comité d’embellissement, présidé par Robert Martel.

EN RYTHME une idée originale de Violette Goulet, réalisée en collaboration avec Philippe Pallafray occupe l’entrée du stationnement du centre Raoul-Dandurand. Une magnifique envolée d’une soixantaine d’oies blanches se déploie à travers les arbres. Impressionnant origami de métal, ce délicat compagnonnage en impose par la force du nombre et la diversité des formes.

Les créateurs ont participé à un concours ouvert par la municipalité à ses artistes.

Philippe travaille le métal ; Violette, des matériaux plus légers. Leur projet ayant été choisi, ils ont collaboré avec beaucoup de plaisir à sa réalisation.

Sur la plaque dévoilée par Monsieur le maire, on peut saisir le sens profond de ce déploiement, tel que l’a conçu Violette Goulet, elle-même profondément enracinée et engagée dans la vie culturelle de Sainte-Pétronille et de l’île d’Orléans.

Leur formation en vol illustre la force du travail collectif et la volonté de soutenir chaque membre du groupe.

EN RYTHME rappelle la solidarité essentielle à l’épanouissement de toute communauté.

Cette réflexion s’applique en premier lieu à la communauté où elle trouve son ancrage, mais elle peut également s’étendre à des entités plus vastes ou plus petites, l’île dans son ensemble ou le noyau familial.

L’emplacement choisi par la municipalité qui jouxte le centre Raoul Dandurand, lieu de rassemblement culturel, sportif, d’échanges et d’animation, coïncide avec le sens profond de l’œuvre. Ce lieu témoigne de la vitalité d’une communauté, des efforts soutenus de ses membres.

L’installation d’une œuvre intégrée à cet environnement témoigne d’une vision de la municipalité et de son comité d’embellissement pour dynamiser Sainte-Pétronille en l’émaillant au fil des ans d’œuvres d’artistes du cru. Monsieur le maire et monsieur Martel ont d’ailleurs annoncé un prochain appel d’offre, cette fois ouvert à tous les membres de BLEU pour la création d’une deuxième œuvre.

Grâce à ce genre d’initiative, Sainte-Pétronille sera peut-être reconnue d’ici quelques années comme le lieu sur l’île d’Orléans où fleurit le land art. Les villages européens qui se sont développés en ce sens ont connu une recrudescence notoire de visiteurs.  Nous pouvons rêver et imaginer que la contagion s’étendra au pourtour de l’île qui pourrait ultimement offrir un parcours d’art échelonné sur 64 kilomètres…

En écho à cette œuvre tridimensionnelle, l’exposition de dessins d’Anne-Yvonne Jouan à la Maison de nos Aïeux de Sainte-Famille nous interpelle sur un autre enjeu qui touche encore une fois tous les insulaires. Intitulée CONSTRUCTION/DÉCONSTRUCTION, LE PRÉSENT SUSPENDU, elle nous questionne sur l’avenir du pont de l’île, fragilisé par sa dégradation. Grâce à l’initiative de  madame Évelyne Laflamme, directrice du lieu,  nous avons le plaisir de suivre le fil de cette intéressante réflexion.

À l’aide de crayon sur papier parfois rehaussé de gouache, elle situe le spectateur en suspens entre les vides et les pleins, entre le ciel et l’eau, entre le présent détérioré et l’avenir incertain. Elle nous renvoie en somme à notre propre destin, tout en nous incitant à nous interroger en tant que citoyens de l’île. Que choisirons-nous de conserver, de restaurer, de transmettre aux générations futures ? Qu’adviendrait-il si ce lien routier disparaissait ?

En contrepoint les photos, prises par l’artiste lors de ses traversées piétonnes, projetées sur l’écran corroborent à la fois la fragilité, la beauté et l’importance de cet ouvrage d’ingénierie devenu symbole identitaire.

Pour l’artiste, les architectures abîmées par le temps révèlent le caractère éphémère de toute création, nous rappelant notre propre destin. Qu’advient-il des tous ces lieux abandonnés ?

Ces magnifiques dessins nous incitent à élargir notre réflexion à tous ces bâtiments témoins de l’histoire de l’île qui sombrent inexorablement dans l’abandon, à toute forme de dégradation de l’environnement que nous acceptons et que nous faisons mine d’ignorer.

Il est frappant de noter que toutes les allusions humaines dans les dessins semblent évanescentes et diaphanes, sans emprise sur les réalités décrites. Une façon pour l’auteur de nous dire que nous n’avons pas encore pris position face à certains enjeux et de nous inciter à le faire.

Laissons-nous imprégner tant par la sculpture de Violette Goulet et Philippe Pallafray, que par la séquence de dessins d’Anne-Yvonne Jouan. Acceptons de poursuivre individuellement les réflexions suscitées par ces œuvres. Une aventure sur le plan esthétique qui risque de nous rendre plus conscients des enjeux qui nous guettent et des actions que nous pouvons poser.

Mimi Lépine
(photo: Sylvain Delisle)

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One Comment

  • Félicitations aux trois artistes de Sainte-Pétronille. Merveilleux!

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