Découvrir nos ancêtres par les inventaires après décès – partie 2

Dans la dernière édition du journal, nous avons vu que les recensements nous donnent des informations riches sur nos ancêtres. C’est une sorte de photo figée dans le temps qui représente une maisonnée au moment de la prise de données. Si les recensements nous brossent un portrait assez large d’une maisonnée, il est maintenant temps d’entrer carrément chez nos ancêtres avec les inventaires après décès.

Les inventaires après décès 

Les inventaires, comme leur nom le stipule, sont faits après le décès d’une personne. Toutefois, ils peuvent l’être quelques années après le départ d’un des deux époux, notamment avant le remariage du veuf ou de la veuve. 

Ces inventaires, consignés par un notaire, sont utiles pour aider au bon partage du patrimoine familial, d’où l’importance de procéder avant un deuxième mariage pour protéger l’héritage des enfants du premier lit. Fait intéressant, en Nouvelle-France, les garçons et les filles héritent également. Ainsi, l’enfant qui héritera de la terre familiale devra payer équitablement à chacun de ses frères et sœurs leur juste part. La Coutume de Paris qui prévaut dans la colonie implique que si la femme survit à son mari elle possède 50 % des avoirs de la communauté. L’autre moitié sera séparée également dans la fratrie. 

Lorsque la communauté est dissoute, tout y passe, de la simple fourchette à la faux, aux vêtements, grains, bâtiments, etc. Sans oublier l’argent sonnant, l’argent de carte et les dettes.

Pour consulter les inventaires, la plupart du temps, il faudra se déplacer à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) de votre région. Une grande partie des documents est accessible sur microfilm. Avec la COVID-19, je vous conseille évidemment d’appeler avant de vous déplacer, question d’être préparé pour votre visite conformément aux normes de la BAnQ. 

De plus en plus, la BAnQ, dans son volet numérique, nous donne accès aux index des notaires, ce qui est un plus. Lorsque vous irez à la bibliothèque, vous trouverez les cotes des éléments que vous recherchez, ce qui rendra votre expérience sur place beaucoup plus efficace. S’ajoute aussi l’entièreté ou une vaste partie de plusieurs greffes de notaires numérisées et accessibles sur leur plateforme numérique. 

Chez Archiv-Histo, nous retrouvons un outil qui peut s’avérer fort utile. Il s’agit d’un cahier, réalisé par Jean-Claude Dionne, qui recense tous les inventaires après décès qui ont eu lieu à l’île d’Orléans entre 1665 et 1800 : Recension chronologique des inventaires, partages et ventes de biens après décès à l’île d’Orléans (1665-1800). Ceci peut s’avérer fort utile pour savoir si votre ancêtre a procédé à la création d’un inventaire et pour savoir quel notaire a réalisé l’inventaire puisque sur le portail numérique de la BAnQ il vous faudra rechercher bien souvent par notaire et non avec le nom de l’individu concerné. Nous pouvons voir, dans l’extrait de l’inventaire après décès de Pierre Roberge, effectué en 1714, que dans la maisonnée se trouvaient, entre autres, une tinette, des rouets, des charrettes. Une formation en paléographie n’est pas à négliger, car vous serez à même de constater que la lecture n’est pas facile. 

C’est une archive abondante qui témoigne de la richesse des biens de nos ancêtres. De plus, il s’agit d’un rare document où ce n’est pas l’ancêtre qui énumère ses possessions, mais un tiers qui a pour but d’en faire un inventaire exhaustif pour la succession. C’est un témoin si riche en informations que nous ne devrions pas passer à côté !

Les recensements et les inventaires après décès ne sont que deux exemples parmi tant d’autres. Contrat de mariage, bail, contrat de vente, testament et même, pour les plus chanceux, des relations épistolaires peuvent révéler énormément de choses sur une personne de notre passé, en plus de nous informer du contexte historique dans lequel elle a vécu. Il est toujours important de remettre les informations recueillies dans le contexte où cette donnée est prise. Ainsi, il n’est pas choquant de constater que mon ancêtre, qui était laveuse en 1921, avait fait un revenu de 500 $ pour l’année complète. Ça peut paraître maigre, mais, en 1920, l’État considère qu’une femme seule a besoin de 12,20 $ par semaine pour subvenir à ses besoins ! Tout est question de mise en contexte. 

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