Chronique d’histoire : Nos mamans en Nouvelle-France

Ce n’est pas un secret ! Pour bâtir une nouvelle colonie, il faut assurer une présence sur le territoire. L’immigration est le moyen le plus accessible pour amorcer ce projet d’envergure. Toutefois, il serait caduc de vider son territoire pour en occuper un autre. Ainsi, l’accroissement naturel de la population devient rapidement un enjeu. 

En Nouvelle-France, avant la venue des Filles du Roy, le taux de natalité est faible : en 1665, il y a dans la colonie 775 hommes pour 56 femmes. L’envoi de plus de 770 filles, entre 1663 et 1673, permet d’équilibrer les sexes et surtout de donner une meilleure chance à l’accroissement naturel. 

Il va sans dire que l’objectif numéro un des femmes en Nouvelle-France est d’enfanter. Elles donnent, en moyenne, le premier enfant à la famille huit à dix mois après l’échange des vœux de mariage et un enfant aux deux ans, par la suite. Le tout ne se fait pas sans peur. La mortalité, tant chez la mère que chez les enfants en bas âge, est une réalité qui affecte pratiquement toutes les familles.

Politique de Talon 

Pour bien comprendre le désir grandissant de l’État de voir la population grossir de manière naturelle, le gouvernement mandate Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, pour prendre les mesures appropriées pour aider au peuplement de la colonie. Talon prendra les actions nécessaires en retirant des droits à des hommes non mariés, entre autres, et mettra en place une politique de natalité.

Nous retrouvons plusieurs incitatifs à la procréation, certains assez farfelus. Beaucoup incluent des bonus en argent pour les gens qui se marient jeunes et des amendes pour les pères lorsque leur garçon de 21 ans ou leur fille de 17 ans n’est pas encore marié(e). Les hommes perdent aussi leur droit de chasse et pêche lorsque célibataire ! Des primes sont données pour des familles de 10 enfants et plus. L’instruction est gratuite pour le 26e enfant. Aucune erreur de frappe ici, c’est bel et bien au 26e rejeton que les parents bénéficieront de la gratuité scolaire ! 

Lorsqu’on sait que la moyenne d’enfants vivants d’un couple est de sept gamins, nous pouvons douter que cette dernière politique ait fait un immense trou dans les coffres royaux. 

Toutefois, les politiques de Talon porteront fruit puisqu’en 1671 de 600 à 700 poupons naîtront dans la colonie. 

Bien que le rôle premier des femmes soit de donner naissance, il ne faut pas oublier ce que j’appelle affectueusement « toute autre tâche connexe » : éducation des jeunes, gestion ménagère, gestion du textile, de l’alimentation, du jardin, tout en aidant au défrichage et à l’entretien de la terre. Les femmes de la Nouvelle-France ont une vie bien remplie !

Il ne faut pas oublier que bien qu’elle soit enceinte ou qu’elle vienne de donner naissance, les tâches quotidiennes de la femme ne font pas relâche. Les enfants plus vieux mettent la main à la pâte, mais lorsque ces derniers sont nés, la maman recevait peu d’aide. Ce retour rapide au travail n’aide pas à prévenir l’épuisement de la mère à la suite de son accouchement qui peut, malheureusement, aboutir à son décès. 

Il va sans dire que la vie d’une femme, à l’époque, était extraordinairement bien remplie ! Ceci est un maigre survol ; toutefois, plusieurs ouvrages existent sur le sujet, notamment : Les femmes en Nouvelle-France, de Jan Noël, accessible en ligne. 

J’en profite pour annoncer qu’au moment où vous lirez ces lignes, je serai confortablement en congé de maternité avec ma petite fille : vous devinez ainsi l’inspiration pour ce texte. Mon remplaçant, Mathieu Drouin, continuera à rédiger cette chronique d’histoire.

Au plaisir de vous retrouver à l’automne 2022 !

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