Robert FILION
Président de la Fabrique de la paroisse Sainte-Famille-de-l’Île-d’Orléans
En 1871, précisément il y a 150 ans, au Québec comme partout dans le monde industrialisé de l’époque, la révolution industrielle, technique et scientifique connaît un second souffle donnant naissance à une urbanisation accélérée. Le tourisme de masse prenait son essor et à Québec, ville majeure de l’empire, l’armée britannique quittait le pays. En aval de la vieille capitale, à la pointe ouest de l’île d’Orléans, une paroisse est fondée : Sainte-Pétronille.
En novembre, une première messe était célébrée afin de bénir la toute récente église alors placée sous la protection de la fille de l’apôtre Pierre, compagnon de Jésus : Pétronille. La nouvelle paroisse, la plus jeune de l’île, n’en était pas moins un lieu très ancien. En 1651, on y trouvait une chapelle érigée par des Hurons baptisés qui, afin de se protéger de leurs ennemis iroquoiens, s’y étaient réfugiés sous les auspices d’un jésuite, le père Chaumonot. Mais, cinq ans plus tard, les ancêtres de nos Wendats devaient quitter l’endroit pour des territoires plus sécuritaires et davantage conforme à leur culture.
Au fil du temps, sur le flanc nord du « bout de l’île », des paysans s’installèrent pour y développer leurs terres. Au XIXe siècle, au sud et sur les bords du fleuve, des familles bourgeoises, souvent anglophones, en firent un lieu de villégiature prisé pour son panorama grandiose. C’est à cette époque que naquit l’idée de fonder une paroisse autonome.
« Elle est magnifique… »
En 1870, les gens du « bout de l’île », une cinquantaine de familles, obtiennent du cardinal de Québec la permission d’ériger une église catholique dont la première pierre fut bénie l’été suivant. En 1872, le premier curé, l’abbé Pascal-Joseph Verbist, déploie un formidable enthousiasme pour terminer la construction du temple. Il le dote d’un clocher, d’une cloche et d’une chaire d’un très beau style. Il y eut des dons, des contributions et certains paroissiens s’impliquèrent plus que généreusement pour l’aider dans son œuvre. Quelques années plus tard, l’abbé Paquet, le successeur de Verbist, instaure un culte à Sainte-Philomène. Il s’agit d’un culte populaire lié à la guérison qui aura cours en Occident au XIXe et début du XXe siècle. Cela devait ajouter à l’essor touristique du lieu puisque des catholiques viendront de partout invoquer la sainte en présence de ses reliques.
En 1961, dans le contexte de Vatican II, le culte disparut. Mais, heureusement, les touristes sont toujours là, la petite chapelle anglicane et l’église de Sainte-Pétronille également. Il faut la voir, la visiter et s’y rendre pour la chorale, pour la messe ou un concert, car elle appartient à ceux qui la fréquentent et elle est magnifique.


