Bien que de nos jours la fréquentation religieuse soit moins populaire, il n’en reste pas moins que nos églises et les bâtiments s’y rattachant regorgent d’œuvres qu’on a intérêt à découvrir ou à redécouvrir, à l’île d’Orléans.
Ces œuvres, qui constituent un bien collectif important, ont contribué à marquer l’histoire de l’art au Québec. Je crois qu’elles méritent autant de respect et d’admiration que l’art mis en valeur dans des endroits publics ou privés.
Entrer dans une église me rappelle d’abord de beaux souvenirs, des célébrations, comme les messes de Noël où nous chantions dans la chorale de ma mère, organiste de la paroisse ; et d’autres moments qu’on ne peut oublier tels des baptêmes, des mariages, les funérailles de mes parents et de mon jeune frère, Serge.
De véritables musées
Même si ces lieux de culte gardent leur caractère sacré, pour moi, ils évoquent maintenant quelque chose de différent, que je n’avais pas su assez apprécier à sa juste valeur auparavant. L’architecture, la richesse et l’originalité des œuvres qui s’y retrouvent m’émeuvent et éveillent en moi une autre forme de spiritualité, celle, en fait, que je ressens quand je visite un musée. Cela me permet de m’évader en esprit, de m’inspirer dans ma vie de tous les jours, de m’ouvrir plus facilement au recueillement, à l’apaisement, à la beauté et aussi de penser aux artistes talentueux qui ont mis du temps et de l’ardeur pour créer ces œuvres.
À ce titre, les premières figures artistiques dominantes qui me viennent en tête dans les églises de l’île sont d’abord celles des Baillairgé, famille d’architectes, de sculpteurs et de peintres du 19e siècle. Quatre générations successives et ce, jusqu’au 20e siècle : Jean, François, Charles et Thomas ont chacun marqué leur époque en décorant l’intérieur des églises avec leurs plans d’architecture et leurs sculptures. On peut contempler les œuvres des Baillairgé à l’église de Saint-Laurent, de Saint-Jean, de Sainte-Famille et de Saint-Pierre. Fait plus rare encore, on retrouve aussi quelques tableaux de François Baillairgé, peintre, à l’église de Sainte-Famille et à l’église de Saint-Jean.
Jean-Baptiste Côté (1832-1907), reconnu comme l’un des sculpteurs sur bois québécois les plus originaux de la seconde moitié du 19e siècle, a lui aussi laissé son empreinte artistique en sculptant des statues en bois doré à l’église de Saint-Laurent. Quant au maître-verrier Wallace J. Fisher, les magnifiques vitraux qu’il a réalisés, au début du 20e siècle, à l’église de Saint-Laurent et à la chapelle St. Mary’s, à Sainte-Pétronille, sont incontournables. L’art du vitrail rivalisait à l’époque avec celui de la peinture.
Ces œuvres qui constituent un bien collectif important ont contribué à marquer l’histoire de l’art au Québec.
Je ne peux non plus passer sous silence ces personnes moins connus de l’île, nos ancêtres, qui ont contribué à embellir nos bâtiments religieux durant la même période. J’aime le travail audacieux de Gabriel Gosselin, sculpteur ébéniste de Saint-Laurent, et les artisans-forgerons Asselin, de Saint-François.
Pour sa part, Conrad Lapointe, bien connu comme ébéniste sculpteur de Saint-Pierre, a lui aussi perpétué la tradition de ses prédécesseurs en ornant, à son tour, des églises de l’île. Cet artiste suscite toute mon admiration. C’est lui qui a sculpté, dans les années 1990, de magnifiques pièces telles un bel ambon dans le chœur de l’église de Sainte-Famille, le support de la croix de procession et les fonts baptismaux, à l’église de Sainte-Pétronille, ainsi qu’une murale à l’église de Saint-Pierre.
Une question se pose alors. Est-ce que nous devrions accorder moins de valeur au travail de ces artisans et artistes et être moins sensibles à leurs œuvres parce que la pratique religieuse diminue ?
Or, chaque année, des milliers de touristes viennent découvrir ce patrimoine parce qu’il contribue aussi à la beauté culturelle de l’île d’Orléans. On devrait tous avoir le souci de se le réapproprier et de le préserver.


